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Produire, le seul remède !

09 mars 2017, 12:34 catégorie: Actualité6 786 vue(s) A+ / A-

Le ministre de l’Économie et des Finances, Yves Romain Bastien, et le Conseil d’administration
de la BRH au Sénat de la République, le 8 mars 2017. / Photo : J. J. Augustin

 

Le Sénat de la République a reçu ce mercredi 8 mars 2017 en séance spéciale le ministre de l’Économie et des Finances Yves Romain Bastien ainsi que le Conseil d’administration de la Banque de la République d’Haïti (BRH) autour de la question relative à la dépréciation de la monnaie nationale.

Cette séance de questionnement a été l’occasion pour le grand argentier de la République de présenter aux sénateurs visiblement inquiets par la décote de la gourde, l’état de la situation économique du pays.

« Notre situation est extrêmement difficile car notre économie est anémiée », a lancé le ministre des Finances, expliquant au passage la dépréciation de la monnaie nationale par un ensemble de facteurs, dont la situation politique du pays. Sans langue de bois, le ministre des Finances ainsi que le gouverneur de la BRH ont présenté le tableau de la réalité économique et monétaire du pays. Yves Romain Bastien, économiste de son état, croit que l’un des facteurs expliquant cette situation est la mauvaise performance économique du pays avec un taux d’inflation autour de 14 %. Mais, à bien comprendre les explications du ministre, la politique pèse très lourd dans ce qui se passe. « Il faut regarder la vérité en face. La politique a un impact sérieux sur la dépréciation de la monnaie », a lancé le grand argentier de la République avant de préciser l’absence de l’aide externe cette année (due bien entendu aux aléas politiques), comme un facteur participant à la décote de la gourde par rapport au dollar américain.

 Le gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois, a abondé dans le même sens que le ministre des Finances et dit croire que la dépréciation de la gourde peut être imputée à la raréfaction de l’offre qui s’est manifestée par une contraction continue des transactions. À ce niveau, dit-il, le cout d’importation d’Haïti s’élève à 4 milliards de dollars alors que nous exportons pour un milliard. Il y a un déficit énorme à combler en dollars. Même avec les transferts sans contrepartie reçus de l’étranger qui sont autour de 2 milliards, le manque à gagner persiste surtout avec la diminution de l’aide externe. Cette aide qui se chiffrait en 2011 à 1.5 milliard de dollars est passée à seulement 345 millions de dollars en 2016. En additionnant les dollars recueillis sur l’exportation ajoutés à ceux reçus en aide et les transferts de la diaspora, on aura encore besoin des dollars pour faire l’équilibre par rapport à la quantité de dollars utilisés dans le cadre de l’importation, a fait remarquer le gouverneur Dubois. À cela il faut ajouter les touristes qui ne viennent plus, les ONG, les agents de la MINUSTAH. Ce sont là, d’autres éléments qui agissent sur l’entrée des devises.

À ce niveau, Jean Baden Dubois a informé que le pays ne peut pas compter sur cette offre de devises et doit pouvoir compter sur l’offre de devises générée à partir de sa propre production. S’il est vrai que la BRH a pris des mesures pour contenir un peu la dépréciation, sans la production, elle continuera de plus belle. « Nous devons produire. Si nous ne produisons pas, nous allons voir cette dépréciation continuée pour encore longtemps », a expliqué le gouverneur. Avec un franc-parler, il a souligné que la situation actuellement dépasse le simple champ de la BRH.

« La BRH prend des mesures pour protéger la monnaie nationale. Sa dépréciation ne dépend pas seulement de la BRH comme organe chargé de la politique monétaire. Le ministre des Finances est chargé de la politique fiscale, l’État en général est responsable de la politique publique. Il faut que ces trois politiques s’harmonisent de façon à avoir une politique économique correcte », a précisé le principal responsable de la BRH. Aujourd’hui, le taux de change a crû à un rythme moins accéléré que l’année dernière, a expliqué le gouverneur Jean Baden Dubois. Du 30 septembre 2016 au 3 mars 2017, le taux de vente moyen est passé de 66.79 gourdes pour 1 dollar à 68.90 gourdes. Le niveau de dépréciation est de moins de 3 % durant cette période alors que du 30 septembre 2015 au 3 mars 2016, le taux est passé de 53 gourdes pour un 1 dollar à 62.03, soit une dépréciation de 17.91 %, a fait remarquer monsieur Dubois qui a procédé par une analyse comparative.

Dans la mesure de ses possibilités, la BRH a pris des mesures pour redresser la situation en encourageant notamment la production dans le pays. En ce sens, un crédit spécial a été créé pour les zones franches, le secteur agricole, étant à risque, est aussi pris en compte. D’autres mesures comme les obligations de la BRH, l’interdiction des crédits à la consommation en dollars, la prise en charge des besoins de devises pour les compagnies pétrolières, constitutions de réserves spéciales pour les banques sont parmi des mesures arrêtées pour contenir la dépréciation de la gourde par rapport au dollar selon Jean Baden Dubois mettant beaucoup l’accent sur la production comme le principal facteur capable d’aider à résoudre le problème de la dépréciation de la monnaie nationale.

Noclès Débréus

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