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Tractations

15 février 2017, 10:59 catégorie: Édito11 970 vue(s) A+ / A-

C’est l’ordinaire des débuts de mandats. Le temps qui s’étire pour la désignation d’un Premier ministre. Les tractations interminables où chacun tente de fatiguer l’autre, de le désarçonner jusqu’à rafler la mise finale en profitant de la lassitude de la population. Politiciens, hommes d’affaires, tout le monde est dans des petites réunions, poussant ses pions, essayant de faire bouger la partie dans le sens de ses intérêts. Sur les réseaux sociaux, des petits malins se donnent à coeur joie en annonçant la désignation de quelqu’un avec la liste de ses ministres. On pense peut-être que c’est une guerre de communication où les nerfs sont mis à rude épreuve. Un nom qui revient peut, on ne sait jamais, tomber dans l’oreille du Président ou de quelqu’un du sérail.

 Les intérêts en jeu, du moins pour ceux qui sont dans cette partie où ici la nation n’a pas la voix au chapitre, sont tellement énormes qu’on ne voit pas trop pour l’instant d’éclaircie à l’horizon. Rappelons que le temps ici n’est pas un facteur important pour ceux qui sont en lutte pour accéder à postes et donc à privilèges. C’est la situation du panier à crabe. Il suffit qu’un nom émerge de la mêlée pour qu’aussitôt une sainte coalition s’active à le couler. Le président peut bien s’en tirer en envoyant des « premiers ministrables » aller se faire trucider au Parlement pour qu’en fin de compte celui qu’il veut, on soit bien obligé, en désespoir de cause, de le ratifier. Cela peut durer avec la mauvaise foi des uns et des autres. Et plus la situation économique est difficile, plus la précarité féroce, plus les appétits démesurés et plus les concessions à faire deviennent difficiles. On ne peut se permettre de laisser l’autre prendre la tête de la course sinon vous serez en queue de peloton pour une durée indéterminée.

Le temps passe. La gourde est plus qu’en mauvaise posture. Il est bruit qu’on sera bien obligé d’augmenter le prix des carburants. Les ménages sont aux abois, car avec le peu qu’ils gagnent, ils arrivent à peine à se nourrir et à faire face aux obligations essentielles. On continue à couper du bois avec frénésie même si Matthew a été une bonne chose pour le marché du charbon de bois. On est las de rappeler que tous nos indicateurs sont au rouge même si beaucoup rêvent de richesses que recèlerait le sous-sol haïtien, richesses qui, si elles étaient réelles, avec notre système social et politique, ne feraient que rendre plus riche notre misérable nomenklatura, notre peuple réduit à se contenter de miettes minuscules qui le laisserait dans son dénuement plus que séculaire.

Le président de la République dans son discours d’investiture n’a ni parlé de l’état de la nation ni laissé entrevoir des pistes de sorties du marasme. Laisse-t-il ce soin au prochain Premier ministre ? Il faudra beaucoup de matière grise, de volonté, d’imagination, d’amour de la patrie pour s’attaquer à tous ces défis.

On est loin d’être rassuré.

 Gary Victor

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