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Remaniement ministériel ou pas, la caravane passe

12 avril 2018, 9:58 catégorie: Édito19 400 vue(s) A+ / A-

L’atmosphère politique haïtienne est marquée par un épais clair-obscur. Comme pour ramener par l’absurde la pendule à l’heure, un remaniement ministériel se dessine. Parlementaires, activistes politiques, membres de la société civile, acteurs sociaux et syndicalistes (à un degré moindre) ont ac­cueilli cette annonce officielle comme sur un plateau. Pour eux, c’est une impérieuse nécessité. À nouvelle situation sociopolitique, nouveau profil ministériel. C’est une exigence du bilan de l’action de chacun des membres du gouvernement pris dans l’ensemble ou séparément, de leur capacité à booster en quelque sorte le processus de développement du pays désem­paré par une année de gestion dans des conditions extrêmement difficiles.

Dans l’état actuel des choses, un remaniement ministériel devrait répondre à une logique de bonne gouvernance et de mise en oeuvre systématique de politiques publiques prometteuses. Et non pour capituler sous la pression de la conjoncture ou du microcosme politique toujours déterminé à tenir le levier du changement d’équipe gouvernementale. Il y a bien évidemment d’autres raisons plus objectives pour expliquer ou justifier ce revirement qui s’annonce. D’ailleurs, le Premier ministre n’a jamais fait mystère de son intention de s’y résoudre, dans la mesure où il s’y sent contraint ou poussé par le bilan à somme nulle voire le manque de cohérence de certains min­istres dont la compétence n’est pas forcément mise en cause. Même si de toute évidence, ils manquent d’étoffe, de métier, de charisme, de vision et d’envergure, au point qu’en plus de douze (12) mois, ils n’ont pu se surpasser pour donner des résultats sur le terrain, ce qui pourrait jouer en leur faveur.

La question n’est pas de savoir pour qui sonnera le glas. On sera toujours édifié sur la nature et les chances de réussite du prochain cabinet ministé­riel que conduira Jack Guy Lafontant (nouvelle version) qui ne pourra pas s’empêcher d’être prisonnier de certaines influences. M. Lafontant, tant s’en faut, ne disposera d’aucune marge de manoeuvre pour décider des choix qui lui seront imposés. Son atout majeur est lié pratiquement à ses qualités per­sonnelles, ses forces et ses faiblesses. Inutile de chercher les raisons pour lesquelles le président de la République, M. Jovenel Moïse, et le Parlement ont bien voulu le garder à son poste.

La question se pose : un replâtrage pour quoi faire? En quatorze mois, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. La machine de la caravane elle-même apparait très peu huilée, malgré le bilan assez exhaustif dressé par Tamara Orion, porte-parole de la présidence au seuil du premier anniversaire de cette « stratégie de développement ». C’est un fait : le pays est en guerre contre l’insécurité, la corruption, le chômage, les pressions inflationnistes, le déficit budgétaire, la détérioration des conditions de vie des populations les plus pauvres. Mais il ne suffit pas de le dire, il faut en faire la démonstra­tion et traduire cela en actes et actions. D’où la nécessité d’un Premier min­istre efficace, pragmatique, capable de fédérer, de mobiliser, de consolider les valeurs républicaines pour faire barrage aux situations de troubles qui empêchent au pays de s’engager irréversiblement sur la route du progrès.

Le peuple haïtien, attaché aux valeurs de la démocratie et du droit, attend le gouvernement 2 de Jack Guy Lafontant capable, selon lui, d’améliorer ses conditions de vie et de restaurer la sécurité indispensable à la relance de l’économie, à la prospérité et à la croissance. Le choc est terrible, déchirant: grande précarité, chute de la productivité, repli de l’innovation, explosion des inégalités sociales… c’est contre tout cela que le prochain gouvernement doit apporter au plus vite des réponses concrètes. Il importe de briser ce cercle vicieux qui alimente la peur et accélère la régression économique. Aux grands maux, il faut les remèdes des grands ministères dirigés par des ministres visionnaires qui portent au plus profond d’eux-mêmes la praxis sociale. Avec ce remaniement, Jack Guy Lafontant doit éviter un double écueil : la boulimie des uns et la surenchère des autres, mais surtout l’erreur de casting. L’État ne saurait se concentrer sur des particularismes, il doit as­socier souplesse libérale et protection pour les plus pauvres : une stratégie déterminante pour la construction de l’avenir.

Robenson Bernard

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