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Que sont devenues les fleurs?

04 décembre 2017, 11:20 catégorie: Édito13 939 vue(s) A+ / A-

En cette période de haute saison touristique pour les pays nordiques, les lignes aériennes sont pleines à craquer pour des destinations ensoleil­lées. Si les oiseaux, dans leur migration vers des régions plus clémentes, ont fait provision de grains dans leur gésier, les touristes, de leur côté, ont fait provision de gains dans leur bourse.

C’est bien la fin de la période cyclonique dans la Caraïbe, mais la grande majorité des pays et territoires des grandes et petites Antilles ont eu leurs lots de misères au cours des deux derniers ouragans Harvey et Maria qui ont fait des ravages inédits dans la région. Quand on sait que le tourisme constitue, pour plusieurs de ces iles balayées, un vecteur majeur de de­vises.

En dépit du fait qu’après les dévastations de Matthew dans le Sud et la Grand’Anse, Haïti ait été préservé des dernières intempéries, il n’est pas davantage une destination privilégiée, pour des raisons la plupart du temps incohérentes. On ne cesse de le désigner comme pays à haut ris­que, tandis qu’il n’y a aucune guerre avérée, en dehors de ces petites guéguerres politiciennes qui font plutôt l’affaire de biens d’étrangers parachutés dans des missions armées pour « la paix » ou comme com­missaires et observateurs.

Depuis deux mois environ, les réservations à destination d’Haïti, faites à Air Transat et Air Canada, sont quasiment bouclées pour le mois de décembre. Le prix du billet aller simple a plus que doublé, dépassant même les mille dollars canadiens. À l’heure actuelle, il n’y a plus de place jusqu’à la veille de Noël, à moins qu’on veuille partir en transit, via la Floride, et cela sans aucune garantie d’arriver à temps à destination. Les longues attentes de connexion, à Miami ou à Fort Lauderdale, font vrai­ment peur.

Ce vacuum laissé par les iles dévastées, Haïti est-elle prête à en profiter, en termes de chambres d’hôtels et d’autres capacités d’accueil liées à la bonne visibilité environnementale et au climat social ? Et dire que mieux que ces autres destinations touristiques de la Caraïbe, Haïti peut offrir non seulement davantage de kilomètres de plage au sable fin, mais aussi des mémoires historiques de plus grande valeur. Notre citadelle figure parmi les meilleures offres d’évasion de la République dominicaine.

Au cours d’une croisière à St-Thomas, aux îlesTurques et à Puerto Rico, j’ai eu la surprise de ma vie de découvrir que la forteresse la plus adulée à San Juan par les touristes n’a pas l’ampleur de Fort-Jacques. Pis encore, les histoires racontées par le guide, à partir d’une carte de la Caraïbe, et avec un enthousiasme historique inénarrable, ne font nulle men­tion d’Haïti dans les luttes de libération contre le système esclavagiste dans cette région insulaire. Me renseignant auprès de ce très volubile guide historique concernant la non-figuration d’Haïti sur cette carte de la Caraïbe, il m’a répondu : « No tenemos tal interés ». En effet, ils ont grandement raison, car c’est à nous de faire valoir notre histoire comme intérêt touristique. Et une telle tâche revient à quelqu’un qui en a la for­mation adéquate.

À la plage de St-Thomas, j’ai baragouiné ce que je connaissais d’anglais pour commander un rhum-punch. Comme je parlais en créole à ma compagne qui voulait plutôt un punch aux fruits sans alcool, le barman de me dire : « Pou kisa, man, w ap gaspiye tout angle saa ? Pale kreyòl non! Tout medam ou wè la a, kit se sa k lan kwizin kit se sa k ap sèvi, tout se Ayisyenn ». Je venais subitement d’avoir la langue plus légère, mais l’esprit lourdement troublé.

Que sont devenus ce barman et ces jeunes filles d’Haïti après la dévasta­tion de l’île St-Thomas ? …

Mérès M. Weche

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