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Près de 239 000 Haïtiens menacés de déportation

10 janvier 2017, 9:48 catégorie: Actualité2 438 vue(s) A+ / A-

Près de 239 000 Haïtiens menacés de déportation.

| Photo (illustration) : Haiti Press Network

 

La menace de déportation massive des ressortissants haïtiens en situation irrégulière en République dominicaine revient sur le tapis. Le moratoire accordé par les autorités dominicaines à leurs homologues haïtiennes de doter leurs concitoyens des pièces d’identité arrive à terme au mois de juin prochain. Ils sont au nombre de 239 000 immigrants concernés par cette situation.

Le Groupe d’appui aux rapatriés et aux refugiés (GARR) tire la sonnette d’alarme. Les conditions des immigrants haïtiens en situation irrégulière s’avèrent encore très difficiles. Le moratoire accordé aux autorités haïtiennes d’octroyer des documents d’identification à leurs concitoyens, arrivera à échéance d’ici le mois de juin prochain. Environ 239 000 ressortissants, inscrits dans le cadre du Plan national de régularisation des étrangers (PNRE), risquent d’être expulsés dès la fin de ce sursis. L’information a été confirmée par le coordonnateur du GARR, Saint-Pierre Beaubrun, lors d’une interview exclusive accordée au National, le mardi 10 janvier 2017.

À en croire le militant des droits humains, ces migrants étaient inscrits dans le cadre de la mise en oeuvre du PNRE. Ils avaient bénéficié des autorités dominicaines d’un permis temporaire au cours duquel ils devaient compléter leurs dossiers d’identification pour les soumettre aux dirigeants dominicains. Environ 130 000 sur les 239 000 migrants avaient obtenu un permis temporaire pour une période ne dépassant pas un an. Ce délai, souligne Saint- Pierre Beaubrun, devait prendre fin en juin dernier. Alors que les autres ressortissants (109 000) bénéficiant du permis de séjour de deux ans ont jusqu’à ce mois de juin 2017, y compris le groupe précédent. Cela est dû aux multiples discussions et plaidoyers entrepris avec les autorités dominicaines. En clair, les deux catégories sont toutes concernées par cette situation.

Et le rapatriement se poursuit. Saint-Pierre Beaubrun a été clair. Sans langue de bois, il a fait savoir que la déportation continue en République dominicaine avec le même rythme qu’elle avait débuté durant l’année 2015 et celle de 2016. À titre d’exemple, il a indiqué avoir enregistré environ 65 566 ressortissants refoulés sur le sol national durant cette période précitée. De ce nombre, 30 000 se voient obliger de laisser le territoire dominicain en raison des actes d’intimidation et de violence dont ils sont quotidiennement l’objet. Les autres (35 566 immigrants), informe-t-il, ont été expulsés « manu militari ».

Loin d’être alarmiste, le coordonnateur du GARR a fait savoir que ce chiffre est en dessous du nombre réel de ressortissants rapatriés. Pour soutenir ses propos, le coordonnateur a fait remarquer qu’il existe un total de 140 points frontaliers. Tandis qu’il ne parvient à en assurer la couverture de 100 à l’aide d’une coopération avec d’autres partenaires oeuvrant au niveau de cette zone. Au terme de l’année 2016, souligne M. Beaubrun, il était parvenu à inspecter les autres points. Ce qui, selon lui, laisse croire que cet effectif peut avoisiner près de 100 000 rapatriés.

La situation est préoccupante, si l’on en croit le défenseur des droits humains. Si l’on parvient déjà à recevoir plus de 5 000 personnes expulsées mensuellement selon les registres disponibles, l’on peut se faire une idée de la complexité du problème compte tenu de l’épée de Damoclès suspendue sur la tête de ces 239 000 migrants. À son avis, cela risque de contribuer à l’intensification du phénomène de rapatriement au niveau des différents points frontaliers au milieu de l’année 2017, si rien n’est fait. Sans ambages, il a imputé la responsabilité de la gestion de ce dossier à l’État haïtien. Celuici, explique Saint-Pierre Beaubrun, avait la mission de doter les ressortissants des pièces d’identité comme un acte de naissance, une Carte d’identification nationale (CIN) et un passeport. Les autorités haïtiennes ne s’étaient pas astreintes à leurs obligations.

 Le PIDIH est un échec

 D’après le coordonnateur du GARR, l’État haïtien devait documenter environ 300 000 migrants en situation irrégulière. Dans le cadre du Programme d’identification et de documentation des immigrants haïtiens (PIDIH), il ne l’a pas fait. Suite à d’innombrables efforts, les autorités haïtiennes peuvent s’enorgueillir d’avoir doté environ 50 000 d’entre eux. Cependant, fait-il remarquer, il n’y a pas plus que 3 000 ressortissants qui sont parvenus à obtenir leurs passeports, alors qu’en territoire étranger c’est ce type de document qui est convenable au migrant. Environ 30 000 actes ou extraits des archives, 15 000 CIN ont été distribués à ces ressortissants. Au regard de cette situation, affirmet- il, ce programme est un échec lamentable compte tenu du décaissement de plusieurs millions de dollars américains qui y ont été alloués.

Pourtant, d’autres migrants haïtiens concernés par cette situation n’ayant pas pu bénéficier de ce programme continuent d’exiger de l’État l’octroi de leurs documents d’identification. Ils ont déjà organisé des mouvements de protestation comme des sit-ins.

Reynold Aris

raris@lenational.ht

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