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Soyons sérieux !

07 novembre 2017, 10:22 catégorie: Édito13 036 vue(s) A+ / A-

Pour s’exercer avec rigueur et impartialité, la justice a besoin de sérieux, de gravité et de sérénité. Or, il arrive que depuis quelque temps, certaines mesures prises par le parquet de la capitale et ce sous différents gouvernements, font beaucoup plus dans le spec­taculaire que dans la rigueur et l’objectivité. Nul ne doute que dans ce pays gangréné par la corruption, nous avons besoin de juges intraitables, de chevaliers sans peur et sans reproche capables de poursuivre les puissants de l’heure ou d’hier qui se seraient rendu coupables de malversations, détournements de fonds et autres trafics d’influence.

On se souvient des flamboyants commissaires du gouvernement qui avaient fait miroiter aux yeux de la nation la possibilité d’une justice indépendante, non inféodée au pouvoir. Mais à chaque fois, les politiques annoncées s’écrasaient contre le mur de la poli­tique-spectacle ou dans l’indifférence, le scepticisme et même la suspicion des autres pouvoirs.

Les décisions de nos parquetiers s’apparentaient beaucoup plus à des effets d’annonce tant que les dossiers agités paraissaient manquer de consistance et que semblaient plutôt reposer sur les échos de la clameur publique. Il y avait sûrement de bonnes rai­sons de poursuivre X ou Y mais le peu d’élaboration des dossiers à charge et la précipitation politicienne ont tout fait foirer, faisant passer nos chefs de poursuite pour des instruments d’une nouvelle vendetta politique.

Aussi la persécution politicienne devint-elle le grand drap blanc capable de recouvrir les armoires remplies de squelettes de cer­tains manitous de régimes passés ou présents. Tant que les en­quêtes s’effectueront dans la précipitation, tant que les mesures d’interdiction de départ présenteront des risques d’amalgames pouvant mettre en péril la réputation d’honnêtes citoyens, notre justice continuera à bégayer et à amplifier les injustices.

Pire, les vrais loups continueront à se dissimuler dans la bergerie, et puisque nous sommes coutumiers des décisions judiciaires à la va-vite ou des dénonciations orientées, le doute et la confusion feront perdurer la situation d’impunité généralisée : un vrai crim­inel pourra toujours se cacher au milieu d’autres innocents aux mains salis juste parce qu’ils ont fait partie d’un pouvoir contesté.

Bien avant la publication de l’enquête sénatoriale autour de l’utilisation des fonds de PetroCaribe, une bataille médiatique a commencé autour de l’orientation partisane de l’enquête et de ces conclusions qui auraient pour but de salir bien de réputations honnêtement et patiemment construites. Où se situent réellement le vice et la vertu dans cette histoire ? L’enquête est-elle réellement instrumentalisée au profit d’une quelconque chapelle politique ? Quelques secteurs ont-ils intérêt au contraire à noyer un quel­conque poisson avant qu’on le ramène dans les filets de la justice ? Il n’empêche que le public veut connaitre la vérité sur ce qui s’est réellement passé et qu’on espère que la montagne n’accouchera pas d’une souris.

Toutes nos interrogations citoyennes demeureront sans réponse tant que l’État haïtien et plus particulièrement ceux placés pour faire respecter nos lois ne fonctionneront pas dans le cadre strict des normes de moralité, de justice et d’équité.

On ne pourra pas rendre des comptes à la Nation si les enquêtes se poursuivent inlassablement ou si elles sont précipitées à des fins politiques. Nous avons grand besoin de sagesse et de sérieux pour rendre à notre justice sa crédibilité et pour pouvoir franchir la porte étroite de l’État de droit.

Roody Edmé

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