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Réinventer l’aide publique au développement!

10 juillet 2018, 9:28 catégorie: Actualité3 076 vue(s) A+ / A-

Atelier de travail autour des questions liées à la coopération et la gouvernance de l’aide au développement organisé par le ministère de la Planification et les responsables de l’Union
européenne t le lundi 2 juillet 2018.

 

Une injonction de la conjoncture chaotique, l’urgence de réinventer l’Aide publique au développement (APD)? Pas si simple. Afin d’atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD), les pays riches et les pays pauvres devraient travailler en parfaite synergie autour de projets pragmatiques tout en dépassant les oppositions idéologiques de base : néomarxiste, populiste et néolibérale pour mieux étudier les tensions inhérentes au système d’aide sous l’angle de la nouvelle économie politique.

En effet, le président de la République, M. Jovenel Moïse, a affirmé haut et fort que la gestion de l’aide doit être désormais conduite suivant les systèmes et procédures établis par son administration. Le chef de l’État qui s’exprimait le lundi 2 juillet dernier au Karibe lors d’un atelier de travail autour des questions liées à la coopération et la gouvernance de l’aide au développement organisé par le ministère de la Planification et les responsables de l’Union européenne (UE), a appelé de ses voeux que l’aide soit axée sur les priorités contenues dans les programmes élaborés par son administration. Il s’est dit convaincu que le modèle actuel est dépassé. Obsolète.

Les membres de la Communauté internationale présents à cette assise ont vite fait comprendre aux dirigeants haïtiens que l’efficacité de l’aide doit nécessairement passer par l’efficacité de l’action publique. Les diplomates ont soutenu que ce processus prendra du temps. Ils ont insisté également sur le dossier de la décentralisation et la capacité de l’État à délivrer sur le terrain. Dans la foulée, l’UE a, dans un communiqué, informé avoir accordé une enveloppe de 30 millions d’euros, soit 2,3 milliards de gourdes à l’État haïtien via l’administration Moïse/Lafontant pour appuyer la réforme de l’État. Ce versement sera effectif à l’occasion de la prochaine réunion ministérielle EU-CELAC qui se tiendra à Bruxelles les 16 et 17 juillet 2018.

Selon ce communiqué, il s’agit d’un don fait par l’UE à travers son deuxième programme d’appui budgétaire à la consolidation de l’État qui couvre la période 2018- 2021. Le représentant de l’UE en Haïti, M. Vincent Degert, avec le franc-parler diplomatique qui le caractérise, a fait savoir qu’il ne voit pas d’inconvénient à ce que l’aide externe soit accordée directement au gouvernement sans transiter par les ONG afin de faciliter le développement du pays, mais il est impératif pour le gouvernement d’assurer la gestion de l’aide internationale. C’est peut-être tout dire. Il en a profité pour réitérer l’engagement de l’UE à accompagner Haïti dans son processus de développement.

L’aide au développement pour être efficace exige une méthode d’observation, d’analyse et d’intervention reposant sur le diagnostic et la création de traitements appropriés. Autant la réinventer! Aucun lien n’existe entre aide et croissance. Des chercheurs contemporains estiment que l’aide à grande échelle ne sert à rien. Les pays qui ont connu le plus fort développement sont ceux qui ont reçu le moins d’aide. À l’inverse, ceux qui ont reçu le plus d’aide sont restés les moins développés. Annuler les dettes des pays pauvres c’est une prime à l’inefficacité, voire à la corruption. Le messianisme d’intervention a des accents de bons sentiments, mais il faut procéder à son évaluation. On s’accorde globalement, mais par erreur sur l’efficacité des mécanismes de marché ou de quasi-marché («vouchers») pour lutter contre la pauvreté. L’aide est nécessaire, mais c’est l’esprit d’entreprise qu’il faut partout insuffler.

L’idée de réinventer l’APD constitue le credo d’une nouvelle école de pensée qui s’attaque au système d’aide en développement. Elle appelle les pays pauvres à prendre en main leur destin et à adopter des politiques publiques propices au développement. Tout le sens des revendications légitimes de la population se trouve là. La Banque interaméricaine de développement (BID) l’a enfin compris. Elle a apporté à la stratégie de développement du pouvoir une aide qui sera tout le contraire de l’aide fantôme qui profite généralement aux consultants des pays donateurs. Notre lecture idéaliste de cet appui de la BID peut être taxée de naïve. Cela va de soi. Encore faut-il saisir le fil rouge qu’il semble offrir afin de mieux appréhender ses motivations qui devraient rencontrer dans le même sens l’adhésion des Haïtiens, toutes classes sociales confondues, à l’idée de préserver la paix sociale.

Robenson Bernard

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