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La remobilisation de l’armée : une victoire diplomatique ?

29 novembre 2017, 12:02 catégorie: Tribune24 035 vue(s) A+ / A-

Qui ne se souviendra pas de ce 18 novembre 2017 ? Il est 2h de l’après-midi et un groupe d’hommes en uniforme paradent dans la ville du Cap-Haïtien. L’ambiance est électrique. En effet, Haïti vient de vivre deux semaines entières de ténèbres dues à un courant d’air qui s’est formé dans la zone de la Caraïbe, selon les météorologues. Et, dans une sorte de complicité historico-symbolique, la nature a attendu le 18 novembre pour nous éclairer de nouveau de son soleil. Le 18 novembre 1803, l’armée indigène, sous la direction du plus grand Général de l’histoire de l’humanité, Jean Jacques Dessalines, a mis fin à jamais aux ténèbres de l’esclavage qui couvraient cette terre sacrée et a fait poindre à l’horizon la lumière de l’indépendance et de la liberté, au grand dam des esclavagistes de l’heure. Le 18 novembre 2017, sous la direction du commandant en Chef, le Général Jodel Lesage, originaire de la ville lumière, les Forces armées d’Haïti ont réapparu, avec le soleil qui nous manquait tant, comme symbole indéfectible de l’indépendance et de la souveraineté du pays, malgré l’opposition outre-frontière.

Ici, nous n’analysons pas les aspects qui mobilisent le débat sur la question de l’armée haïtienne : les douloureuses expériences de coup d’État qui ont émaillé l’histoire récente du pays, éventuelles velléités dictatoriales du pouvoir, la situation budgétaire de l’État, le respect des droits humains, etc. Ce qui nous intéresse dans la rédaction de ce papier c’est la portée diplomatique de la remise sur pied des Forces armées d’Haïti (Fad’H).

Les inquiétudes d’une partie de la communauté internationale

L’Oncle Sam n’a pas caché son inquiétude en ce qui concerne la remobilisation des FAd’H. Pour cause, les États-Unis, de connivence avec le président haïtien d’alors, ont encouragé le démantèlement des FAd’H. L’ancien Chef de l’État, Michel Martelly, a essayé de remobiliser l’armée, mais il n’a pas pu, faute de soutien d’une frange importante de la communauté internationale. Toutefois, c’est sous son administration qu’on a pu rédiger le « Livre blanc de l’armée » servant de doctrine aux nouvelles FAd’H. Dans le contexte de la rédaction dudit livre blanc, plusieurs ateliers ont été organisées en Haïti et à l’étranger (4). Mais, quand la communauté internationale a des réserves, elle ne s’emballe pas. L’actuel président n’y est pas allé par quatre chemins, il a fait le choix d’un homme. Hervé Denis, pour résoudre l’épineuse question de l’armée.

Au nom du droit à l’autodétermination des peuples, aucun pays ne devrait dicter à un autre sa politique interne. Au nom de l’inaliénable souveraineté de l’État, lui seul a compétence en ce qui concerne sa politique intérieure. Toutefois, à l’heure de la globalisation, un État ne peut ne pas prendre en compte, dans sa politique nationale, ses relations avec les autres États, notamment les États-Unis d’Amérique, à moins de se faire couvrir par un autre géant comme la Chine ou la Russie. Or, ces derniers pour des raisons géostratégiques ne peuvent pas trop se mêler des affaires de pays de la Caraïbe. Cet état de fait montre la difficulté réelle de faire en Haïti ce que la Communauté internationale, les États-Unis en tête, rechigne à soutenir. C’est à ce défi que le pouvoir s’est attaqué parce que, pense-t-il, Haïti ne peut pas continuer à exister sans une force de défense.

La nécessité d’une armée haïtienne

Personne n’est contre l’idée d’une armée dans le pays. Toutes les divergences portent sur le timing et la procédure à suivre. Dans le respect de la trilogie pensée-parole-action, l’idéal serait qu’il y a un consensus national sur la question de la remobilisation de l’armée. Les différents secteurs de la nation pourraient partager leur vision d’une armée haïtienne. Il revient au Président la République, le premier d’entre nous, de continuer le dialogue initié par la commission présidentielle lors de la rédaction du « Livre blanc ». On ne peut pas applaudir ce que certains voient comme un acte manqué du Chef de l’État.

