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Trois cent un millions de gourdes prévues dans le budget rectifié 2017-2018 pour les collectivités territoriales

12 septembre 2018, 9:35 catégorie: Economie10 011 vue(s) A+ / A-

André Lafontant Joseph

 

Dans le budget rectificatif 2017-2018, on prévoit pour les collectivités territoriales une enveloppe estimée à 301  millions de gourdes. Tandis que, dans le budget initial, ce fonds était de 571 millions de gourdes. Cette diminution est faite au moment où la Chambre des députés s’est statuée sur le projet de loi rectificative 2017-2018. Ces  derniers  ont retiré 270 millions  de gourdes  sur ce montant pour allouer aux fonds  communaux. Pour  le spécialiste en Finances publiques locales et en Développement de politiques de décentralisation, André Lafontant Joseph, le montant de 301 millions alloué aux collectivités territoriales est ridiculement bas.

Les collectivités territoriales jouent un rôle prépondérant dans le développement du pays. Cependant, elles sont toujours négligées par le Pouvoir central. À travers le budget rectificatif 2017-2018, le gouvernement prévoit une somme de 301 millions de gourdes pour les collectivités territoriales, dans l’idée de les aider à accomplir leurs missions. Tandis que le budget du Parlement dans ce budget rectifié est de 4 milliards 260 millions de gourdes , la présidence 1 milliard 753 millions de gourdes et la primature 2 milliards 067 millions de gourdes. Pour plusieurs cadres du pays, ce montant est considéré comme une gifle aux collectivités. Un avis partagé par le spécialiste en Finances publiques locales et en Développement de politiques de décentralisation, André Lafontant Joseph.

D’après M. Joseph, du point de vue quantitatif, que ce soit pour financer des projets nationaux ou des projets locaux, ce montant de 301 millions de gourdes ne peut pas aider les collectivités territoriales à ne réaliser absolument rien. « Il représente une moyenne de 2.15 millions de gourdes par commune, c’est-à-dire  301 millions de gourdes à partager entre les 140 communes et les 571 sections communales. C’est une plaisanterie », a-t-il déploré lors d’une entrevue accordée au quotidien Le National.

Selon lui, les autorités actuelles du pays sont responsables des problèmes auxquels font face les collectivités. En ce sens, le professeur André Lafontant Joseph a affirmé qu’en réalité, les responsables actuels du pouvoir d’État (parlementaires et membres des gouvernements confondus) ne s’intéressent nullement à ce que les collectivités accomplissent leurs missions de services à la population. « S’ils voulaient le faire, ils auraient pu au moins permettre aux collectivités d’utiliser et une partie des montants du Fonds de gestion (plus de 3 milliards de gourdes) et du Fonds national de l’éducation pour créer de bonnes écoles dans tout le pays. L’Éducation est universellement reconnue comme un des facteurs les plus déterminants du développement», croit le spécialiste Joseph.

En outre, il a souligné que ces derniers préfèrent détourner royalement les revenus de ces Fonds, par ailleurs non budgétisés. Aux dires du professeur, les collectivités ne reçoivent pas ce qui leur revient de droit. « Ces autorités acceptent parfois de négocier des petits projets avec les élus locaux uniquement pour recevoir leurs commissions ou se servir d’eux comme prête-noms. Ils ne veulent aucun mécanisme clair et institutionnalisé », a-t-il dénoncé.

Par ailleurs, selon le spécialiste en Finances publiques locales et en Développement de politiques de décentralisation, les autorités étatiques ignorent l’arrêté qui a été pris sous la présidence de Jocelerme Privert en janvier 2016, concernant la gestion du fonds et le développement des collectivités territoriales. « Je veux pour preuve l’arrêté du 26 janvier 2017 de Jocelerme Privert sur l’administration du Fonds de gestion et de développement des collectivités territoriales (FGDCT) », demande-t-il. Il importe de souligner que cet arrêté donne des orientations claires sur la façon dont on doit gérer ce fonds.

Un autre regard envers les collectivités territoriales

André Lafontant Joseph croit que l’État central doit réviser sa stratégie envers les collectivités territoriales. À cet effet, il a avancé que sur dix-sept milliards constituant la caisse noire dénommée « Autres interventions publiques » ou « Autres investissements publics », dix milliards pourraient être alloués aux ministères et le reste sept milliards aux administrations locales. « «Sept milliards pourraient être alloués aux mairies et aux Casecs pour des interventions dans les mêmes domaines, mais se rapportant à leurs niveaux de compétences : amélioration de la desserte scolaire au niveau préscolaire et fondamental, distribution d’intrants agricoles, amélioration de la couverture sanitaire au niveau des sections communales, reboisement, eau potable et assainissement », souhaite l’homme fort de la décentralisation.

En outre, M. Joseph se montre favorable pour la déconcentration du fonds de dix-sept milliards de gourdes baptisé « Autres investissements publics ». Pour lui, ce fonds doit être réparti dans tous départements du pays. Selon ses dires, le développement du pays ne peut se faire sans la participation des pouvoirs locaux. Si les autorités étatiques actuelles ajoute M. Joseph, aideront les collectivités territoriales à remplir leurs missions, on aura des services sociaux de base pouvant permettre l’augmentation de la production nationale et l’amélioration de la vie de la population haïtienne. Par ailleurs, il a critiqué ces derniers, qui selon lui, ne sont nullement intéressés à l’avancement du pays.

Recommandations au nouveau gouvernement en ce qui a trait aux collectivités territoriales

Dans la foulée, André Lafontant Joseph attire l’attention du prochain locataire, Jean Henry Céant sur la nécessité pour qu’il y ait une meilleure prise en charge des collectivités territoriales dans le cadre de l’application de sa politique. « Ce n’est pas avec des promesses que les autorités nationales vont aider les collectivités, c’est d’abord avec une augmentation de leur financement liée à toute une série de mesures de contrôle (car la corruption sévit aussi au niveau local) et de renforcement des capacités des administrations territoriales », a souhaité M. Joseph.

Pour lui, le nouveau gouvernement doit faire en sorte que les revenus du Fonds de gestion et de développement des collectivités territoriales et ceux du Fonds national de l’Éducation soient bien utilisés en vue d’éviter le détournement de fonds.

Cluford Dubois

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