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Quand un sénateur dénonce un cénacle

04 septembre 2017, 11:09 catégorie: Édito16 003 vue(s) A+ / A-

Ce scénario n’est pas nouveau face à un Budget de la République soumis au corps législatif pour ratification. On a déjà vu un Exécutif passer à exécution, en dépit d’un blocage au Parlement.

 En admettant que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, il y a fort à parier que ce dissident du PHTK qu’est le sénateur Wilot Joseph réintégrera les rangs, quand viendra le temps des « compromis ».

Ayant quitté brusquement une réunion en haut lieu, pour aller vider son carquois dans la presse, n’est certes pas de bon augure pour le gouvernement, puisqu’il convoque les collectivités territoriales à s’opposer en masse au vote du Budget par ses pairs, le 5 septembre prochain. C’est comme une invitation à la désobéissance civile. Puisque le sénateur parle de « gâteau mal séparé », comme à l’ordinaire, n’est-on pas en droit – comme l’a insinué la journaliste de Zénith FM qui l’interviewait – de penser qu’il s’agit, encore une fois, d’une insatisfaction personnelle ?

L’objectivité journalistique nous oblige à prendre toutefois au sérieux l’élu du Plateau central qui, avec les 58.000 voix, dit-il, recueillies au cours des dernières élections, dont 50.000 en faveur de l’ex-candidat Jovenel Moise, soit 86%, doit peser fort dans la balance gouvernementale. Quand il élève la voix en faveur de ses mandants, c’est une forme de retour de l’ascenseur pour les voix obtenues.

 En clair, le sénateur Wilot Joseph, tout en dénonçant un cénacle au sein du Parlement, accuse le gouvernement de vouloir régenter le Législatif, comme d’autres l’ont fait avant lui, pour voter dans le sens du palais national, et ainsi s’octroyer la part du lion dans le Budget. Le plus hardiment, il s’oppose au sort de parent pauvre fait aux collectivités territoriales, en demandant à ses pairs de jouer leur rôle de contre-pouvoir pour « affecter ou désaffecter » certains postes budgétaires au profit des plus petites subdivisions territoriales que sont les sections communales, où se trouvent les vrais agents de développement du pays. Il plaide ainsi en faveur des Asecs et Casecs qui sont relégués à l’arrière-plan dans l’ensemble des communes de la République. Parlant des maires et mairesses en particulier, le sénateur Wilot Joseph dit que les fonds communaux qui leur reviennent de droit sont accaparés par des «pillageurs» de tous poils, au parlement comme au palais national, à des fins de prévarication. Il récuse d’un revers de main la question de 26 milliards de gourdes affectés aux « hautes interventions publiques » ; ce qu’il considère comme un scandale.

 Pour revenir à sa chapelle politique, il dit que le PHTK n’a été pour lui qu’une bannière aux dernières élections législatives, et qu’à défaut de soutenir Jovenel Moïse, son choix serait Maryse Narcisse. Il fait ainsi taire ses accointances avec Jude Célestin qu’on croyait être son poulain.

 En définitive, le sénateur Wilot Joseph se présente comme un kaléidoscope qui fait miroiter plusieurs couleurs, dans un contexte de sensations vives et variées. Il demeure certain, par contre, qu’il s’érige en vent de fronde contre le gouvernement, en scandant ce qui suit : « Au péril de ma vie, je vais lutter pour la libération de ma ville, et j’annonce qu’un mouvement de protestation va être déclenché sous peu, si des correctifs ne sont apportés à la gouvernance du pays ».

La journaliste lui avait toutefois rappelé qu’un Budget haïtien a été déjà mis à exécution sans vote, et qu’elle craint que ses efforts ne soient que des coups d’épée dans l’air. Ce à quoi il a rétorqué : « Ce mauvais précédent ne pourra plus être réédité au pays ». Il n’est que d’attendre.

 Mérès M. Weche

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