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Au Sénat, le ministre Antonio Rodrigue diagnostique la diplomatie haïtienne

03 août 2017, 8:43 catégorie: Tribune Parlementaire73 410 vue(s) A+ / A-

Le chancelier haïtien, Antonio Rodrigue.

 

Intéressé par la situation des Haïtiens en République dominicaine et les nouvelles orientations diplomatiques du gouvernement de Jack Guy Lafontant, le Sénat de la République a invité le ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Antonio Rodrigue, le mercredi 2 août 2017.

Depuis plusieurs mois, le Sénat de la République s’est doté d’une nouvelle stratégie dans l’exercice de son pouvoir de contrôle, les mercredis de contrôle. Parallèlement au couloir permanent existant entre les commissions, organes privilégiés dans le contrôle de l’action gouvernementale, et les différents ministères, cette démarche, quant à elle, place l’assemblée, dans son ensemble, au coeur des débats. En ce sens, le ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Antonio Rodrigue, accompagné de du directeur général du MAEC et d’un membre de son cabinet, a dû répondre à l’invitation du grand Corps, ce mercredi 2 août 2017.

À l’ouverture de la séance, le président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, Evalière Beauplan a profité, d’une part, pour rappeler l’importance des représentations diplomatiques à travers le monde et le profil que devrait avoir tout diplomate. D’autre part, l’élu du Nord-Ouest a partagé les observations résultant de l’évaluation des missions diplomatiques d’Haïti qu’il vient d’effectuer. Pour le parlementaire, l’un des principaux problèmes de ce secteur est le manque de synergie rencontré entre les missions et Port-au-Prince, dans les prises de décisions.

 Dans le cadre de sa présentation, le titulaire du ministère a dressé un panorama de la situation haïtianodominicaine comme principal mobile de l’invitation. Cependant, les parlementaires en ont profité pour aborder d’autres questions jugées d’importance.

Sur la République dominicaine

Préoccupée par la déportation massive des compatriotes haïtiens en République dominicaine et de la montée d’un sentiment anti-haïtien en territoire voisin, la question dominicaine a dominé une partie importante des débats. Le ministre a conseillé au parlement haïtien, dans le cadre de la diplomatie parlementaire, d’entreprendre un dialogue avec leurs homologues de la République dominicaine autour des relations de ces deux pays. Il a aussi informé qu’une Commission composée des cadres du ministère et de parlementaires séjournera en République dominicaine dans le but d’évaluer la situation et d’effectuer des recommandations au Gouvernement.

Sur ce dossier, Antonio Rodrigue informe qu’il vient de convoquer l’ambassadeur de la République dominicaine pour s’enquérir de la conjoncture. Toutefois, le titulaire du MAEC dit que tout État a le droit de déporter des étrangers, mais cela ne peut se réaliser en dehors des normes. De ce fait, il a fait mention du Protocole d’entente sur le mécanisme de rapatriement du 2 décembre 1999.

Haïti et CARICOM

Selon le ministre Antonio Rodrigue, Haïti assurera la présidence de la CARICOM durant six mois, de janvier à juin 2018, et recevra en février 2018 la conférence des chefs d’État de cette organisation régionale. Pour cela, Antonio Rodrigue sollicite du Parlement une ligne spéciale pour cette présidence dans le budget 2017-2018. Par ailleurs, le sénateur Francenet Dénius a questionné les avantages que peut offrir pareille organisation. Car, la population haïtienne dépasse largement celle de tous les États membres.

À cette interrogation, Antonio Rodrigue informe que jusqu’ici Haïti n’est pas insérée totalement dans le marché caribéen. Faute particulièrement du tarif consolidé de 0% sur les importations. Contrairement aux pays membres de la CARICOM dont le tarif consolidé avoisine 30%. Donc, une intégration sans harmoniser les tarifs posera problème dans la gestion de cette structure.

 Choix entre la Chine populaire et Taïwan

 Suite à l’intervention du sénateur Francenet Dénius sur une éventuelle orientation diplomatique vers la Chine populaire à la place de Taïwan, le ministre avance qu’il faudra un débat national sur ce dossier. Le Parlement est un acteur fondamental en ce sens, d’après lui. Néanmoins, jusqu’à date le partenariat entre Haïti et Taiwan est fructueux, tout en rappelant que la place de la Chine, de plus en plus prépondérante sur l’échiquier mondial, est à considérer. Plus loin, Antonio Rodrigue soutient que le pouvoir exécutif ne serait, à lui seul, changé de partenaire, car il y va de la crédibilité d’Haïti comme État.

Situation des missions diplomatiques

 En réponse à l’interrogation du sénateur Kédlaire Augustin sur l’état des lieux de la diplomatie haïtienne, le ministre a informé qu’à son arrivée le budget de l’institution était déjà épuisé à environ 80%, les missions diplomatiques comptaient plus de 1000 employés et fonctionnaires, au bureau du MAEC entre 670 et 680 fonctionnaires ont été dénombrés. Environ, 4.2 millions de dollars sont dépensés par mois pour le paiement des fonctionnaires diplomatiques à l’extérieur. Tandis que, pour Antonio Rodrigue le nombre optimal pouvant faire la diplomatie à l’extérieur devrait se situer entre 300 et 350. Car, il y a de cela dix ans, selon le ministre, les représentations extérieures comprenaient seulement 250 membres.

 De plus, le montant insuffisant alloué au budget rectificatif pour l’année 2016-2017 place le MAEC dans l’incapacité de rémunérer les cadres de l’institution pour les mois de juillet, d’août et de septembre 2017. Ce qui aura d’importantes répercussions sur le budget 2017- 2018 selon lui.

D’après Antonio Rodrigue, la majorité des chefs de missions, ambassadeurs et consuls n’ont pas rempli l’exigence constitutionnelle, car ces fonctionnaires n’ont pas été ratifiés par le Sénat avant de prendre fonction. Et, c’est le cas pour la plupart de ceux qui viennent d’être rappelés par le gouvernement. Ce qui a conduit à un ensemble d’anomalies comme la présence 83 consuls et vice-consuls haïtiens en République dominicaine non conformes aux dispositions de la Convention de Vienne qu’avait souligné l’État dominicain. Et, le rappel par le département d’État américain que les missions diplomatiques haïtiennes aux États-Unis comprenaient des étrangers contrairement aux normes établies.

 Au cours de cette séance, le président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat en a profité pour rappeler qu’il avait soumis à l’attention des Pères conscrits et au ministre des Affaires étrangères un rapport d’évaluation du fonctionnement des différentes missions diplomatiques. Dans ce document, selon Evalière Beauplan, les diplomates ayant une nationalité étrangère et ceux qui ne détiennent pas d’accréditation, entre autres, ont été identifiés par la commission.

 Le ministre Antonio Rodrigue annonce également qu’une nouvelle loi organique privilégiant une refonte de l’organigramme en priorisant un plan géographique, à la place de celle en vigueur fixant use répartition thématique. Aussi, prépare-t-il une loi sur la carrière diplomatique pour remplacer celle en application depuis 1958, désuète.

Stanley Augustin

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