Accueil » Tribune » Qu’est-ce que la sécurité publique ?

Qu’est-ce que la sécurité publique ?

09 janvier 2018, 10:57 catégorie: Tribune17 033 vue(s) A+ / A-

La sécurité est un grand besoin. Tout individu a besoin d’être en sécurité. Et, malgré toutes les précautions qu’une personne peut prendre, elle n’est point en mesure de se doter seule de la sécurité dont elle a besoin. Dans ce cas, la sécurité relève de la compétence et de la responsabilité exclusive de l’État. Aucun État ne peut fonctionner sans un système de sécurité. Et lorsqu’on dit système, on voit tout un appareillage, un ensemble de compétence combinée. Mais, un système de sécurité ne peut se créer sans la participation ou l’implication des techniciens et spécialistes. Il ne peut être improvisé. Et peut se réaliser en appliquant la loi de l’offre et de la demande. Par conséquent, il doit être planifié en fonction d’un besoin spécifique. Tout véritable système doit, surtout, accorder la priorité à la prévention. En effet, sans vouloir négliger la portée générale du concept de sécurité, il faut surtout comprendre qu’un système de sécurité ne peut être ni importé ni exporté. Car la sécurité est liée au mode de vie, aux moeurs, coutumes en fait à la culture d’un peuple. Un policier haïtien ne peut être utile à un pays du Moyen-Orient sans une formation supplémentaire adaptée à la réalité de ce continent. Que faut-il donc entendre par le concept sécurité ? Quels sont les acteurs à intervenir dans la mise en place d’un système efficace de sécurité publique ?

Le terme sécurité peut être compris sous plusieurs angles : au sens étymologique, la sécurité est du latin securitas, et se traduit par l’absence de souci. Elle est tranquillité de l’âme, et est dérivé de securus, qui veut dire exempt de soucis, exempt de crainte. Dans un autre sens, elle est l’absence du danger, c’est-à-dire une situation dans laquelle quelqu’un n’est pas exposé à des risques. La sécurité est enfin l’état d’esprit d’une personne qui se sent tranquille, rassurée, en confiance à l’abri de tout danger et un dispositif conçu pour empêcher, prévenir l’avènement des actes d’insécurité. De surcroit, le terme sécurité publique est utilisé pour désigner des actions dans les différents aspects d’ordre public et de sécurité visant à protéger la population d’un État contre les menaces internes. Un plan national de sécurité doit réunir un ensemble de compétences et d’acteurs qui peuvent être aussi des membres d’organisation formant une chaine.

Acteurs et partenaires de la sécurité publique.

Il existe plusieurs types de sécurité. Et pour mettre une population en confiance, il est obligatoire de contrôler tous les aspects. Dans ce contexte, il faut, non seulement l’intervention des acteurs directs, mais aussi celle des partenaires pouvant appuyer ou aider dans des situations spécifiques. C’est pourquoi on distingue la sécurité publique, la sécurité civile et la sécurité intérieure.

Aucun système fiable de sécurité ne peut être institué sans prendre en compte ces trois domaines. Il ne faut pas tout même les confondre. Dans ce cas, il faut d’abord les spécifier, dire quel type d’autorité qui doit être placée à la tête de chacune de ces institutions, ensuite fixer les responsabilités et enfin les réunir dans un but commun.

La sécurité publique est une organisation de l’État. Elle est l’ensemble des conditions réunies par celui-ci pour permettre aux citoyens de vivre en paix. Or, la sécurité civile est l’ensemble des moyens mis en oeuvre par l’État ou une organisation pour protéger les populations civiles ainsi que leurs biens contre les risques naturels. Elle doit garantir non seulement les personnes physiques, mais aussi morales. Une loi publiée en France en 2004, définit la sécurité civile comme étant la prévention des risques de toute nature, l’information et l’alerte des populations, des biens et de l’environnement contre les accidents, les sinistres et les catastrophes par la préparation et la mise en oeuvre de mesures et de moyens appropriés relevant de l’État, des collectivités et d’autres personnes publiques ou privées. Et l’autorité principale dans ce domaine est le ministre de l’Intérieur.

La sécurité intérieure renvoie plutôt aux instruments juridiques et aux institutions. Pour garantir la sécurité de la population et leurs biens à l’intérieur des frontières, l’État doit s’assurer de la mise en place des institutions fortes. Mais, là où il peut avoir un handicap, c’est que dans la chaine établie pour garantir la sécurité il y a à la fois l’implication des autorités civiles et autorités policières et/ou militaires et d’autres organisations ayant une expertise dans la gestion de la sécurité. Dans ce cas, des conflits peuvent être nés. Il faut dire en fait que la sécurité publique est la résultante des actions de toutes les autres institutions chargées d’assurer la gestion de la sécurité. Cette gestion doit être assurée par les autorités centrales et locales.

