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Où trouver de la documentation sur l’évolution des télécommunications en Haïti ?

14 mars 2018, 8:22 catégorie: Tribune48 803 vue(s) A+ / A-

Quand il faudra écrire l’histoire de la technologie en Haïti, les archives des journaux et quelques archives audiovisuelles à elles seules ne pourront pas tout raconter sur la belle période des radiocommunications, des beepers, des pagers, en passant par l’éclatement des centres cybercafés, et la caravane de l’INFOTEL.

Plaidoyer pour la constitution d’un centre de documentation sur l’histoire et l’évolution des télécommunications et des technologies en Haïti. Urgence pour sauver cette mémoire aussi importante que transversale dans l’économie, la culture et la socialisation de la génération actuelle, de plus en plus « Alphanétisée », mais pas aussi entreprenante comme le souhaitait Kesner Pharel, lors de ses pèlerinages à Port-au-Prince, aux Cayes, aux Gonaïves, etc.

Comment retracer l’histoire des entreprises qui ont évolué dans les télécommunications en Haïti ?

Il nous faudra certainement des documents tangibles, une collection des cartes de recharge des téléphones, une exposition des appareils de téléphonie (fixe et mobile) comme la dernière qui a été réalisée à la salle de conférence du centre de formation HAITI TEC à la SONAPI le 17 mai 2001. Quelle place occupe actuellement Haïti dans le développement ou l’accès des TIC par rapport aux autres pays de la Caraïbe ?

En ces temps où de nouveaux acteurs tentent de se créer une place sur la carte des opérateurs et des promoteurs de la technologie et des multimédias en Haïti, il y a lieu de profiter de cette occasion pour saluer le travail et la contribution des pionniers dans ce secteur. Un devoir de mémoire pour le Conseil national des Télécommunications, mais également une obligation pour les autres personnalités et les institutions de la société civile de constituer une base de données autour de l’histoire et de l’évolution des technologies en Haïti.

Il y a urgence pour constituer un fonds documentaire sur les TIC dans le pays !

Des noms s’effacent au fil du temps dans le paysage autant des services que des produits associés aux technologies. Si l’entreprise GAMA n’a pas fait long feu, on se souvient quand même des autres affiches et logos incontournables comme celui de ELECTROCOM qui s’imposait sur l’autoroute de Nazon, de ACN, de HAITEL plus d’une dizaine d’autres noms d’entreprises et des entrepreneurs décédés et à la retraite, qui ont marqué cette période. De 1990 à nos jours, combien des entreprises qui offraient des services des TIC qui ont pu survivre ?

En misant sur l’économie, l’accessibilité et la rapidité des technologies, la création d’un centre de documentation (numérique pourquoi pas) sur les TIC en Haïti parait comme un investissement utile et intelligent dans le pays. Les chercheurs comme les historiens, les touristes et les étudiants ont besoin de savoir les chiffres, les données, les noms, les services et le comportement des consommateurs pour mieux réaliser le bilan et évaluer les impacts.

De la responsabilité des régulateurs, des opérateurs et des chercheurs dans le secteur !

Quel est l’état des lieux de la qualité des services fournis par centres de formation spécialisée dans la formation des compétences sur les technologies en Haïti ? Comment l’Etat pourrait accompagner ces institutions tant publiques que privées ? Quel est le cadre de coopération possible entre les centres de formation et les opérateurs évoluant dans ces secteurs ?

Les opérateurs, les acteurs et les régulateurs du secteur des télécommunications en Haïti ont pour devoir de mobiliser une partie de leurs recettes dans une démarche de recherche et développement. Il nous faut sauver ou sauvegarder certaines des archives des institutions qui évoluaient dans ce secteur. Quel est l’agenda pour Haïti dans le secteur des télécommunications et des technologies ? Au-delà des sommets internationaux organisés dans ces secteurs, comment mobiliser plus de financement dans les TIC dans le pays ? Quel est l’impact des TIC sur les jeunes haïtiens dans la grande migration actuelle ?

Qui se souvient encore de Bipcom, DIgicom, INFOTEL, de Rectel, ACN, Voilà, Téléco, Multicom, Clearnet, Haitel dans la liste des opérateurs ?

