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Le retour physique de Donatien Rochambeau

29 novembre 2017, 10:47 catégorie: Édito17 882 vue(s) A+ / A-

Il se passe des choses horribles en Afrique où des chiens dressés sont utilisés pour chasser des nègres en situation d’émigration, pour cause de pauvreté et de misère. Entre-temps, nombre de dirigeants noirs de ce continent se taisent et n’osent élever la voix contre une telle ignominie en 2017. C’est le moment pour nous, Haïtiennes et Haïtiens, Noirs comme Mulâtres, libres depuis 1804, de mieux appréhender ce qui se passait exactement avant la révolution de Saint-Domingue. Le qualificatif de « sanguinaire » attribué par les Libéraux à notre libérateur Jean-Jacques Dessalines n’aura été qu’un déni de notre histoire de peuple, l’une des plus belles épopées jamais enregistrées dans le monde moderne.

À la Crête-à-Pierrot, à la Butte-Charrier, à la Ravine-à-Couleuvre, à Vertières, pour ne citer que ces théâtres de la lutte de nos ancêtres contre la cruauté esclavagiste, Jean-Jacques Dessalines et les autres chefs de guerre, n’étaient-ils pas en situation de légitime défense, après tout ce qu’ils avaient subi de cruauté dans la colonie de Saint-Domingue? Qui peut aujourd’hui, en Haïti, face à ce qui passe en Afrique, diaboliser Jean-Jacques Dessalines de nous avoir tirés de l’esclavage, par le fer et par le sang?

Les reportages vidéo que j’ai vus et qui m’ont porté à écrire ce texte dépassent l’imagination. Ce serait une offense à la dignité humaine que de les diffuser largement sur les réseaux sociaux, car l’âme blanche elle-même aurait été choquée, en admettant qu’il existe encore sur cette terre la notion civilisatrice de la « communauté humaine ».

L’animalité existe, certes, chez les fauves dont les uns sont les prédateurs des autres, mais se peut-il qu’en plein vingt-et-unième siècle, l’exploitation de l’homme par l’homme soit redevenue « la traite des Nègres », non plus pour la floraison d’un nouveau « commerce triangulaire », mais pour une configuration plus blanche de la terre des hommes ?

L’Europe vieillissante a peut-être ses propres critères de repeuplement, qui paraissent être moins basés sur la lutte contre le terrorisme que sur le refoulement de l’émigration nègre. Le rôle que s’octroie la Libye aujourd’hui, pays que l’État nègre d’Haïti avait sauvé de l’indexation européenne, lors d’un sommet à la SDN, dans les années 40, n’est pas digne d’un peuple africain lequel, dans son ensemble, devrait s’inspirer de la pensée de Nelson Mandela pour projeter la plus belle image de paix et d’amour qui soit à la face du monde. Que la Libye entende encore la voix d’Émile St-Lot, un digne diplomate nègre haïtien, qui disait « Non! » au plan Bevin-Storza consistant à la dépecer en trois morceaux qui seraient partagés entre la France, l’Italie et l’Angleterre !

« La mémoire, c’est la faculté d’oublier », dit un vieil adage. C’est là une figure de style qui ne devrait pas occulter un fait historique ayant présidé à la destinée d’une nation. Encore une fois, Haïti s’oppose aux rigueurs de l’esclavage et à la néantisation de la race noire, telle qu’une tendance semble se dessiner dans le monde moderne.

Face à tous les mouvements d’émancipation nègre en Amérique, la « pauvreté » d’Haïti – qui est plutôt une paupérisation – a toujours été montrée comme un exemple d’échec, pour dissuader d’autres peuples encore colonisés à se vouloir indépendants. « L’éloge de la pauvreté » dont parlait Georges Anglade semble prendre une nouvelle dimension thématique, en considérant toute la noblesse qui s’y rattache quand on est maitre chez soi. Que les dirigeants africains qui s’enrichissent aux dépens des laissés-pour-compte s’élèvent contre cette ignominie qu’est le retour de l’esclavage dans leur continent ! Qu’ils cessent de thésauriser pour théoriser sur une nouvelle vision africaine !

Mérès M. Weche

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