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La question migratoire dans les élections françaises : quel enjeu pour les Haïtiens ?

18 avril 2017, 9:05 catégorie: Tribune8 508 vue(s) A+ / A-

Jamais la question migratoire n’a été aussi présente dans une campagne présidentielle française. À l’image des récentes élections des États-Unis d’Amérique remportées par Donald Trump, le discours électoral français fait de la problématique de la migration un véritable leitmotiv en l’inscrivant au coeur des programmes politiques des différents compétiteurs. Et, aucun des cinq candidats caracolant en tête des sondages n’échappe à cette tendance.

 Fait marquant : en 2015, la migration a atteint son point culminant en Europe avec plus d’un million de migrants, bien qu’une baisse considérable ait été observée en 2016 à environ 300 000 migrants, le problème reste entier. Ces derniers proviennent, pour la plupart, des pays en conflits armés comme la Syrie, l’Afghanistan, le Nigeria et l’Irak. En France, pendant que les demandes de visas ont reculé, le nombre de titres de séjour accordé a augmenté à 227 500 et le chiffre de demandes d’asile a atteint 85 000 en 2016, selon le gouvernement français. Haïti occupe une place importante à ce niveau, en troisième position après le Soudan et l’Afghanistan, avec 4 854 demandes d’asiles, sans prendre en compte les mineurs et les nombreux cas de réexamens. La communauté haïtienne en métropole française s’estime, aujourd’hui, à des dizaines de milliers et demeure la plus importante communauté étrangère dans les Départements et Territoires d’outre-mer français. Donc pour Haïti, la question migratoire dans ces présidentielles s’avère importante.

 Nombreux sont les éléments qui démontrent la fertilité des méninges à ce sujet : le quota de migrants, le droit du sol, les demandes d’asile, la double nationalité, le contrôle des frontières, l’accueil des réfugiés, l’acquisition de la nationalité, l’aide aux étrangers. À cinq jours de ces élections, le carré final – Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean Luc Mélenchon et François Fillon – prend forme, toutefois les tickets du second tour ne sont pas encore distribués. Ceci dit, n’importe quel projet politique pourrait se voir appliquer. Si Emmanuel Macron et Jean Luc Mélenchon dévoilent leur souplesse, Marine Le Pen et François Fillon, quant à eux, expriment leur rigueur sur la question de l’immigration.

 Pour le candidat d’En Marche!, Emmanuel Macron, « L’immigration est une chance du point de vue économique, culturel et social. Dans toutes les théories de la croissance, elle fait partie des déterminants positifs […]. » L’économiste ne cache pas sa position en faveur du maintien du droit du sol pour obtenir la nationalité française et se prononce contre l’idée de fixer un plafond de quota concernant l’accueil des migrants en France.

D’un autre côté, le candidat de la France Insoumise, Jean Luc Mélenchon, dans le cadre de son programme L’Avenir en commun au point 59 titré « Luttes contre les causes de la migration », exprime son point de vue. Il appuie l’idée de sortir de l’espace Schengen, défend le droit du sol dans son intégralité et pense à l’amélioration des conditions d’accueil des migrants, pour le respect de la dignité humaine. Le candidat croit qu’il faut rétablir la carte de séjour de dix ans comme titre de séjour pour les étrangers, renforcer les moyens de sauvetage des réfugiés en Méditerranée, là où de nombreux disparus et de morts ont été dénombrés en 2016, et élaborer un programme européen pour faciliter le retour des réfugiés à leur pays d’origine. Pour clore, M. Mélenchon s’oppose à tout quota pour accueillir les migrants et pense qu’il faut, par ailleurs encourager l’accès à la nationalité française aux étrangers en France.

 Par contre, la candidate du Front National Marine Le Pen prône une gestion rigoureuse de l’immigration, car, soutient-t-elle, la France ne peut plus supporter le flux migratoire. De ce fait dans son programme « Les 144 Engagements du projet présidentiel de Marine Le Pen », elle fixe sa position au sous-titre « Retrouver des frontières qui protègent et enfin avec l’immigration contrôlée » aux points 24 à 28. Madame Le Pen croit en l’obligation d’agir sur les pompes aspirantes de l’immigration, c’est-à-dire contrer les facteurs qui attirent l’augmentation des migrants en France. Ainsi, elle compte renforcer le contrôle des frontières françaises et sortir de l’espace Schengen. Au point 27 de ses engagements, la candidate du Front National défend l’idée de la suppression du droit du sol pour l’acquisition de la nationalité française tandis qu’au point 28, elle plaide pour que les demandes d’asile soient effectuées dans les ambassades et consulats français du pays d’origine ou de ceux limitrophes. Mesures qui, certainement, limiteront le nombre de migrants qui demandent assez souvent l’asile à leur arrivée en France.

D’autres importantes dispositions sont envisagées par la candidate comme l’élimination automatique de l’acquisition de la nationalité française par mariage, la cessation des procédures de regroupement familial automatique et l’annulation de la double nationalité extraeuropéenne, donc la fin du statut de Franco-Tunisien, Franco-Marocain entre autres. Marine Le Pen, dont le projet autour de l’immigration se veut le plus abondant et le plus radical, ne s’arrête pas aux seuls éléments susmentionnés. Elle croit aussi qu’il faut réduire à 10 000 le quota annuel d’accueil de migrants légaux par la France, simplifier les procédures d’expulsion des étrangers illégaux et ramener tous les réfugiés interceptés en mer dans leur pays d’origine.

 François Fillon de Les Républicains, n’est pas moins dur sur l’immigration. Dans son programme « Mon Projet pour la France » , à la section consacrée à l’immigration, il avance qu’il faut diminuer l’immigration légale au strict minimum en adoptant un quota plafond au sein de la constitution, durcir les exigences de regroupement familial et limiter les aides publiques aux étrangers vivant depuis plus de deux ans en France. Le candidat prévoit de renégocier le traité de Schengen, d’éloigner systématiquement les étrangers en situation irrégulière en restaurant le principe du placement en rétention. Aussi projette-t-il, de porter à cinq ans la durée minimale de vie commune avant l’acquisition de la nationalité par les conjoints de français et à huit ans la durée minimale de résidence en France pour être naturalisé.

 Aussi divers et différents que puissent paraître ces programmes, seules les urnes auront le verdict final. Cependant, à la lumière de cette présentation, on peut se faire une idée claire de ce qui se joue pour les Haïtiens et, particulièrement, pour la communauté haïtienne de France, dans ces présidentielles françaises.

Stanley Augustin

Sociologue / Juriste

augustinstanley88@gmail.com

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