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La triste réalité des locataires en Haïti

11 avril 2017, 9:37 catégorie: Société9 330 vue(s) A+ / A-

triste realite des locataires en Haiti

Etre locataire en Haïti exige courage et résignation. Très souvent, il faut faire face à l’arrogance et aux insultes de certains propriétaires de maison. Et tout cela, pour des maisons souvent en piteux état.

Roseline (nom d’emprunt) vit à Bizoton 53, une localité de la commune de Carrefour. Depuis près de deux ans, son mari et lui ont affermé un appartement de deux chambres pour habiter avec leur petite famille. Mais, à bien entendre Roseline, on pourrait croire que seuls son courage et sa peur de rencontrer le pire l’obligent à rester dans cette maison depuis tout ce temps.

Selon ce qu’elle raconte Roseline, le propriétaire ne lui témoigne aucun respect. « Il nous parle comme il le veut, proférant des paroles humiliantes comme : si vous ne pouviez pas construire votre propre maison, ce n’est pas moi le responsable », dit-elle, le visage couvert de honte et de peine. Depuis qu’elle est entrée dans cet appartement, raconte-t-elle, le propriétaire ne cesse de l’humilier. Pas une goutte d’eau ne coule des robinets de la maison. Elle n’obtient l’électricité que grâce au concours d’un voisin, même s’il était convenu que le propriétaire lui accorderait toutes ces commodités. Mais, triste ironie, elle n’a même pas le droit de revendiquer au risque de recevoir des insultes.

Dans la même zone, des jeunes capois venant à Port-au-Prince pour les études ont été humiliés par une femme qui leur a affermé une chambre. Arrivés au terme de leur bail, les jeunes se sont fait le devoir d’aller payer les 25 000 gourdes du contrat en vue d’un renouvèlement. Mais la propriétaire leur a fait savoir qu’elle n’a pas l’intention de renouveler le contrat pour la même somme d’argent. Un surplus de 5000 gourdes est exigé. N’ayant pas pu trouver la totalité du montant exigé, dans le délai imparti, ces jeunes ont été contraints de remettre la clé.

Ce cas est monnaie courante en Haïti. Les altercations entre locataires et propriétaires se produisent de plus en plus. Très souvent, celui qui loue, se trouve souvent dans une situation si délicate qu’il néglige de réclamer du propriétaire les services auxquels il a droit. Et pourtant, une fois que le locataire prend logement, le propriétaire ne lui accorde rien, lors même qu’il lui a fait des promesses.

 « Il m’a promis de peindre la maison. Mais je vais avoir deux ans ici,la promesse n’ est pas encore tenue. Les toilettes sont en très mauvais état depuis mon arrivée à l’appartement. Quand on lui en parle, on ne reçoit que des insultes», fait savoir Roseline.

Le plus souvent, le propriétaire n’a pas construit sa maison pour l’affermer. Des contraintes économiques sont souvent à la base de sa décision d’affermer une partie de sa maison. Donc, il se retire dans une chambre, mais surveille son locataire pour savoir s’il prend soin de son appartement ou non. Ainsi, il ne se borne pas pour tancer son locataire, le cas échéant.

 Même si la question est régulée par la loi, très peu de locataires le savent. Du moins, ils ignorent complètement ce qu’en dit la loi. C’est la même réalité pour certains propriétaires qui, le plus souvent, croient accorder des faveurs aux locataires. Ceux-ci, certaines fois, se laissent faire, espérant avoir ainsi la générosité du propriétaire.

 Même celui qui connaît sa redevance envers son locataire n’ est pas toujours exempt de reproches. Souvent, le propriétaire profite de l’ignorance du locataire pour violer ses droits. Sans penser à améliorer les services à offrir au locataire, le propriétaire s’avise d’augmenter impunément le prix de la location. Enfin, le locataire qui ne veut pas se plier aux exigences du propriétaire n’a qu’à résilier son contrat avec celui-ci.

Somme toute, le propriétaire se considère comme un patron oubliant que son locataire a à la fois des devoirs et des droits.

 Ritzamarum Zétrenne

 rzetrenne@lenational.ht

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