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Poutine et le testament de la Grande Russie !

09 février 2017, 10:48 catégorie: Tribune15 499 vue(s) A+ / A-

Vladimir Poutine inquiète et fascine à la fois dans l’opinion publique occidentale. La grande presse internationale adore reproduire les clichés pris par ses photographes officiels. Poutine ceinture noire de judo, posant avec une icône hollywoodienne des arts martiaux, Steven Seagal. Poutine torse nu à cheval dans les montagnes à la frontière de la Mongolie ; il n’est pas rare de découvrir les clichés du chef de l’État conduisant un chasseur Mig 21 de l’armée de l’air russe, ou tout simplement prenant une tigresse dans ses bras, les tabloïds ne cessent de le montrer dans tous ses états.

S’il est vécu par certains comme une menace à cause de son habilité à faire reculer sur bien des fronts un Occident triomphant, pour d’autres, il serait le seul rempart à l’hégémonie incontestable des États-Unis sur la planète.

Poutine qu’on accuse d’avoir interféré dans le jeu politique américain pour faire gagner un président des États-Unis pour le moins atypique et qui a le don d’attirer sur lui la réprobation d’une grande partie du monde, est en vérité un redoutable manœuvrier.

D’après l’auteur russe Vladimir Fédorovsky qui retrace son itinéraire secret : « Poutine a appris les techniques les plus sophistiquées d’interrogatoire et de pression psychologique, le maniement des armes blanches et à feu, la science des explosifs » à l’époque ou il faisait ses classes à la célèbre école d’espionnage du KGB.

Spécialiste de la dissimulation et du triple langage, il était passé maître dans l’orchestration des mises en scène dignes d’un James Bond à la manière russe. Dans la vie mondaine, il aimait se présenter comme un « expert en relations humaines ! »

Passionné de l’histoire de la grande Russie de Catherine II, il ne pouvait accepter la lente dégradation de son pays. Bien que proche dans les premiers moments de Gorbatchev, il évoqua la chute de l’URSS comme la plus grande catastrophe géopolitique de l’histoire.

Poutine a acquis une grande expérience administrative à l’époque où il était assistant du Maire de St Pétersbourg. À ce poste, il tissa d’importantes relations avec les milieux économiques et financiers d’une Russie en pleine mutation et qui rentrait toute voile dehors et de manière chaotique dans un capitalisme sauvage. Pendant cette période, beaucoup de fortunes illicites se constituèrent et l’ancien officier du KGB pouvait monitorer tout ce qui se passait dans les milieux interlopes de la finance. Il affina sa science des hommes et des choses de son pays qui devait le servir au moment de son ascension politique aussi discrète que fulgurante.

En tant que représentant d’une grande ville de Russie, il voyagea beaucoup en Europe et principalement en Allemagne. C’est en Allemagne qu’il rencontra le fameux Dr K, lisez Henry Kissinger. Avec cet ancien chef de la diplomatie américaine, il eut une conversation assez étrange, il lui confia même son appartenance au KGB… ce à quoi Kissinger répondit sans ciller « Tous les honnêtes gens ont commencé par les services secrets .»

L’adjoint au maire de St Pétersbourg quitta son poste pour grandir très vite dans l’entourage secret de Boris Eltsine jusqu’à devenir son éminence grise et plus tard, le nouveau maître du Kremlin.

Une fois au faîte du pouvoir, il se livra à une véritable course d’obstacles se débarrassant dans le plus pur style stalinien de ses adversaires, avec cette fois le paravent de la lutte contre la corruption.

Un idéologue de la Grande Russie

 Pour son biographe Fédorovski, si l’on veut connaître la Russie du XXIe siècle, il faut remonter à l’histoire des grands monarques, se tourner vers les valeurs fondamentales et la symbolique de l’Empire russe d’Ivan le Terrible à Nicolas II : « Poutine a surpassé, dans l’art politique, aussi bien Gorbatchev et son ambigüité, qu’Eltsine et son intuition, il est le seul dans l’histoire de la grande Russie à avoir su s’imposer par sa capacité d’utiliser ce que Braudel appelait le code mental du pays ».

Fin stratège, le leader russe cherche à reconquérir patiemment, mais surement une large zone d’influence à l’Est de l’Europe. L’installation en Pologne de batteries de missiles américains a provoqué chez les officiels russes une véritable paranoïa de l’encerclement.

Pour le Kremlin, le bouclier antimissile américain officiellement destiné à contrer une attaque terroriste devrait être installé en Géorgie ou en Azerbaïdjan avec le support logistique de l’armée russe. Toujours est-il que les Russes eux-mêmes considèrent comme réelle une « menace islamiste » et se sentent prêts à collaborer avec les Américains sur cette épineuse question.

 La persistance américaine à installer des bases mobiles de missiles et le renforcement de bataillons de GI’S en Pologne est vécue comme une tentative d’encerclement. À noter que si les nouvelles brigades américaines arrivées récemment en Pologne apparaissent comme une réponse à l’invasion de la Crimée et à l’épée de Damoclès suspendue sur l’Ukraine, le projet de missiles en Europe de l’Est date de 2002.

Moscou s’insurge avec force contre l’existence d’un monde unipolaire, le dénonçant comme un monde d’un unique maître, et d’un seul centre de décision. Question pour l’ours polaire de revenir aux neiges d’antan, c’est-à-dire un monde plus équilibré.

 Une société hypnotisée

Il existe une Russie de la résistance qui tente de proposer une alternative au nouveau centralisme Poutinien. Quelques assassinats plus tard et/ ou « suicides », il reste très peu de leaders. L’un d’entre eux vient de rentrer ce mercredi en prison pour une autre affaire de corruption.

Poutine reste seul maitre à bord de son système verrouillé et sa popularité est incontestable, il a su donner des habits neufs au vieux nationalisme slave. Redonner du pouvoir aux services de renseignement, du blé à moudre aux élites qui connaissent bien combien lourde est sa main et surtout quelques satisfactions aux classes moyennes grâce aux immenses réserves de gaz et de pétrole de son pays.

Il se vante non sans un humour cinglant d’être le « seul pur démocrate au monde ». Fustigeant le comportement des policiers américains et européens dans la répression des manifestations ou dans le traitement des gens de couleur, il se place au-dessus du lot.

Aujourd’hui que l’on commence à parler de son influence probable sur les élections françaises, le chef du Kremlin administre la preuve par neuf du regain de puissance de ses services secrets. Antithèse vivante de la pérestroïka, Poutine se présente comme le sauveur de la Russie et ne donne pas de limite à la durée de son pouvoir.

 Vladimir Poutine n’a pas fini d’étonner le monde, l’histoire le retiendra comme l’un de ses grands « fauves ».

 Roody Edmé

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