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Le symbolisme d’une journée d’octobre

18 octobre 2017, 9:14 catégorie: Édito11 472 vue(s) A+ / A-

La nécessité de dialogue qui s’impose aux acteurs politiques haïtiens d’aujourd’hui fut la ligne de conduite adoptée par Jean-Jacques Dessalines et Alexandre Pétion, qui eurent pourtant de sérieux contentieux à vider sur la meilleure composition sociale pour ce pays et la manière de le gouverner. Le défaut de la cuirasse persista malheureusement après l’Indépendance, provoquant ainsi d’autres types de frictions conduisant à l’assassinat de l’Empereur, le 17 octobre 1806. Quelle que soit notre chapelle politique, nous avons tous le privilège et le droit de nous réclamer de ce titan qui avait compris la nécessité de mettre les intérêts supérieurs de la nation au-dessus des querelles partisanes. Dans le seul but d’unification, de sauvegarde et de prospérité de la nation.

Les temps ont changé certes, mais la fébrilité de notre Indépendance demeure encore notre point faible dans un hémisphère où l’on nous affuble de tous les maux. J’en appelle à nos politiciens et intellectuels d’aujourd’hui de s’armer de courage pour dire non à l’inacceptable. Nous ne pouvons nous permettre de laisser la nation s’effondrer, sans un appel à cette jeunesse découragée, décontenancée, qui perd confiance dans la notion de «Pays». Professeurs d’histoire et de lettres, il est venu le temps de cesser le bourrage de crâne pour apprendre à nos Jeunes le degré d’ignominie contenu dans l’acte crapuleux d’assassinat de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines, le 17 octobre 1806. En littérature haïtienne, dites leur que l’École patriotique et La Génération de la Ronde furent des champs de réflexion sur les maux du pays, à des moments où notre chère Indépendance se lisait en pointillé. En d’autres temps, apprenez-leur que Louis-Joseph Janvier, Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis et tant d’autres, ont été des modèles de fierté pour ce pays. Ce ne furent pourtant pas des gérontes, mais des jeunes. Dessalines, lui-même, n’avait que 48 ans à sa mort, et il avait tant réalisé avant cet âge.

Après les impératifs de l’Indépendance qui ont affaibli, reconnaissons-le, nos infrastructures nationales, ce sont les armes de la dialectique et non les baïonnettes qui doivent aujourd’hui occuper le devant de la scène politique haïtienne. L’heure est au compromis, pour reconstruire mentalement et physiquement ce pays dévasté, démoralisé, qui a perdu mémoire et structure. «Je cherche un homme», disait Diogène, qui se promenait en plein midi dans les rues d’Athènes, avec une lanterne à la main. Politiciens et intellectuels de tous bords, posons-nous cette question : ce «Homme» dont parlait Diogène – qui peut être aussi une femme – à l’heure de l’égalité des chances, peut-on le trouver chez nous, au moment où nous en avons le plus besoin?

Cette capacité qu’avait l’Haïtien de se libérer du joug de l’esclavage, en prenant son courage à deux mains, face au colonialisme, sous les boulets et la mitraille, s’est-elle à jamais évanouie? La réponse ne réside pas dans les invectives politiciennes, qui transforment nos Jeunes en chairs à canon, à des fins strictement personnelles. D’habitude, quand ces derniers finissent de revendiquer des poings et des pieds, ils se voient abandonnés à leur propre sort, n’ayant d’autre recours que les soi-disant eldorados étrangers.

Que l’on soit au pouvoir ou dans l’opposition, cette problématique spécifique nous concerne tous, à ce moment critique de notre histoire de peuple! Que ce énième rappel de l’assassinat de l’Empereur Jean- Jacques Dessalines, l’illustre fondateur de la nation, nous ramène à la « raison »! Conjurons ensemble le testament des Libéraux du XIXe siècle, qui ternissent son image et sa mémoire, en le traitant de «sanguinaire». Au nom d’une répugnante idéologie de couleur. Pour le pays, pour les ancêtres, marchons unis.

Mérês M. Weche

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