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Première édition réussie du festival international de piano d’Haïti

13 novembre 2017, 9:31 catégorie: Culture3 633 vue(s) A+ / A-

L’oeuvre « Journal d’un communiste amoureux »

sélectionnée dans le cadre du prix Fetkann 2017.

 

L’association « Raconte-moi un piano » a présenté du 8 au 11 novembre 2017 la première édition du festival international de piano d’Haïti. Lancé à Jacmel, c’est face à un public nombreux et un accueil chaleureux que les artistes ont performé durant ces quatre jours de concert.

Quatre jours de voyage et de découverte de la musique classique avec différents musiciens haïtiens et français au cours desquels le public s’est laissé embarquer avec engouement.

Rien de plus étonnant que de voir un peuple de tambour s’adonner avec une telle complaisance aux répertoires exquisément variés qu’ont proposés les musiciens. Classiques latins, russes et haïtiens ont été au menu des concerts. Chaque jour, les gens ont été de plus en plus nombreux à venir explorer les détours de cette musique qui nous raconte l’humanité avec une énergie accordée d’une sensibilité sondée au gré d’une mélodie harmonieusement douce et agréable.

« Chaque note semblait nous dire à chaque instant : suivez-moi je vous emmène dans un pays merveilleux ».

Ce n’était pas un week-end et il n’avait pas de congé, cependant les spectateurs se faisaient de jour en jour nombreux comme s’ils cherchaient un exit à leur quotidien, une sorte d’évasion que seuls les concerts étaient capables de leur offrir ; à en croire le bonheur que traduisaient les sourires tachés sur les lèvres après chaque concert. À chaque prise de parole, à l’issue des concerts et consigné dans la rubrique « rencontre avec les artistes » le mot voyage et merci revenaient souvent pour exprimer gracieusement une gratitude à un enchantement volontairement accepté.

Rassembler les gens autour du piano semble définitivement un pari gagné par Célimène Daudet, qui d’ailleurs, n’a pas caché sa satisfaction de constater que les gens ont répondu positivement à sa proposition. Pianiste franco-haïtienne, ce festival est un projet longtemps caressé par Mme Daudet qui a voulu marquer un retour à ses racines par la musique classique.

« La musique classique c’est la musique que je connais, que j’aime et que j’ai envie de partager avec les gens. Et je suis en admiration devant tant d’enthousiasme. Ils étaient de jour en jour plus nombreux et semblaient vraiment être en admiration devant les talents des artistes. Cette expérience me prouve que la musique classique, loin d’être élitiste, peut être rassembleuse et universelle. Il suffit de se laisser embarquer dans le voyage ».

Outre d’être un évènement de spectacle, la programmation a voulu faire de ce festival une activité de découvertes autour piano. Master class de piano avec les élèves de l’école de musique Dessaix Baptiste, concerts, et rencontres ouvertes avec les artistes figuraient sur le menu proposé par l’équipe. Préparé depuis tantôt un an avant sa concrétisation, les ambitions du festival sont nombreuses. À en croire Mme Daudet, le festival se veut être aussi porteur d’une mise en place structurelle pour l’évolution de la musique classique en Haïti et particulièrement du piano. Parallèlement au festival, des cours de formation en piano sont envisagés sur l’année pour les élèves et les professeurs de l’école de musique. En outre, le piano, acheté pour le festival, est offert en don à la ville de Jacmel.

« Le piano sera laissé à l’école de son : Audio Institute. Les musiciens auront à leur disposition un piano professionnel placé dans un studio professionnel ; ce qui leur permettra d’enregistrer leurs disques avec beaucoup plus de facilité ».

Si elle aime plus parler des motivations de l’équipe que des difficultés rencontrées pour réaliser cette activité, ses efforts semblent être largement récompensés. Non seulement par l’enthousiasme des gens à venir assister mais aussi par le support et l’engagement des artistes/musiciens. Haïtiens ou étrangers, l’engagement des musiciens a prouvé leur grand intérêt pour ce festival.

David Bontemps est pianiste haïtien qui évolue à Montréal. Selon ce qu’il nous a confié, il a entendu parler du festival par le biais de la Société de recherche et de diffusion de la musique haïtienne (SRDMH) et a tout de suite manifesté l’envie d’apporter sa contribution. En plus de verser la moitié de la vente de son disque à l’association « Raconte-moi un piano » qui a collecté les dons pour l’acquisition du piano, il est retourné jouer au pays après quinze ans d’absence. Il parait qu’il n’est pas déçu.

« Quand j’ai entendu parler de ce projet et vu que cela se passera à Jacmel, la ville de ma mère, je me suis tout de suite dit qu’il fallait que je m’y engage. Revenir jouer au pays a été une expérience très intense et ma plus grande satisfaction c’est d’avoir pu toucher les gens et de constater leur intérêt pour ce genre de musique ».

M. Bontemps souhaite revenir et apporter pleinement son soutien à l’épanouissement de la musique classique en Haïti par le piano. Un voeu partagé par plus d’un.

Ce projet a été particulièrement porté par l’association « Raconte-moi un piano » qui a entrepris les démarches auprès de Célimène Daudet afin de collecter les fonds pour se procurer le piano. La préparation a été un travail de longue haleine.

« Heureusement que j’ai pu compter sur mon équipe qui a fait preuve d’un engagement soutenu depuis la préparation jusqu’à la réalisation du festival » nous a confié Mme Daudet en souriant.

« Rassembler les gens de toute catégorie autour de la musique classique » a été le voeu symbolique du festival. Et de toute catégorie voulait vraisemblablement dire autorités publiques et culturelles de la ville. Car la présence régulière de la maire Loudie César à tous les concerts, du maire principal Maky Kessa au dernier concert, et Jim Jacob Pierre, le directeur du bureau culturel de la mairie ont été grandement remarqués. Entre autres, le maire Loudie César n’a pas omis d’exprimer sa satisfaction et sa fierté que Jacmel ait été choisi comme ville de lancement et promet une collaboration future de la mairie avec le festival même si les termes ne sont pas encore définis selon sa déclaration.

Pour clôturer l’évènement, La Société de Recherche et de Diffusion de la Musique haïtienne (SRDMH), Haïti Piano Project, l’Artiste Institute, l’Institut Français en Haïti, la FOKAl, l’Alliance Française de Jacmel entre autres, ainsi que d’autres partenaires physiques tel que Mme Vital qui a donné le hall pour les répétitions et les concerts, Bayard Jean Bernard, Nadège Slagmulder ancienne directrice de l’alliance française de Jacmel ont été chaleureusement remerciés pour leur soutien et leur collaboration à la réalisation de la première édition du festival international de piano en Haïti.

Un festival de piano est ce qui a manqué dans un pays où la musique occupe une place traditionnellement importante. Les graines ont germé à Jacmel, en attendant de voir l’arbre de la musique classique grandir et étendre ses branches sur toutes les régions du pays, l’équipe donne rendez-vous pour l’année prochaine et met le cap vers Port-au-Prince où se déroulera la deuxième partie du festival.

Rosenie VOLCY

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