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Un nouveau départ ?

17 septembre 2018, 11:43 catégorie: Édito15 762 vue(s) A+ / A-

Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Jean Henri Céant est entré aujourd’hui officiellement en fonction. Cela a pris du temps pour mettre en place le cabinet ministériel, fruit de longues tractations entre les parlementaires et l’Exécutif. On savait que former un gouvernement dans un pays en butte à une crise sociopolitique permanente n’était pas la tâche la plus facile à accomplir. L’histoire récente de ces dernières années en atteste douloureusement.

Finalement, après un week-end de débats houleux dans les deux chambres du Parlement, il en est sorti un nouvel exécutif sous la direction d’un homme qui a toujours voulu assumer au plus haut niveau des responsabilités politiques. Comme le veut la tradition, le nouveau Premier ministre Jean Henri Céant a exposé sa vision de la gestion des affaires publiques, et face au scepticisme de quelques parlementaires sur les voies et moyens pour arriver à atteindre un programme politique, aussi ambitieux, le notaire Céant a avoué qu’il s’agissait en fait, de grandes lignes qui allait guider son mandat comme nouveau chef de gouvernement.

Les acteurs ont joué leur rôle dans ce méga spectacle politique dont nous sommes devenus coutumiers depuis que la Constitution de 1987 a institué ce grand oral. Toujours est-il que par moments, le jeu a pris des allures ubuesques et lassantes pour les téléspectateurs avides de voir nos femmes et hommes d’État se mettre rapidement au travail devant autant d’urgences nationales. Le temps a semblé très long à plus d’un, surtout quand l’essentiel de ce qui était débattu se noyait dans des polémiques souvent futiles.

Quoi qu’il en soit, les parlementaires ont peu ou prou rempli leur devoir constitutionnel et le nouveau gouvernement accouché ces derniers jours au forceps peut enfin commencer à travailler.

La nouvelle administration a bien des défis à relever. Et le plus important est celui de la méfiance de tout un peuple vis-à-vis d’un régime politique impotent, frappé d’une incapacité séculaire à organiser le pays. Chaque nouveau gouvernement est lourdement grevé de l’hypothèque de ceux qui l’ont précédé. Il existe depuis des lustres, une culture politique génératrice de pratiques néfastes et qui a une capacité de se reproduire en dépit des bonnes volontés affichées avant et après les changements de régime.

Le constat actuel est lourd de conséquences, une population aux abois et au bord de l’insurrection ne veut plus entendre le chant des sirènes de vaines promesses. Ceux qui ne s’enferment pas dans leur bulle politicienne peuvent entendre mugir les foules qui réclament le changement d’un modèle économique et social qui ne produit que misère et désolation.

Le gouvernement de Jean Henri Céant devra envoyer des signaux clairs que quelque chose peut et va changer, au moment où la plupart des observateurs parlent de la chronique d’un échec annoncé. La répétition du même.

Comme quoi on ne peut rien tirer de bon de cette gouvernance de la faillite qui plombe toutes nos velléités de développement, et ce depuis des décades. Dans certains cercles et salons, on affirme que « joumou pa donnen kalbas », autrement dit : rien de positif ne peut sortir de ce terreau aride et épuisé que constitue l’appareil d’État.

Des structures étatiques que le Premier ministre prend d’ailleurs formellement l’engagement de transformer et qu’il compte mettre enfin au service de la nation. Pour ce faire, il veut faire entrer la société civile dans le débat sur la réforme de l’État et la décentralisation. La mise en place d’une table sectorielle sur cette question constituerait une priorité de son gouvernement.

Lors de la présentation de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre a montré, en s’adressant aux sénateurs de l’Opposition, qu’il savait mieux communiquer que son prédécesseur. Et qu’il était comme on se plaît à le dire un « fin politique ». Toujours est-il qu’il lui faudra encore beaucoup plus pour réussir son pari dans un environnement accablé par le pessimisme le plus épais.

Comme quoi c’est au pied du mur que l’on reconnaît les vrais maçons.

Roody Edmé

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