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Les sensibles à la gâchette

29 octobre 2017, 9:42 catégorie: Édito17 837 vue(s) A+ / A-

On a beaucoup discuté ces derniers mois du rétablissement des Forces armées. Sur le papier, en théorie, la cause parait entendue. Surtout si dans son confort personnel et du haut de sa classe so­ciale on pense pouvoir être protégé de certaines dérives dont ne sont pas à l’abri les petites-gens. Pourtant on a bien vu comment la terreur bleue n’avait pas épargné des gens et des familles qui étaient très loin de cette plèbe toujours le souffre-douleur des « chefs » à la gâchette sensible.

Malgré tout, aujourd’hui encore, une manière de penser, trop fac­ile est de mise. Il semblerait qu’on ne fasse pas d’omelettes sans casser les oeufs. Le maintien de l’ordre –quel ordre ?-obligerait de tolérer au sein des appareils de sécurité des individus dont la psychè les situe pratiquement à la frontière du délinquant ou du criminel. Ce sont ces individus qui peuvent facilement, curieuse­ment sans se soucier de sanctions de leur institution- brandir leur arme pour faire feu au plus fort d’une festivité quand l’alcool coule à flots, où après un but marqué par une équipe de foot évoluant à des milliers de kilomètres de notre pays, à la manière de ces pisto­leros du Far West dont le doigt devant servir à presser la gâchette est comme possédé par un ange de la mort. Ces individus sont très chatouilleux, très susceptibles sur le respect qu’on doit ac­corder à son arme tout d’abord à son uniforme ensuite. Électrons à fonctions diverses dans ce climat de précarité, ils ont presque leur cour dans certaines zones avec un subtil droit de cuissage. À la moindre contradiction, ils peuvent péter les plombs et faire feu. Une simple discussion sur la voie publique avec un chauffeur de taxi ou de tap-tap, un problème domestique, et n’osons pas imaginer une querelle, une mésentente, un conflit où une somme d’argent plus où moins importante serait en cause.

Ces délinquants, parce qu’ils sont en uniforme, peuvent faire rap­peler la triste époque des Bòs Pent ou des Ti-Bobo. On n’en est pas encore là heureusement même si tous les pouvoirs ont distribué des armes à des civils avec l’espoir chimérique de constituer sans le dire une milice pour se maintenir en selle. Quant à ce qui a trait à la Police nationale, l’Inspection générale dans des conditions plus que difficiles a toujours fait des efforts louables pour maintenir un contrôle sur la discipline et la rectitude de la troupe. Mais l’autorité hiérarchique a pris du plomb dans l’aile depuis la sombre affaire des petits soldats, et le temps trop long des chimè lavalas. Les offi­ciers de police professionnels savent comment la situation est sen­sible, trop même. Ils savent surtout le doigté qu’il faut avoir pour tenir à l’oeil certaines têtes qui considèrent, qu’arme en main, et un politicien véreux au dos, la hiérarchie n’est, aujourd’hui, qu’un concept parfois fumeux.

Dans certains quartiers populaires, la situation est sur le fil, entre les légaux très à cheval sur le respect qu’on doit aux « chefs » et les autres « chefs » ceux des gangs qui tiennent aussi à leurs préroga­tives. Les méthodes des uns et des autres ne sont pas parfois trop différentes. Loin, là-haut où à l’étranger dans son confort, on peut discuter de sécurité dans un pays où personne ne sait le nombre d’armes qui circulent et où on ne se préoccupe pas d’une mentalité qui est le vrai problème à régler. Mais un petit chauffeur de taxi dans les rues de Port-au-Prince, résident au fin fond d’un bidon­ville, sait à quoi s’en tenir.

Gary VICTOR

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