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Le temps des grands chantiers

09 janvier 2018, 11:18 catégorie: Édito14 366 vue(s) A+ / A-

L’année 2017 s’en est allée en laissant un bilan mitigé à tous les niveaux. Une année marquée par la sous-production sur le plan économique, par des agitations sociales et de tâtonnements politiques. Les bilans dressés par la presse nationale, internationale ainsi que des institutions spécialisées sont concordants sur les maigres réalisations en 2017. Une année à vite oublier pour aborder les grands défis de l’heure. Le deuxième lundi de janvier, échéance constitutionnelle pour la rentrée parlementaire, a été l’occasion pour la nation de savoir son état de santé au vu des plus hauts responsables de l’État.

Les deux chefs de l’Exécutif, du haut de la tribune de l’Assemblee nationale réunie solennellement le lundi 8 janvier 2018, ont fait miroiter aux yeux de la nation un pays de rêve. Une Haïti régénérée.Une nation qui se porte bien. Tout au moins dans les discours comme c’est toujours le cas d’ailleurs ! Le président de la République, toujours égal à lui-même, a pris de nouveaux engagements à travers un lot de promesses merveilleuses. Et le Premier ministre en guise de bilan s’est prêté au même exercice du chef de l’État en vantant les quelques réalisations de son gouvernement, multipliant les promesses à défaut de présenter un bilan en bonne et due forme.

Comme il est admis par les théoriciens de pouvoir que la première année de toute nouvelle administration politique est une année de grâce, d’observation, d’apprentissage, les errements commis par l’administration naissante pourraient être compris et concédés. En effet, contrairement à 2017, l’année 2018 devrait être celle des grands chantiers où les promesses commenceraient à se traduire en actes concrets. Ce devrait être même l’année de Jovenel Moïse pour asseoir son administration, lancer les grands projets de son quinquennat. Car, jusque-là, la “caravane du changement” considérée comme véritable fer-de-lance de son administration n’a eu que l’effet d’annonce. Les fruits ne tiennent pas encore la promesse des fleurs. À date, aucun cadre référentiel de la Caravane du changement n’est disponible. Même le coût de la caravane demeure encore un secret d’alcôve.

À ce niveau, même des alliés et supporteurs du chef de l’État émettent des ombres de doute sur l’organisation de la Caravane. Le président de l’Assemblée nationale, Youri Latortue, grand allié de Jovenel Moïse, tout en saluant les actions menées dans le cadre de la Caravane, dit croire que les actions (pour le moins dispersées) de la Caravane doivent s’inscrire dans un plan de développement.Vantant les vertus de sa caravane, le président de la République, comme lui seul a le secret, a expliqué que la Caravane du changement n’est ni un programme politique, ni un projet, mais une “stratégie de développement”. À ce stade des débats, il y a lieu de se demander comment peut-il exister une stratégie de développement, sans aucun plan de développement? Sans aucun document ?

S’il est vrai que l’actuel gouvernement dit s’inscrire dans une logique de continuité par rapport à l’administration du président Michel Martelly, il se doit d’être circonspect pour ne pas commettre les mêmes erreurs que l’administration précédente dans le cadre du PSUGO (Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire), considéré comme le programme phare du quinquennat de Michel Martelly. Ce programme pour avoir été mal planifié n’a pas pu donner les résultats escomptés et demeure aujourd’hui un véritable croc-en-jambe pour tous les ministres appelés à gérer le portefeuille ministériel de l’Éducation.

L’échec ou la réussite du quinquennat de Jovenel Moïse dépendra en grande partie de la Caravane du changement. C’est pourquoi il est important que cette “stratégie de développement” soit bien définie, planifiée et intégrée dans un plan pour le plus grand bien du pays.

Pour mener à bien cette oeuvre, il est également important d’évaluer la machine gouvernementale qui, apparemment, n’arrive pas encore à prendre sa vitesse de croisière tant les insatisfactions sont nombreuses. Un remue-ménage dans la machine est, à ce stade, nécessaire. Le Premier ministre, longtemps trop attentiste, doit se mettre in fine dans la peau d’un vrai chef de gouvernement pour épauler le président de la République en cette année qui devrait être marqué par le lancement des grands chantiers sur les plans politique, social, économique et infrastructurel.

Noclès Débréus

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