Que deviennent les archives et la mémoire de la grande foire technologique d’Haïti INFOTEL ? La première qui aura accouché plusieurs autres manifestations dans le pays. Des conférences et des expositions, des concours et des distinctions, des communications pertinentes et des rencontres enrichissantes qui offraient aux jeunes de l’époque une alternative constructive en dehors des journées récréatives qu’on organisait dans les écoles classiques.

De cette mémoire, nous reviennent certainement des noms comme Kesner Pharel, Nesmy Manigat, Hans Tippenhaeur, Claude Bernard Célestin et plusieurs autres professionnels qui voulaient inscrire la jeunesse haïtienne dans la modernité. Il était une fois la vulgarisation du concept « Alphanétisation ».

Le nom de feu Stéphane Bruno nous revient automatiquement dans cette rétrospective sur l’évolution et la promotion des TIC au cours des trente dernières années en Haïti. Avec une contribution autant qualitative que qualitative, ce jeune technicien brillant et entrepreneur aura grandement marqué sa génération en si peu de temps.

Quel est l’état des lieux dans la formation dans les technologies en Haïti ?

De Michele Guillaume à Rhony Desrogène, le centre de Formation Technique et Professionnelle HAITI TEC, n’allaient pas rester indifférente dans cette grande marche vers la promotion de la technologie en Haïti. Depuis la première édition de l’organisation de la commémoration de la journée mondiale des Télécommunications le 17 mai 2001, les étudiants de la première promotion de cet établissement se sont rapidement mobilisés autour de l’organisation de plusieurs manifestations inédites autour des technologies. Rubens Charles, Evens Saint-Louis, Jackson Germain, Ernst Domerçant, Gareb Domond, Dumas Faber et plusieurs autres anciens étudiants parmi les lauréats de la première promotion en télécommunications de cette institution se sont inscrits dans l’histoire des TIC en Haïti.

La rafle de l’Internet, les Prix Techniques Claude Ewald et le Prix de l’entrepreneuriat Lesly Délatour, en passant par les nombreuses thématiques abordées autour des TIC, y compris la campagne de sensibilisation de la population haïtienne sur l’impact des antennes (BTS) placées sur les maisons dans le pays, en 2007. On connait la suite avec le passage du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Comment apprécier l’innovation et l’évolution de la société de l’information en Haïti ?

Toute une génération d’hommes et de femmes qui ont contribué à jeter les bases de réseaux de système de télécommunications s’en va dans le silence et l’indifférence. Jean Claude Bance, Roland Dupoux, Litz Belancourt, Reginald Chauvet, Roland Ethéard, Jamboor Marshal, et bien d’autres professionnels qui se sont imposés à la fin des années 80 jusqu’à au début des années 2000. Schiller Jean Baptiste, voilà un nom qui manque de faire écho dans notre société. C’est une figure emblématique dans le développement des nouvelles technologies de l’information et de la Communication en Haïti, à la fin du vingtième siècle.

De la radio-télédiffusion en Haïti, en passant par les radiocommunications, sans laisser l’ère de la messagerie des beepers et des pagers, nous sommes désormais introduits dans l’espace des 4G. Toutefois, on ne saurait laisser dans l’oubli la génération des téléphones par câble et des systèmes TDMA et CDMA. Teleco, Rectel, Haitel, Comcel et Ti-Telefòn 2004, sommeillent depuis entre souvenirs et soupirs, entre évolution et révolution.

Les TIC et les télécommunications entre histoire, mémoire et patrimoine !

Haïti n’est certainement pas resté insensible à l’évolution des technologies et de la société de l’information. Qui ne se souvient pas de ces fameuses entreprises plus connues sous le nom de « Cyber-Café », dont on ne trouve presque plus les traces dans la capitale et les villes de province. Autant les nombreuses entreprises qui fournissaient des services d’installation des équipements d’internet comme CECOM, dont certaines se convertissent dans l’installation des équipements de surveillance de nos jours.

Comment sauvegarder les traces, l’histoire et la mémoire des activités et des institutions, des produits et des services, des acteurs et des réflexions qui ont accompagné l’évolution du secteur des télécommunications et des technologies en Haïti, si les acteurs et les bénéficiaires ne sont pas encore motivés à conserver, à collecter et à diffuser les archives de ce secteur.

Dominique Domerçant

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