La sécurité, un droit fondamental

Le besoin de sécurité est consacré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’article 3 de ce texte stipule : « tout individu a droit à la vie, á la liberté et à la sûreté de sa personne ». L’État haïtien est membre fondateur, donc signataire de cette déclaration. Il incombe aux autorités de prendre toutes les mesures pour garantir la sécurité de la population en tant que droit fondamental

Gestion de la sécurité.

L’organe politique de la sécurité publique est le Conseil supérieur de la police nationale d’Haïti (CSPN). Ce conseil formé du Premier ministre, du ministre de la Justice, du ministre de l’Intérieur et du directeur général de la PNH et de l’inspecteur général de la PNH devrait définir et exécuter la politique de sécurité du pouvoir exécutif. Il y a aussi le ministre de la Défense (MD). On ignore pour l’instant à quel titre on va l’utiliser dans la gestion de la sécurité. Est-ce qu’il s’attachera à la sécurité extérieure spécifiquement ou doit-il, à un certain niveau, compléter les institutions chargées de la sécurité intérieure ? Qu’en est-il de la secrétairerie d’État à la Sécurité publique ? Qui la dirige ? Quelle est sa compétence ? Ne serait-elle pas une institution technique qui devrait compléter la mission du ministre de la Justice ?

La seule institution en Haïti mise en place pour accomplir les actes de sécurité est la police. Or la police ne peut, elle seule, gérer les questions relatives à l’insécurité. Elle ne peut pas être en même temps l’organe qui exécute les ordres, conçoit et définit la technique de ces ordres. Pour que la police soit efficace, il faut un renforcement institutionnel et technique des autres organes chargés d’assurer la sécurité. Il faut placer à la tête de ces institutions des femmes ou des hommes capables, qui allient à la fois compétence et expérience. La sécurité doit être réfléchie. Elle est une affaire de pensée. Elle est loin d’être l’utilisation des armes à feu de tout calibre. D’ailleurs, l’intervention armée dans tout système de sécurité est déjà un échec. L’important, ce sont des mesures proactives permettant d’anticiper les actes d’insécurité. C’est un ensemble d’actions collectives ou combinées qui vont conduire à la paix, à la tranquillité d’esprit de la population.

Les actes d’insécurité publique sont nombreux. Souvent ce sont les moindres gestes négligés qui occasionnent de grands dangers. C’est un véhicule de transport qui n’est pas inspecté par le service concerné et qui va être impliqué dans un accident qui coûterait la vie à des dizaines ou à des centaines de personnes. C’est l’absence d’un centre hospitalier pouvant répondre aux demandes de soins de santé. L’insécurité publique c’est le mode ou la méthode de construction des édifices en absence de tout respect des normes établies.

L’insécurité publique est une motocyclette transportant trois ou cinq personnes souvent des enfants. L’insécurité publique est l’installation d’une station de taxi moto se trouvant dans presque chaque carrefour. Ce sont les marchands qui occupent un peu partout les trottoirs empêchant les piétons de circuler. Ce sont les routes endommagées qui empêchent les automobilistes de circuler normalement et qui peuvent causer de graves accidents.

L’insécurité publique, ce sont des automobilistes qui maitrisent à peine le volant d’un véhicule, mais détiennent de façon irrégulière leur permis de conduire. Ce sont aussi des individus qui conduisent en état d’ivresse. L’insécurité publique est aussi l’absence d’un service devant contraindre les conducteurs à respecter la limite de vitesse dans certaines zones dangereuses ou à risques, notamment dans les centres-villes, les marchés publics, etc.

Si les membres de la population haïtienne ne meurent pas par millier par jour, ce n’est pas par ce que les gouvernants prennent des mesures pour assurer leur sécurité. C’est par ce que, malgré les situations difficiles dans lesquelles cette population se trouve, elle demeure encore une population respectueuse, solidaire et conservatrice de certaines valeurs vertueuses, morales et culturelles fortes. Haïti est peut-être le seul pays au monde où il y a environ dix mille policiers pour dix millions d’habitants. Pourtant, elle est loin d’être le pays où l’on recense plus de cas d’insécurité.

Me. Jean Ronel SISTANIS,

Avocat,

spécialiste en Droit international

Comments

comments

scroll to top