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Repenser l’école!

02 août 2018, 9:57 catégorie: Édito20 021 vue(s) A+ / A-

La nouvelle parait assez réjouissante et fait déjà grand bruit dans les réseaux sociaux: les sections communales Crête-Brûlée, Grand Boucan (Mirebalais), Cabral (Thomonde), La Selle (Saut d’Eau) seront bientôt dotées d’infrastructures scolaires modernes. C’est le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) qui en a fait l’annonce. Six écoles seront construites à Juanaria, Marmont Aguahedionde (Hinche) et deux à Desarmes (4e section communale de Verrettes dans l’Artibonite. Les chantiers devraient pratiquement s’ouvrir avant l’ouverture de l’année académique 2018-2019.

Le MENFP et Tokura Corporation, une firme japonaise, sont liés par un contrat de construction de douze écoles fondamentales, deux dans le département de l’Artibonite et dix dans le département du Centre. Ces écoles seront construites grâce à un don de vingt (20) millions de dollars US du gouvernement nippon. Et ce n’est pas simplement une promesse parmi celles qui sont déjà si chères à nos tympans diffus.

On se le rappelle: le programme des EFACAP (École fondamentale d’application centre d’appui pédagogique) financé par l’Union européenne (UE) se donnait pour mission essentielle l’amélioration de la qualité de l’éducation dans des départements géographiques ciblés. Ce, conformément à l’article 32 de la Constitution haïtienne garantissant le droit à l’éducation à tous les enfants du pays, quelle que soit leur origine sociale, culturelle, religieuse ou géographique dans le respect des principes fondamentaux d’égalité et de liberté. Mais au terme du contrat avec l’UE, l’État haïtien n’avait pas cru bon d’honorer son engagement d’assurer le suivi au risque de rester figé dans son pré carré et paraitre contre-productif jusqu’à la généralisation du nouveau secondaire dans les conditions pas tout à fait idéales à tous les points de vue.

Si l’école, à elle seule, ne peut abolir les inégalités sociales qui marquent évidemment les conditions de vie des enfants, elle doit néanmoins contribuer à l’égalité des chances. La mise en place d’infrastructures scolaires dans ces sections communales devrait permettre aux élèves de bénéficier d’un enseignement de qualité. On y dispensera assurément une formation adaptée dans ses contenus et ses méthodes aux évolutions économiques, technologiques, sociales, culturelles du pays et de son environnement international. L’élève, placé au centre du système éducatif, devrait acquérir un savoir lui permettant de construire sa personnalité. Bien que situées dans des coins reculés du pays, ces écoles auraient une mission d’enseignement de qualité qui s’inscrit dans la durée. Il n’est pas souhaitable qu’elles soient traitées en parents pauvres dans la progression des apprentissages. Comme c’est souvent le cas. Elles ne souffriront pas du mauvais fonctionnement du système, mais se refuseront à être le vecteur des inégalités sociales, ce problème majeur de société qu’aucun prétexte ne peut d’ailleurs justifier.

La préoccupation de ces écoles doit être celle du développement de la personne qui se veut responsable et qu’on envisage comme une source créatrice dont rien n’épuise la dynamique. Elle sera axée sur la théorie personnaliste selon laquelle l’élève apparait en effet comme une liberté engagée dans le monde pour incarner des valeurs éternelles dans des situations particulières et temporelles.

Yves Bertrand fait remarquer que l’éducation axée sur le sujet et sa liberté est une réaction contre les méthodes traditionnelles dont l’enseignement n’était fixé que sur les contenus à travers des cours magistraux. Il met au centre des préoccupations pédagogiques la dynamique subjective de l’enfant. C’est l’école dite Summerhill synonyme d’école nouvelle où est accordée à l’enfant une plus grande liberté dans son éducation. Si l’école traditionnelle avait pour seul souci d’instruire et non d’éduquer, l’école nouvelle propose de former des êtres libres, originaux et créateurs. Elle prône une conception interactionnelle de l’individu entre les déterminismes de l’inconscient et ceux de l’environnement.

“Malheur à celui qui recèle le désert”, disait Nietzsche. On s’inflige souvent à plaisir la torture d’encourager une école à plusieurs vitesses reproductrice des inégalités sociales. Il se trouve même qu’on y est contraint par la force des choses. L’inquiétude générale est au prorata de l’aveuglement de ceux qui tirent trop longtemps parti de la crise du système éducatif de manière insidieuse. Les ministres vont et viennent et c’est du pareil au même. La plupart du temps ce sont des mythomanes, des démystificateurs qui n’ont pas réussi à jeter les bases d’une école nouvelle selon les prescrits des plans opérationnels d’éducation et de formation.

Robenson Bernard

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