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Une trêve s’impose

30 octobre 2017, 10:07 catégorie: Édito21 798 vue(s) A+ / A-

La salle de rédaction du journal salue le geste de sympathie exprimé par le président de la République, Jovenel Moïse, envers le leader de Pitit-Dessalines, Jean-Charles Moïse, frappée d’une paralysie faciale. Serait-ce une démarche d’apaisement des tensions qui les opposent, à un moment où une trêve s’impose à nos politiques, pour réfléchir sur la fragilité de la vie et sur les perspectives d’avenir pour ce pays également malade?

L’un et l’autre de ces chefs doivent s’écouter mutuellement, car dans la conjoncture actuelle, ils doivent ensemble trouver le remède efficace à la guérison du pays. Nulle part au monde, le dialogue de sourds n’arrive à régler les différends politiques. Encore moins les invectives à couteaux tirés. Dans certains points du globe, et au sein même de notre Amérique, des affrontements qui ont duré pendant de nombreuses années, ont abouti à des démarches de paix, qui s’avèrent fragiles, certes, comme en Colombie par exemple, mais qui n’ont d’autre objectif que de faire taire les hostilités, pour le plus grand bien de la nation.

S’écouter mutuellement veut dire reconnaître la nécessité de nous mettre ensemble pour nous attaquer d’un même front aux maux du pays. La maladie la plus grave dont souffre Haïti, c’est cette corruption généralisée à laquelle il faut coûte que coûte s’attaquer, en vue d’une meilleure justice sociale.

Le titre d’un livre d’Alain Turnier, « Quand la nation demande des comptes », semblait déjà montrer la nécessité de mettre de l’ordre dans nos finances publiques. Il semble que c’est plus que l’heure d’en tenir compte, sans se bousculer inutilement, mais en observant les prescrits de la Constitution nationale qui traitent de cette impérieuse question.

Pendant que le dossier de PetroCaribe est à l’ordre du jour au Sénat de la République, d’autres cas pendants et même « pendables » font la UNE de l’actualité. Il s’agit, d’une part, de ce scandale de kits scolaires qui a emporté le ministre des Affaires sociales, et d’autre part, la question de chèques délinquants dans au moins deux ministères. C’est comme aller de Charybde en Scylla, c’est-à-dire de mal en pis, pendant qu’un Rubicon reste à franchir au Sénat de la République concernant lesdits fonds de PetroCaribe. Entre-temps, l’on se demande si ce pays, constamment tourné vers le passé, va enfin se mettre à l’écoute du « Procès de la consolidation », pour assainir les finances publiques et se débarrasser des fossoyeurs de la patrie?

Bien que perçu comme un « inculte » par un certain establishment, Nord Alexis, l’initiateur de cet inoubliable procès, unique dans les annales judiciaires haïtiennes, s’était révélé un chef d’une intégrité remarquable. Un homme du Nord, peu instruit qui, parvenu au timon des affaires de l’État, joignit la parole aux actes, en livrant une guerre sans merci à la corruption, au plus haut niveau de l’appareil d’État.

Pour l’histoire, et pour un modèle de justice dans ce pays, rappelons l’essentiel de ce procès. Au temps de la consolidation de la dette flottante de 1897, le commissaire Thimoclès Lafontant avait découvert de nombreuses irrégularités dans les livres comptables du Ministère des Finances. Le président de la République ordonna d’urgence une enquête sur l’administration de l’ex-président Simon-Sam, ainsi que sur les agissements douteux de plusieurs fonctionnaires publics. L’opposition à Nord Alexis ne pouvait que constater sa bonne foi.

S’il faut admettre que l’histoire soit un « perpétuel recommencement », il y aura toujours des faussaires aux commandes de l’État, mais aussi des hommes de caractère au pouvoir et dans l’opposition. Il nous faut surtout des leaders responsables d’un côté comme de l’autre.

Mérès M. Weche

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