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Reconstruction !

11 janvier 2018, 11:05 catégorie: Édito18 816 vue(s) A+ / A-

Il y a huit ans, la terre a tremblé faisant des dizaines de milliers morts en majorité dans le département de l’Ouest. Cela avait été la stupéfaction chez une population trop affairée à gérer un quotidien précaire pour prêter attention aux rumeurs de la terre et encore moins aux cris d’alarme de quelques rares esprits éclairés qui rappelaient constamment le danger que constituaient les failles sous nos pieds. Du côté des dirigeants, c’était l’immobilisme complet, un laissez-faire qui pave encore le chemin à toutes les catastrophes possibles et imaginables. On est trop occupé à de stupides jeux politiques, à la jouissance de ses privilèges pour penser un tant soit peu à réduire les fragilités, les précarités de notre lieu. Si les hommes sont aveugles, la réalité peut l’être encore plus et quand on ne fait rien pour la maitriser, pour la modeler en fonction de nos vrais besoins, elle peut devenir assassine comme le 12 janvier 2010.

Au lendemain de la catastrophe, on a pensé logiquement à la reconstruction. À la reconstruction mentale, spirituelle. Ce ne sont pas les ruades de la terre qui ont causé tous ces morts. C’est notre refus de penser notre environnement, notre sécurité, notre vivre ensemble. Notre gouvernance plus que boiteuse. Nos mentalités étaient déjà creusées d’immenses fissures ce qui se traduisait dans nos comportements, dans notre manière de comprendre la gestion des choses et des êtres si ce n’était pas tout simplement une absence complète de gestion des êtres et des choses. Un chaos qui se dissimule à peine !

Huit ans plus tard quand on regarde Port-au-Prince il est difficile de parler de reconstruction. Il y a eu des discours, des rencontres, des études. Des sommités du monde de la politique et de la finance se sont penchées sur la question. Il y a eu des expropriations. Mais à part quelques bâtiments publics érigés dans l’aire du Champ-de-Mars, la montagne jusqu’à présent semble avoir accouché d’une souris. Port-au-Prince reste toujours blessé par ce tremblement de terre. Assiégé par les bidonvilles crasseux ou luxueux qui pullulent sur les collines et les montagnes proches, à chaque averse la ville paie les conséquences du chaos. La capitale est l’une des rares sinon la seule du continent qui ne présente aucun signe de dynamisme du secteur de l’immobilier comme on peut le remarquer facilement à Santo-Domingo. Pire, le tremblement de terre a créé de nouveaux quartiers de détresse comme ceux qui s’étendent le long de la Nationale #1 à la sortie nord de la ville. De nouveaux vecteurs de violence et d’insécurité. Une autre manne aussi peut-être pour nos politiciens sans scrupule.

Dans de nombreuses zones, des demeures fissurées dangereusement et qui auraient dû être démolies ont été rafistolées et mises en loyer ou en affermage pour une population en quête de logements. On a parlé des millions de la reconstruction. On est loin très loin des espérances qui finalement n’étaient que des voeux pieux. L’observateur avisé, les jours ayant suivi le séisme, avait été terrifié devant notre habilité à profiter de la détresse de l’autre. Dans les rues étaient en vente très vite eau, nourriture, vêtements, envoyés du pays voisin pour venir en aide aux sinistrés. Des particuliers stockaient chez eux tout ce qui était monnayable. Les camps devenaient bien vite un enjeu économique majeur pour des ONG et aussi pour des citoyens qui voulaient profiter des aides à venir.

Aujourd’hui la menace d’un autre séisme plane toujours sur le pays. Les régions du Nord sont menacées. En dépit des déclarations officielles, la moindre enquête sérieuse révèle que les populations dans les zones rouges sont totalement livrées à elles-mêmes et souvent ignorantes du danger. Le problème de la gouvernance se pose avec plus d’acuité dans le domaine de la prévention des catastrophes. Mais une bonne gouvernance ne peut être que la résultante de cette reconstruction humaine, mentale que nous avons tant souhaitée, mais qu’on ne s’est pas attelé à mettre en oeuvre. Est-il trop tard pour le faire ? C’est la grande question.

Gary Victor

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