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Se faire payer ses élections, une anomalie !

08 septembre 2016, 10:33 catégorie: Actualité5 706 vue(s) A+ / A-

L’ambassadeur des États-Unis en Haïti, Peter Mulrean. / Photo : J. J. Augustin

 

« L’anomalie n’est pas que les États-Unis d’Amérique ne soutiennent pas financièrement les élections, mais qu’Haïti fasse financer ses propres élections par des pays étrangers, » a déclaré l’ambassadeur Peter Mulrean au cours d’une entrevue exclusive accordée au National ce jeudi 8 septembre en sa résidence à Bourdon. « C’est très rare qu’un pays se fasse payer ses élections. »

Pourquoi les États-Unis d’Amérique n’avaient-ils pas compris auparavant que le financement des élections haïtiennes était une anomalie ? Pour l’ambassadeur américain, il ne faut pas quand même oublier qu’Haïti est un pays de peu de ressources et que les Américains voulaient être de bons partenaires. Mais vu les circonstances, ce financement n’est plus approprié, avance-t-il. Il dit avoir été content de la réaction générale en Haïti. Les gens ont compris qu’ils avaient là un défi à relever pour leur souveraineté. Selon lui, c’est une étape saine pour Haïti et les États- Unis d’Amérique, son pays voulant maintenant un partenariat équilibré impliquant un respect mutuel et une responsabilité mutuelle.

L’ambassadeur Mulrean concède que l’Administration américaine a été déçue par l’échec du précédent processus électoral, car elle attendait son aboutissement. Mais reprendre le processus, c’est la décision d’Haïti qui est un pays souverain. Il reconnaît cependant qu’il y a eu des irrégularités, mais jamais de preuves de fraudes massives. D’après lui, les rapports d’observation fournis par différentes entités avaient confirmé les pourcentages publiés par le Conseil Électoral Provisoire et nous, dit-il, on n’était pas d’accord pour la reprise. On ne pouvait donc pas encore dépenser de l’argent pour un même processus et dans une telle prolongation d’une période d’incertitude. On est responsable devant le Congrès de l’argent des contribuables américains. Pour la transparence et le contrôle de notre propre système, nous ne pouvions pas financer la reprise du processus. Maintenant, avance l’ambassadeur, on revient pour l’organisation des élections à des activités plus régulières qui est l’appui à l’observation des élections, à l’éducation et à la sensibilisation. Le but de l’observation est de s’assurer que les différentes élections se déroulent de manière démocratique, égalitaire, transparente. Déjà on peut dire que le Conseil Électoral Provisoire fait des avancées considérables en palliant les faiblesses constatées et pour respecter les délais. L’observation, insiste-t-il, devra s’assurer aussi de la neutralité du gouvernement et de tout l’appareil étatique, surtout la Police nationale et la Justice.

 Quant à la question du financement de l’observation électorale à partir d’institutions comme le NDI qui appuie aussi des missions d’observation nationale et l’IFES, l’ambassadeur Mulrean précise qu’il s’agit ici de la continuation d’une aide commencée depuis 2015. « Nous respecterons le résultat des urnes et nous travaillerons avec le vainqueur, quel que soit le camp politique, à condition que les élections soient libres, transparentes », assure l’ambassadeur qui prévient cependant que les États-Unis d’Amérique cherchent un nouveau partenariat. On veut aller vers l’efficacité. L’État haïtien doit entreprendre des réformes dans de nombreux secteurs.

Les Administrations américaines se sont-elles rendu compte de l’inefficience de l’aide publique à Haïti durant ces dernières décennies? Pour l’ambassadeur Mulrean, cette aide n’a pas été totalement inefficiente. Bien au contraire. Car à travers l’USAID et de nombreux projets dans les secteurs de la santé et de l’agriculture par exemple, d’importantes réalisations ont pu permettre une certaine amélioration dans le quotidien de la population. Mais le problème qui se pose, selon lui, c’est de passer des projets pilotes à l’échelle nationale. Pour cela il faut la stabilité politique, s’attaquer à la mauvaise gouvernance, la corruption, engager des réformes essentielles dans beaucoup de secteurs et voter au Parlement les lois y afférentes.

Quand est abordé avec l’ambassadeur américain la question de la faiblesse des investissements privés américains en Haïti, il revient encore à la nécessité d’un environnement favorable aux affaires en Haïti avec un gouvernement légitime pouvant agir dans la durée et un Parlement s’attelant à voter des lois pour faire en sorte de sécuriser les investissements en Haïti. L’Etat de droit, martèle-t-il, est une nécessité. Il faut des lois et une application effective et équitable de ces lois.

Concernant l’injonction faite par le GAFIC (Groupe d’action financière de la Caraïbe) à Haïti de prendre ses responsabilités dans la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, l’ambassadeur américain déplore le fait que c’est seulement depuis un mois que cette question est agitée sérieusement lors que depuis des années les institutions bancaires à l’étranger et les gouvernements travaillent sur ce problème. C’est la preuve qu’on perd beaucoup de temps avec l’instabilité politique en Haïti.

 La classe politique est tellement absorbée par les luttes pour le pouvoir qu’elle a peu de temps à consacrer aux questions nationales. L’ambassadeur Mulrean revient encore à son leitmotiv : il faut la stabilité politique. L’état de droit. L’efficacité dans la gestion de la chose publique. Penser dans la durée avec un président élu pour cinq ans et un Parlement fonctionnel pour s’attaquer aux grands dossiers comme la sécheresse, la décote de la gourde, la réforme du secteur de l’énergie et bien d’autres priorités encore.

Gary Victor

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