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Qui a parlé d’excellence ?

18 septembre 2018, 11:18 catégorie: Édito16 027 vue(s) A+ / A-

Nous sommes de mieux en mieux convaincus qu’au-delà des qualités et des bons sentiments d’un Premier ministre, ses actions doivent s’inscrire dans le droit, le devoir et la morale. Hier, au moment de l’investiture de Jean-Henry Céant, l’à peine ancien locataire de la Primature n’a ni rasé les murs ni grincé les dents. Un exercice pour le moins civilisé selon les canons de la démocratie éclairée à laquelle le pays aspire. Sauf que jusqu’à la dernière minute, le docteur Jack Guy Lafontant a tenu à consolider sa légende. Il a pris la parole pour, de bonne guerre, défendre son bilan, mais aussi pour, inutilement expliquer à toute la République, qu’en 17 mois, il n’aurait pas pu faire beaucoup.

C’est du pur Lafontant dans le texte. La traduction d’une sortie de piste après 17 mois à faire face aux contraintes du réel. Mais, on comprend que ce type de situation se départît rarement d’une compréhension simpliste et de son cortège de jérémiades. La période de 17 mois, dans la conduite d’un pays, est assez longue pour entamer les réformes, surtout celles promises et consignées dans le document de politique générale, qui aurait dû être le cahier de charge d’un gouvernement. 17 mois, c’est quand même le temps nécessaire pour boucler deux années scolaires!

La beauté des déclarations de politique générale réside dans les engagements exceptionnels et innovants. Sinon, elles se ressembleraient toutes. Comme l’ex-Premier ministre Lafontant, 17 mois auparavant, Jean Henry Céant, dans le chapitre de sa politique générale réservée à l’éducation, a mis sur son compte le projet d’implanter 10 établissements d’enseignement d’excellence pour les petits Haïtiens à fort potentiel.

De cette vision redondante pour deux gouvernements qui se succèdent, il ressort deux conclusions : il n’y a rien de plus noble et de plus responsable que de permettre à un apprenant la réalisation d’un parcours scolaire dans de meilleures conditions qui soit en le plaçant dans un établissement qui dispose de moyens et de ressources pour le conduire vers l’excellence. Cependant, force est d’admettre qu’il est risqué de construire du lourd sur de la terre meuble et instable puisque le système éducatif haïtien est en totale déshérence.

Nous ne pouvons plus cacher les chiffres et les faits qui traduisent les faiblesses de l’école haïtienne.

Ce n’est pas notre première expérience haïtienne de l’école de l’exception. Le système bâti au 19e siècle sur les écoles congréganistes d’excellence n’a pas empêché le développement d’une éducation caractérisée par les inégalités dans le traitement des enfants de la République. Justement, nous avons peur de ces petites exceptions, de ces dispositifs élitistes dans un pays qui réclame, du nord au sud, la fin des privilèges.

En 17 mois et avec du travail, le Gouvernement peut revoir les modes et les formes de gouvernance du système. Ce n’est pas le renouvellement de l’élite qui est prioritaire en 2018, mais l’accès universel à une école performante.

Les enfants de riches ou assimilés ont, depuis, leurs établissements d’excellence. Si on commence à segmenter le reste entre enfants normaux et enfants méritants, nous aurons du pain su la planche.

Jean-Euphèle Milcé

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