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Pour un nouveau procès de consolidation

09 août 2018, 9:37 catégorie: Tribune13 645 vue(s) A+ / A-

Depuis l’indépendance, l’Administration publique haïtienne était toujours composée de corrompus, corrupteurs, flatteurs, proxénètes et grands mangeurs. Nous avons en exemple, Baron de vastey qui a été la personnification de la corruption sous l’administration de Jean Jacques Dessalines. Ils (corrompus et corrupteurs) se permettent n’importe quoi parcequ’ils se prennent pour des dieux et s’approprient du trésor public. Donc, il est plus que normal pour eux de dilapider les deniers du trésor public, car voler l’État n’est pas voler. « Plimen poul pa kitel kriye », c’est-à-dire voler sans laisser de traces. Quand l’illégal devient légal et banal, impunité totale.

L’administration publique est le bras technique de l’État, c’est le lieu géométrique de l’élaboration des politiques publiques visant à offrir à tout citoyen un bonheur comme il est écrit dans l’acte de l’indépendance et dans le préambule de la Constitution de 1987. Spinoza dans sa réflexion sur l’État a dit que ce dernier doit garantir le bien-être de tous les citoyens. Mais, chez nous c’est toute autre chose, car il (l’État) travaille au détriment des pouilleux pour faire la part belle à une élite décérébrée et improductive.

Les corrompus sont dans toutes les sphères du pouvoir. Ils sont présidents de la République, chefs de cabinet de présidents de la République, ministres, parlementaires, directeurs généraux, etc. Ces voyous ne jurent que par la dilapidation des deniers publics. Ils font de l’administration le haut lieu de la prostitution et de la promiscuité. Cette situation traverse allègrement toute la période nationale, c’est ce que j’appelle l’effet circulaire de la politique haïtienne.

Haïti est le pays où le mal règne sur le bien, le vice sur la vertu. Il est aussi le pays où les corrompus sont toujours au-devant de la scène et s’érigent en donneurs de leçons. On se souvient du fameux procès de consolidation dans lequel plusieurs grands commis de l’État étaient accusés et condamnés dont Tancrède Auguste qui, par la suite, soit 20 mois après, allait devenir président de la République, dans l’oubli total. Nous souffrons d’une terrible perte de mémoire ! Justin Lherisson dans ses analyses sur le jeu malsain et les avatars de la politique haïtienne avait prononcé cette phrase: << Haïti est le pays où l’impossible est possible, le possible est impossible>> je pourrais même oser dire que la corruption domine la conscience collective, c’est ce que j’appelle le syndrome de la corruption dans l’imaginaire collectif haïtien.

On est au courant de toutes les exactions de nos chefs d’État et de leur enrichissement illicite. Chut! Silence total! Aucune poursuite judiciaire. Notre laxisme est déconcertant et ridicule. On s’en plaint tous les jours, mais on ne veut pas agir parce qu’on a peur de se faire tuer par le chef ou parce qu’on attend son tour pour faire pareil. La corruption est un poison qu’il faut nécessairement abattre pour le progrès du pays, car il n’y a pas d’autorité sans sanction. N’est-il pas nécessaire d’enclencher un nouveau procès de consolidation pour sanctionner les pilleurs de l’État et poser des balises pour éviter au pays de revivre ce sort biséculaire qui est l’une des principales causes de sa décrépitude. Il faut introduire la reddition de compte dans notre culture de peuple et faire du pays une société à sanction où corrompus et corrupteurs seront sévèrement sanctionnés pour les préjudices causés à l’État. On parviendra à ce que Paul Ricoeur appelle une juste mémoire.

Me. Atzer Alcindor, Av.

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