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Toute éventuelle augmentation des prix du carburant aura des incidences majeures sur le pays

09 mai 2017, 11:17 catégorie: Economie6 560 vue(s) A+ / A-

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Après l’annonce du gouvernement de Jack Guy Lafontant de ne plus subventionner les produits pétroliers et de procéder, par ricochet, à un relèvement des prix à la pompe, des inquiétudes planent au niveau de plusieurs secteurs de la vie nationale. Le gouvernement doit, selon certaines voix autorisées, penser à de meilleures stratégies pour résoudre ce problème qui pourrait soulever des grognes au niveau de la population.

Lors d’une conférence de presse tenue la semaine écoulée, le chef de la Primature, a rappelé que cette subvention représentait un débours de sept milliards de gourdes tous les ans. Face à cette situation des dirigeants syndicaux ont mis en garde contre cette mesure à venir et ont annoncé dans les médias qu’ils n’ont pas encore été contactés à ce sujet.

L’économiste Etzer Emile, contacté à ce sujet, estime qu’il faut résoudre ce problème une fois pour toutes, pour que nous cessions avec la pratique de subvention de carburant. Lorsqu’il y a des subventions, nous avions l’impression que tout le monde en bénéficie, même ceux qui ont des moyens.

Il soutient qu’il faut trouver d’autres mécanismes pour subventionner ceux qui ne peuvent pas acheter, soit en donnant des bons, soit en garantissant des transports publics gratuits aux écoliers et autres. « Chaque fois que l’État subventionne 70 jusqu’à 80 gourdes par gallon, même ceux qui ont des moyens bénéficient; à ce moment là, subvention n’est pas ciblée » affirme l’économiste Emile.

D’après lui, c’est important d’avoir d’autres approches et de mettre en place la loi de 1995 qui indique chaque fois que le carburant augmente de 5 %, il faudrait l’ajuster, au lieu de faire de la politique. Etant donné que le carburant est un produit transversal, qui a des liaisons avec plusieurs postes de dépenses, notamment le transport public, le transport privé, mais aussi la production de biens manufacturés.

 En conséquence, l’augmentation du carburant va impacter sur le prix final des biens, ce qui va nuire au pouvoir d’achat des consommateurs. Cela va avoir des conséquences sociopolitiques, parce qu’il y a des syndicats ainsi que des groupes organisés, même des politiciens qui peuvent l’utiliser contre le gouvernement. Au mois d’août 2016, le ministère de l’Économie et des Finances conjointement avec le ministère du Commerce et de l’Industrie, avaient voulu augmenter les prix des produits pétroliers sur l’ensemble du territoire national.

Face à la levée de boucliers et à la menace de grève des transports publics sur le territoire national, le gouvernement d’Enex Jean-Charles avait décidé, le mercredi 24 août 2016, de suspendre, provisoirement, sa décision d’augmentation des prix des produits pétroliers sur le marché national.

L’économiste soutient qu’il est important de tenir compte de cette question de poids au delà de la question de prix, pour garder les impacts socioéconomiques, et de savoir comment parvenir à un consensus avec les gens, pour arriver à un ajustement plus ou moins acceptable et consensuel.« L’État ambitionne de prendre cette mesure parce qu’il constate qu’il perd beaucoup trop d’argent, il y a trop de manques à gagner, trop de faibles recettes, par rapport à ses prévisions » prévient l’économiste Emile.

Il encourage l’État à faire tout son possible pour chercher de l’argent dans d’autres endroits, où il en perd, puisque ce n’est pas seulement sur le carburant qu’il perd de l’argent. Il en perd à la douane de Malpasse, dans les autres postes frontaliers, quand certains citoyens ne veulent pas remplir leur devoir civique en payant à l’État ce qui lui est dû. Il en perd encore dans des dépenses inconsidérées. Etzer Emile suggère aux autorités du pays d’avoir une vision beaucoup plus large de la gestion des collectes de fonds, des ressources domestiques en vue d’éviter l’évasion fiscale, la contrebande au niveau de la frontière. Dans le cas contraire, le manque peut se chiffrer à trois ou quatre cent millions de dollars, chaque année.

 Rovelson Appolon, de la Commission épiscopale (catholique romaine) Justice et paix (Ce- Jilap), estime que l’augmentation du carburant constitue un moyen utilisé par l’État pour renflouer sa caisse au détriment de la population.

 Pendant les 30 dernières années, l’État n’a effectué aucun investissement générateur d’argent comme la construction de routes qui aurait pu impliquer des droits de péage. Les syndicats d’enseignants mobilisés pour exiger le paiement des arriérés de salaire des professeurs, redoutent déjà la prochaine augmentation des tarifs des carburants.

 Josué Mérilien de l’Union nationale des normaliennes et normaliens haïtiens (Unnoh) fait savoir que « toute augmentation du prix des produits pétroliers augmentera automatiquement la misère de la population ».

Par ailleurs, l’inflation est aujourd’hui estimée à 13 % et la monnaie nationale (la Gourde) a perdu environ 60 % de sa valeur en trois ans.

 Jean Elie Paul

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