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Les présidentielles françaises: quel regard sur Haïti?

17 avril 2017, 10:54 catégorie: Tribune8 308 vue(s) A+ / A-

A la courbe finale de la campagne électorale du premier tour de l’élection présidentielle française, le peloton de tête se resserre. Tout se joue à quelques voix. Les programmes politiques sont quasiment déchiquetés et digérés. Cependant, les décisions qui résulteront à la sortie impacteront non seulement sur la France, mais aussi, sur le reste du monde, particulièrement Haïti.

A 9 heures de vol de la République d’Haïti, la France, ancienne puissance coloniale de la Caraïbe, attire les curiosités à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle du 23 Avril 2017. Figés, le temps, les discours et le quotidien français se rythment au tam-tam de ces joutes. Les candidats investissent les cours populaires. L’électorat se dessine aux couleurs des partis. En lice, les onze prétendants à l’investiture de la magistrature suprême — Marine Le Pen du Front National, Emmanuel Macron d’En Marche, Jean Luc Mélenchon de la France Insoumise, François Fillon de Les Républicains, Benoit Hamon du Parti Socialiste, Nicolas Dupont- Aignan de Debout la France, Philippe Poutou du Nouveau Parti Anticapitaliste, Nathalie Arthaud de la Lutte Ouvrière, François Asselineau de l’Union Populaire Républicaine, Jean Lassalle de Resistons!, Jacques Cheminade de Solidarité et Progrès — traduisent des projets politiques aussi divers qu’étoffés.

Au-delà des sujets liés aux politiques sociales et économiques puis, au mode de gouvernance des Etats modernes et/ou Post modernes, l’épineuse question de la globalisation soustrait tout projet politique contemporain à la formulation de politiques internationales claires et systématisées. Par la force du temps, ces dernières acquièrent une place prépondérante dans les agendas des pays dits développés, dont les visées impérialistes gomment assez souvent les frontières. Les prétendants à l’Elysée ne sauraient se défaire de pareilles réalités. Les coopérations entre la France et l’Afrique, l’Union Européenne, le Moyen Orient, le Proche Orient, l’Asie et l’Amérique épuisent les stylos. De surcroît, la place de la République tricolore dans les institutions internationales et les traités se trouvent dans la visière des candidats. En Amérique, Haïti, dont le glorieux passé historique jugula l’ordre mondiale de l’époque coloniale esclavagiste, suscite peu d’intérêt particulier.

 Cependant, s’il est vrai que les programmes politiques élaborés font abstraction des rapports avec la République d’Haïti, il n’en demeure pas moins vrai que certains faits, non des moindres, laissent entrevoir ce qu’adviendraient les relations diplomatiques entre Haïti et la France au lendemain du triomphe de l’un ou de l’une des cinq principaux candidats, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean Luc Mélenchon, François Fillon et Benoit Hamon.

Le candidat du Parti Socialiste Benoit Hamon, est actuellement membre du Groupe Amitié Haïti-France composé d’une trentaine de Députés. Constitué de parlementaires, il se donne pour objectif de défendre les intérêts d’Haïti à l’Assemblée nationale française. Selon, l’ancien ministre de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur, en voyage en Haïti en avril 2016, en compagnie de trois autres députés, la question de l’éducation devrait être au coeur de la coopération franco-haïtienne. A rappeler qu’un programme de bourses s’est suivi de la visite du Groupe d’Amitié coprésidé par le Député français Matthieu Hanotin et le Député haïtien Jerry Tardieu.

 François Fillon, ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, investit des primaires de Les Républicains pour la présidentielle française tient son coup de coeur à Haïti, particulièrement du sinistre du 12 janvier 2010. Chef de gouvernement à l’époque, il diligenta une équipe sur le terrain et institua une cellule de crise au Quai d’Orsay pour secourir le peuple haïtien. A leur retour, M. François Fillon organisa une importante cérémonie à l’Hôtel Matignon pour remercier et féliciter les personnels civils, militaires et humanitaires de leur engagement. (…) La France, en raison de nos histoires si souvent entremêlées se devait être aux avant-postes de cette bataille de sauvegarde et de secours. Souligne-t-il dans un discours truffé de chiffres présentant le tableau de l’intervention française en la circonstance, le 8 février 2010.

Le leader de la France Insoumise, Jean Luc Mélenchon, représente celui dont l’intérêt pour la situation de la République d’Haïti est le plus remarquable. Le 19 décembre 2016 à Guadeloupe, il évoque la nécessité de venir au secours d’Haïti tout en soulignant fermement que : « La France a une dette envers Haïti ». De plus, pour justifier son point 62 de son programme politique l’Avenir en commun, au cours de sa Revue de la Semaine #25, le candidat tire au clair le projet d’intégration de la France à l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Ce faisant, le candidat rappelle le poids historique de la République d’Haïti et la nécessité de réparer les dégâts causés par la dette de l’indépendance. Aussi, dit-t-il « (…) Si demain je suis président de la République française, je m’occuperai et fais tout ce qui est dans mon pouvoir pour qu’Haïti puisse respirer (…) Pour nous c’est important de travailler avec Haïti.

Par contre, pour les deux autres candidats au peloton de tête, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, Haïti n’est pas une priorité. La position de la présidente du FN, Mme Le Pen qui appelle à un désengagement international de la France et voit dans l’immigration un mal vénéneux pour la France, les déclarations du fondateur du mouvement En Marche M. Macron qui croit que l’immigration est une chance, peuvent en dire long.

Stanley Augustin

 Sociologue Juriste

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