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Soro, un livre passionnant, pourtant peu connu

13 septembre 2018, 9:08 catégorie: Culture8 222 vue(s) A+ / A-

Poignant, captivant, mordant, émouvant. Autant d’adjectifs pour qualifier Soro, un roman de Gary Victor considéré comme l’écrivain le plus lu en Haïti. Soro est un récit décapant et plein d’intrigues qui incite le lecteur à se jeter dans une totale introspection pour découvrir une partie de lui-même. C’est une sorte de miroir qui décrit, dépeint et renvoie l’image d’une société haïtienne vouée et abandonnée aux malheurs et aux catastrophes naturelles. Et, sans langue de bois. À travers cet ouvrage, Gary reste égal à lui-même, dans une langue belle et peaufinée. Il a su mettre en lumière les interstices de cette société en pourriture capable de corrompre jusqu’à la dernière goutte d’homme. Comme si le pays n’avait pas besoin de gens honnêtes et prêts à se battre pour son développement. Le moindre signe de patriotisme et de probité est perçu comme dépassé et/ou comme signe de pauvreté.

Dès les premières pages de l’ouvrage, l’on découvre un inspecteur Dieuswalwe Azémar bouleversé, impuissant face à ce marasme dans lequel il s’est faufilé à son insu. Il a couché avec la femme de son supérieur hiérarchique au sein de la Police nationale d’Haïti, le commissaire Solon, le seul homme sur qui il puisse compter dans tout le pays.

L’histoire se déroule au coeur de Port-au-Prince et débute sous une note plutôt tragique soit quelques minutes avant le séisme. Du décès de madame Solon écorchée par une masse de béton alors qu’elle fut en proie à une crise orgasmique tout en chevauchant l’inspecteur, en passant par la nouvelle de la mort d’un illustre peintre. Dieuswalwe, devant un mur implacable où il se doit, à la fois, de brouiller les pistes de la mort de la dame et éclairer la situation qui a occasionné la mort du peintre. Entre l’enclume de perdre son honneur et le marteau de sa personnalité typer par le sens du respect de sa personne et de la personne humaine, il se retrouve dans une ambivalence, enfermé dans une apparente maitrise de la situation. Il veut, paradoxalement, se faire tuer par Solon et en même temps vivre pour voir grandir sa fille…

Du polar au réalisme merveilleux, Soro représente un tableau mettant en exergue la société haïtienne à travers des personnages typiques. Un frère désireux de plaire aux bas caprices de sa femme qui va jusqu’à commettre un fratricide, question de bénéficier de l’héritage en inventant une histoire de zombis. Un inspecteur de police accroc à sa bouteille de « tranpe » vouant une fidélité coriace aux putes. Les relations abracadabrantes du commissaire avec les membres du gouvernement. La légitimité des chefs de gangs à pouvoir tuer les personnes de leurs choix. Tout cela, avec un travail minutieux sur la langue qui a servi de matériaux à l’auteur dans la construction de ce chef-d’oeuvre. Soro, un livre que les gens insensibles aux changements se doivent d’éviter à tout prix.

Gédéon VOLCY (Gedly)

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