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« Tche wòb Valantin » de Pascal Apollon : le cri d’un amoureux timide

12 avril 2018, 9:02 catégorie: Culture6 556 vue(s) A+ / A-

Couverture du livre de Pascal Apollon :

« Tche wòb Valantin ».

 

La poésie qui jaillit entre les lignes de « Tche wòb Valantin », les images qui décorent ses vers, les couleurs qui parlent sur ses pages m’enchantent. Paru en mai 2017 chez les éditions Inferno, « Tche wòb Valantin » (44 pages) est le deuxième livre du jeune poète Pascal Apollon. C’est l’expression d’un amour dense qui danse, le cri d’un amoureux timide !

On garde en soi des expériences, des vécus, des histoires d’amour de notre adolescence. On est passionné, parfois sans même savoir comment dire « je t’aime », ou du moins aborder une fille. Une personne qui présente de telles attitudes, l’orchestre Septentrional d’Haïti l’appelle « gason djèdjè ».

À travers un long poème, le poète Pascal Apollon, jeune homme timide, qui a la magie des mots, le mystère des beaux vers, tombe amoureux d’une jeune fille. Malgré ces atouts, il n’arrive pas à s’approcher d’elle. En effet, il est obligé de décrire [le moindre de] ses gestes, sa beauté, son reflet. Tout d’elle capte son attention, de la douceur de son regard aux battements de son coeur :

« Rad li pa bezwen talalàn bay li fòm

Cheve l pa melanje ak lòt

Se koulè l tankou ebèn

De zye l pòtrè chandèl gzo jou gede

Ki reflete tout bote larèn minwi »

Un livre-musée

Cette plaquette est un musée où le poète expose des milliers de tableaux. Une poésie imagée, où chaque vers est un rêve. Dans son livre La poétique de l’espace, le philosophe Gaston Bachelard rappelle que « l’image est un dépassement de toutes les données de la sensibilité ». Et, on peut comprendre que la poésie est une âme, inaugurant une forme. « Il y a poésie, quand il y a d’absolues créations d’images », pour citer Pierre-Jean Jouve. En fait, le poète Pascal peint la beauté de Valantin :

« Bote l se dans lapli danse toutouni nan lannwit

Lè pyebwa yo frèt

Jis dan yo pran kontre

Tankou machine k ap koud »

Valantin est cette Dame créole qui germe mille poèmes dans le coeur du poète, pour paraphraser Baudelaire.

Souvenirs dégoûtants !

Tout éloignement d’elle est passible de deuil, de tristesse ou de désolation. Le poète compare un éventuel départ de Valantin au drame du 12 janvier 2010. Désastre, catastrophe. Les souvenirs, glorieux ou alarmants, font souvent la force des oeuvres, et permettent de créer des images vivantes, animées. Bien que choquant, il est nécessaire de briser le silence du passé, posant le problème fondamental du bonheur. Ce passage nous rappelle le célèbre vers de Georges Castera : « Aime-moi/Comme une maison qui brûle ».

« Se gade l ki prale

Se douz janvye ki repase »

La présence du fantastique

Le monde du poète est identique à l’organisation d’un texte. Il se trouve au milieu de reflets et d’échos. Du réel et de l’imaginaire. De la logique poétique et de la pensée magique. De l’étrangeté. Du fantastique ! « Le propre de la poésie fantastique est de révéler une envoûtante étrangeté, de distiller une inquiétude féconde, qui incite à donner tout son crédit au rêve » pense Michel Viegnes.

« Pouki l pat vanpi

Ak ti dan zonbi l

Li ta souse bò kou m lè l kwaze m

[…] Pouki l pat lougawou

M ta fè l charye m

Tankou vye zèb ginen van pa bezwen »

Comme dans l’oeuvre de beaucoup d’écrivains haïtiens (Gary Victor, par exemple), l’imaginaire, le fantastique est présent. Et dans ce cas, le loup-garou serait une belle femme, ce qui conteste la représentation dominante, qui le renvoie souvent aux femmes noires, laides et misérables.

Avec un coeur chaste, avec des yeux purs, Pascal célèbre la beauté de Valantin, pour ainsi dire Pablo Neruda. À signaler, Tche wòb Valantin a reçu le 3e prix Kalbas Lò Lakarayib 2017.

Micky-Love Mocombe

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