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Une fixation troublante sur l’aide internationale

10 octobre 2018, 9:54 catégorie: Édito7 689 vue(s) A+ / A-

La terre a de nouveau tremblé en Haïti le 6 octobre 2018. Des centaines de blessés et plus d’une quinzaine de morts ont été recensés dans des départements du Grand Nord. Des dégâts matériels regrettables sont également à déplorer. Les plus hautes autorités du pays n’ont pas tardé à se rendre au chevet des victimes. Et les secours ont commencé à être acheminés quelques heures après les premières secousses, se réjouit le Gouvernement.

Malgré cette célérité qui rend les dirigeants fiers d’eux-mêmes, l’une des premières déclarations faites par le président et son Premier ministre était un appel à peine voilé à l’aide internationale. On en était encore aux toutes premières évaluations. Des citoyens ne croyaient pas à un bilan grave au point de devoir faire solliciter les fameux bienfaiteurs de la Communauté internationale. « Le Gouvernement veut faire les choses autrement. Nous n’allons pas laisser les interventions se faire comme en 2010 », a dit le Premier ministre Jean Henri Céant avant une réunion avec les bailleurs internationaux. Des propos qui corroborent les consignes données par le chef de l’État selon lesquelles l’aide internationale devrait passer par le Gouvernement.

L’acceptation de l’aide internationale n’est pas automatique en cas de désastre naturel. C’est, en tout cas, ce que laisse comprendre l’exemple de plusieurs pays comme le Chili, la Chine et l’Indonésie qui ont connu des catastrophes de loin plus graves que le séisme du 6 octobre. La gestion de l’urgence commence par une mobilisation de la solidarité nationale. Et c’est seulement quand les nationaux sont dépassés que l’aide internationale est acceptée. Une logique plutôt normale dans les communautés qui savent se prendre en charge.

Comme un patient qui a développé une dépendance à un médicament, l’attente de l’aide étrangère devient un réflexe en Haïti. Cela anéantit carrément tout élan de solidarité nationale. Les compagnies nationales, les associations socioprofessionnelles, les fondations ou autres organisations de bienfaisance ne sont pas sollicitées, du moins pas ouvertement. Les nombreux travailleurs sociaux et psychologues formés gratuitement à l’Université d’État d’Haïti n’ont pas été impliqués dans les opérations de secours alors que les réactions post-traumatiques ne cessent de compliquer la situation dans les zones touchées. Certains dons collectés par des citoyens de bonne volonté tarderaient même à être reçus puis acheminés aux bénéficiaires, à en croire quelques commentaires sur les réseaux sociaux.

Les critiques les plus acerbes contre les autorités les font souvent passer pour des cyniques qui font leur beurre dans le malheur des citoyens qu’ils dirigent. Les pratiques de détournement de dons et cette fixation sur l’aide étrangère tendent malheureusement à donner raison à de telles analyses. Héritage de l’esclavagisme ? Conséquence de l’impérialisme ? Opportunisme aveugle ? Quoi qu’il en soit, cette compulsion de toujours tendre la main pour recevoir des étrangers ne peut qu’enfoncer le pays dans l’indignité et la honte.

Kendi Zidor

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