S’il est vrai que la société se divise sur la méthodologie et le timing quant à la montée de l’armée, elle ne peut pas se diviser sur le fait que les phénomènes naturels aux conséquences catastrophiques font intervenir les forces armées partout ailleurs. L’usage quasi-universel de l’internet fait planer de nouvelles menaces pour la sureté intérieure de l’État (Cyber-espionnage, cyber-attaque, cybercriminalité…), c’est un fait. La frontière haïtiano-dominicaine est poreuse du côté d’Haïti, ce qui augmente l’insécurité en facilitant la contrebande et l’entrée sur le territoire national de personnes et produits potentiellement dangereux pour la population haïtienne. On pourrait allonger la liste de problèmes cruciaux et urgents que tout État responsable se doit d’aborder. Dans les grands pays, une section de l’armée s’occupe de chaque problème suscité. Est-ce pourquoi, au temps moderne, l’armée est une nécessité. Cependant, il est clair que dans le contexte haïtien, la montée de l’armée est une bataille diplomatique et politico-économique. L’actuel ministre de la Défense, Hervé Denis, a le bon profil pour mener ce combat.

Hervé Denis : du diplomate expérimenté à l’homme d’affaires

Nous reproduisons ici, presque dans sa totalité, un article trouvé sur internet (www.haitilibre.com).

Hervé Denis, le nouveau ministre de la Défense est né le 29 juillet 1945. Diplômé des Hautes Études Internationales en Haïti en 1971 et en Gestion des Affaires en 1973 à Bordeaux (France) il fait une maîtrise professionnelle en Sciences politiques à l’Université Laval à Québec (Canada). Il débute sa carrière dans la fonction publique en 1969 comme auditeur à la Cour Supérieure des Comptes. Il est ensuite promu inspecteur général adjoint des entreprises mixtes et d’État, et nommé en 1976 vice-consul d’Haïti à Montréal.

Au cours de sa carrière diplomatique (durant 18 ans) il a été Ambassadeur Itinérant, Ambassadeur Consultant, Ambassadeur au Marché Commun et au Bureau des Nations unies à Genève ; Ambassadeur d’Haïti en République Dominicaine, ambassadeur d’Haïti au Canada, ministre Conseiller en Allemagne de l’Ouest et Chargé d’Affaires ad hoc au Chili.

Depuis 1992, il a intégré le secteur haïtien des affaires dans les domaines de l’import-export et de la gestion hôtelière et touristique et vit entre le Canada et Haïti. Il a été élu conseiller à la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti (CCIH) pendant plus de neuf ans consécutifs et en est devenu le Président (2010-2012) ; Il est aussi co-fondateur et ancien président de la Chambre de Commerce et d`Industrie Haïtiano-Canadienne (fin de la reproduction).

Il n’est pas trop tard!

La remobilisation de l’armée aurait été mieux faite si elle avait été l’objet le résultat d’un consensus national. Est-ce qu’il est trop tard pour continuer le dialogue ? Absolument pas ! Le président de la République, dans sa fougue, a donné l’ordre; le ministre de la Défense, fort de ses connaissances et expériences diplomatiques, a eu gain de cause sur l’International, c’est un pas. Il est encore temps de continuer le dialogue initié avec les ateliers de la Commission présidentielle du « Livre Blanc » et de le nationaliser. Le souverain peut encore, en fait, il doit, dire son mot.

Ce pays qui a pris son indépendance les armes à la main et dont l’acte de naissance a été rédigé par une armée; ce pays qui a exporté l’indépendance et la liberté au niveau de la région en envoyant troupes et armements çà et là; ce pays dont les titans ont écrit les plus belles pages de l’Histoire du monde avec la première armée de nègres ne peut pas se permettre de ne pas avoir de forces armées. Nous avons osé être indépendants. Alors, soyons souverains ! L’actuel gouvernement vient de faire ce que certains croyaient être impossible, il est encore temps de nous réunir pour avancer ensemble, malgré nos désaccords. Faisons en sorte qu’Haïti soit plus grand que nos divergences.

Daniel Pierre Philippe

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