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Quid de l’écologie binationale ?

05 octobre 2017, 10:12 catégorie: Édito11 116 vue(s) A+ / A-

 Les deux États se partageant l’île d’Ayiti ont entrepris, au début des années 2000, une très belle initiative consistant à protéger mutuellement l’écosystème insulaire. Arrivé en hélicoptère sur le sol haïtien, le ministre de l’Environnement dominicain d’alors y avait rejoint l’ambassadeur de son pays, ainsi que des officiels et techniciens d’ici, pour la mise en place dudit projet. C’était bien beau. On n’en entend plus parler avec le même engouement, et rien ne semble être prévu en ce sens dans le Budget national. En est-il de même dans la République voisine ?

Dans l’état actuel de la zone, en période post-cyclonique, c’est plus que jamais le temps de prendre au sérieux la biodiversité de l’île. Avec les actuelles perturbations atmosphériques dans la Caraïbe, les espèces de poissons et d’oiseaux ont connu des effets désastreux. Si elles ne sont pas complètement détruites, elles donnent lieu à des déplacements massifs vers des lieux plus cléments. Quant aux plantes, les constats sont accablants.

Justement préservée des dernières intempéries, Ayiti semble être, selon certains experts, la destination privilégiée des oiseaux et poissons en provenance des iles dévastées de la Caraïbe. Il faudrait une plateforme nationale d’étude sur la question, assurée conjointement par les ministères concernés et des centres de recherches indépendants dans nos différentes universités. Si, d’après ces experts, les variétés d’organismes vivant dans notre écosystème ont connu une augmentation digne de mention, aucune institution ne semble s’intéresser techniquement à la flore et la faune haïtienne, de façon permanente.

C’est le temps, pourtant, d’évaluer le taux de migration des oiseaux au Pic Macaya, par exemple, l’un de nos parcs nationaux les plus boisés. Les nouveaux arrivages de poissons dans nos profondeurs marines sont aussi à contrôler, car des prédateurs internationaux, instruits de la question, peuvent nous braconner à notre insu.

De même que nous intéressons au Fonds monétaire international (FMI), en ce qui a trait à la finance, nous pourrions également solliciter l’aide technique du Fonds Mondial pour la Nature (WWF-Canada), qui présente actuellement Biopolis, une plateforme dont les initiatives visent à valoriser la biodiversité au Québec, une province dont les espaces verts et les jardins botaniques sont une curiosité pour le monde.

En Haïti, nous oublions trop souvent que nous habitons une île à deux ailes, dont les contrastes naturels sont très frappants d’un côté à l’autre. Nous disposons pourtant d’une force de travail largement inexploitée, qui pourrait être productive en matière de reboisement, que ce soit au niveau des étudiants que des masses laborieuses. À l’exemple de Biopolis qui a mis en place le groupement « Les Bionniers », composé de recrues issues des milieux scolaires et de la société en général, nous pourrions à notre tour initier des projets, amorcer des recherches dans le domaine de l’environnement, et ainsi déboucher sur des pratiques innovantes. L’enlèvement des piles de fatras à ciel ouvert, jonchant les rues de Port-au-Prince, ferait l’objet d’un projet spécifique d’emplois permanents ou à temps partiel pour chômeurs et étudiants.

Au cours d’une communication avec la communauté montréalaise, la directrice de Biopolis, Mme Sophie Paradis, s’est exprimée ainsi : « Chaque geste contribue à la valorisation de la biodiversité urbaine. Il n’y a pas de meilleur moment pour le faire que le temps présent ». Chez nous, n’y a-t-il pas urgence à paver le chemin au tourisme, qui semble être une des priorités du gouvernement de la République ? Et puis, après la pluie, c’est le beau temps, dit le vieil adage. En matière de reboisement, nous devrions pouvoir profiter de l’arrivée des oiseaux qui quittent les pays nordiques pour de vertes destinations.

Mérès M. Weche

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