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« Soeur Anne…Ne vois-tu rien venir ? »

10 janvier 2018, 10:26 catégorie: Édito8 102 vue(s) A+ / A-

L’année 2018 vient de commencer et un nuage de pessimisme flotte sur la ville. Les indicateurs économiques sont au rouge et les réponses des politiques se font attendre, la vie est en veilleuse et l’impuissance face à la dégradation d’une situation économique qui se corse est paralysante. Le gouvernement ronronne et tourne en rond. Le discours volontariste du Président devant l’Assemblée nationale doit finir par prendre chair pour espérer changer la donne. Une fraction de l’Opposition a déjà repris la série des manifestations intempestives ! Bref, rien de nouveau sous le soleil. Tout se passe comme si nous étions enfermés dans une bulle maléfique, incapables d’aspirer au grand air et aux espaces de dialogue indispensables au grand démarrage de notre pays.

Si la Caravane présidentielle apporte quelques satisfactions régionales et/ou locales, se font attendre de grands chantiers qui emballent, de grandes réformes annonciatrices de mobilisation populaire. L’actualité déborde de ces nouvelles déprimantes capables de ralentir les élans les plus patriotiques, et ce mal-être se renforce par la tendance particulièrement lourde que nous avons à cultiver le déclin, l’auto flagellation mortifère.

La politique chez nous est réduite à une portion congrue, faisant figure misérable d’arrangements entre manoeuvriers habiles, de peu de patriotisme et de civisme. Tout cela ne saurait inverser une tendance qui inquiète les économistes : le produit intérieur brut n’a cru que de 1,2% et serait en régression par rapport à l’année précédente ; d’autres secteurs considérés comme prioritaires comme l’agriculture connaissent une chétive progression. Le secteur de la reconstruction qui devait servir de fer de lance pour l’économie nationale est presque à l’arrêt en raison du tarissement de l’aide externe. Les leviers économiques sur lesquels le gouvernement comptait s’appuyer se révèlent progressivement inefficients, sans doute en raison de la crise de confiance qui ronge des pans entiers de l’économie et l’atmosphère corrosive qui plombe les initiatives privées.

Le gouvernement s’oblige à augmenter les ressources internes pour diminuer notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Mais tout ceci implique des mesures concrètes pour créer un climat incitatif à l’investissement et au bout du compte à la croissance. Que sont devenus les projets porteurs de micros parcs industriels ? Quid de l’impact des mesures annoncées par la Banque centrale pour « libéraliser » et surtout « démocratiser » le secteur du logement ? Au cours des sept dernières années, d’après les études du groupe Croissance, les ressources domestiques sont passées de 36 milliards à 70 milliards de gourdes, on s’imagine ce que seraient les recettes de l’État si les conditions de production de la richesse nationale s’étaient améliorées.

Le délabrement des services publics, l’état sanitaire de nos rues sont des facteurs aggravants qui accablent la majorité des citoyens. Nous avons appris qu’un accord serait intervenu entre le Maire de la Capitale et le Président pour l’organisation du prochain carnaval. Ce n’est certes pas peu de chose… quand on connait les rivalités séculaires qui infectent le leadership politique haïtien. Mais à quand un grand accord-cadre pour la reconstruction de notre centre-ville historique ? Voilà un projet qui pourrait entrainer une mobilisation salutaire pour le bien commun.

Le pays a besoin de perspectives, d’une grande vision, non pas uniquement de grandes promesses. Mais tout cela demande que l’on puisse progressivement rétablir la confiance en nos propres aptitudes servir ce pays, et que nous sachons surtout faire preuve de discernement à l’heure des grands choix.

Élevons donc nos coeurs !

Roody Edmé

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