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Controverse autour du projet de la refondation d’Haïti de l’opposition radicale

Controverse autour du projet de la refondation d’Haïti de l’opposition radicale








L’analyse du projet de la refondation d’Haïti révèle l’existence des messages subliminaux glissés sournoisement dans le document pour rassurer la communauté internationale et les tenants du système que le procès petro caribe ne fait pas partie des priorités de l’opposition radicale. Elle indique clairement qu’elle est ouverte à des négociations politiques et diplomatiques pour un départ à l’étranger du président Jovenel Moise et qu’elle serait prête à gouverner dans la continuité. Un gage pour obtenir de l’international le plein contrôle du pouvoir exécutif au départ du président.

Entre le combat contre la corruption que mènent les groupes de pression et la lutte contre la violation des droits de la personne que privilégie la communauté internationale, une controverse est soulevée autour de la décision de ces champions de la lutte contre la corruption qui revendiquent l’exercice du pouvoir, mais qui délèguent le jugement des corrompus à un autre gouvernement pour se ranger du côté de l’international.

Un texte sans compromis de l’Analyste Jean Mones Pierre, citoyen engagé.



De toutes les composantes de la crise, il y a trois points sur lesquels il y a un consensus général : d’abord, réaliser le procès Petro Caribe pour lancer la lutte contre la corruption et redonner de l’espoir à la jeunesse haïtienne; ensuite, organiser un dialogue inter haïtien pour créer un environnement politique stable et dégager des voies et moyens pour sortir le pays de la pauvreté; enfin, changer le système pour offrir la même chance à tous.

I- Le procès petro caribe

L’un des éléments qui indiquent que le système est à bout de souffle est la corruption généralisée dans le pays et l’impunité. A la suite des révélations sur l’implication personnelle du président dans la dilapidation de l’argent du fond petro caribe, les groupes de pression tels les petrochallengers ont lancé un vaste mouvement de mobilisation pour exiger la démission, l’arrestation et le jugement du chef de l’état.

Mais, les groupes de pression n’ont pas la vocation de prendre le pouvoir. Ils prennent les revendications de la population, les ramènent aux politiques qui les intègrent dans leur agenda de négociation. Finalement, c’est à ces hommes de trouver un accord pour pacifier les différents groupes, en s’assurant de bien protéger les intérêts de l’état. Voici donc pourquoi, dans le contexte actuel, la clef pour savoir si le procès petro caribe aura lieu ou non se trouve dans le document de l’opposition radicale intitulé « alternative consensuelle pour la refondation d’Haïti », présenté à la nation le 21 juin 2019.

Il s’agit d’un document politique, destiné à la consommation internationale. Il contient des messages subliminaux adressés aux négociateurs sur la vraie position de ses rédacteurs pour un dénouement de la crise. Rédigé de façon précipitée pour répondre aux exigences de l’international, son contenu très ambigu a affaibli l’opposition radicale et l’éloigne de plus en plus de son objectif d’installer un gouvernement provisoire dans le pays.

Il est important de préciser que l’opposition radicale a très bien justifié sa proposition de sortie de crise, mais contrairement à l’exigence des groupes de pression le document n’a pas évoqué le jugement du président Jovenel Moise. De plus, après le départ du chef de l’état du pouvoir, il est prévu dans le pays l’instauration d’un gouvernement de transition qui durera presque trois ans. L’exercice du pouvoir, pendant cette période, est revendiqué par l’opposition radicale, mais elle a laissé la tache de l’organisation du procès petro caribe au gouvernement qui sortira des élections.

Or, le groupe a vu le jour dans la foulée de la mobilisation pour l’organisation du procès et de la récupération de l’argent du fond petro caribe. Il a embrassé l’ensemble des revendications des groupes de pression, notamment la démission, l’arrestation et le jugement du président. Partout dans les médias, il reprend ces mêmes requêtes. D’ailleurs, sa base idéologique est la lutte contre la corruption. Mais, en faisant des concessions sur ces deux points, à savoir le jugement du président et la réalisation du procès, non seulement il a trahi ses engagements, mais il a également remis en question le fondement de son existence. Des champions de la lutte contre la corruption qui revendiquent l’exercice du pouvoir, mais qui délèguent le jugement des corrompus à un autre gouvernement. Il y a lieu de soulever une controverse.

Le document de l’opposition radicale serait une manœuvre sournoise pour rassurer la communauté internationale et les tenants du système, en indiquant clairement qu’elle était ouverte à des négociations politiques et diplomatiques pour un départ à l’étranger et qu’elle serait prête à gouverner dans la continuité. Un gage pour obtenir de l’international le plein contrôle du pouvoir exécutif.

Par ailleurs, la décision de ce groupe politique de circonscrire ses revendications autour du palais présidentiel est une forme d’assurance pour les autres groupes d’intérêts, car la dilapidation du fond ne concerne pas uniquement le gouvernement haïtien. Il y a à grande échelle les implications des entreprises du secteur privé pour des contrats non exécutés ou mal exécutés ou encore des cas de surfacturation. Tout procès sérieux aura à suivre le parcours des quatre milliards de dollars du fond, ce qui permettra de faire la lumière sur le rôle des banques commerciales et institutions financières haïtiennes, des banques américaines et celles de l’union européenne, des ambassades vénézuéliennes et dominicaines dans ce gaspillage.

Pour faire ce combat, il faut une profonde conviction politique et une détermination à toute épreuve. Il faut aussi la capacité de comprendre les enjeux politiques et diplomatiques du procès; en clair, il faut beaucoup plus que de maigres déclarations à la presse et des actes de vandalisme pour s’attaquer véritablement à ce dossier. C’est donc en toute conscience que ce groupe a préféré éviter de se placer en conflit direct avec ces institutions et puissances politiques qui sont, on le sait tous, les tenants du système qu’il prétend vouloir changer.

Il y a encore un élément qui mérite une attention particulière dans le document. Il s’agit des engagements de l’opposition radicale à « réaliser des procès relatifs aux massacres de La Saline, de Carrefour-Feuilles et de tous les autres cas de violations de droits de l’homme ». Entre le combat contre la corruption que mènent les groupes de pression et la lutte contre la violation des droits de la personne que privilégie la communauté internationale, l’opposition radicale a tout simplement choisi son camp; et dans son choix, sa seule motivation est son intérêt pour le pouvoir.

Vu qu’elle sait que c’est l’international qui décide de la politique haïtienne, elle se range. Mais, en même temps, elle veut garder le pouvoir le plus longtemps que possible, car son engagement à juger les petits bandits vise un double objectif : d’abord, rassurer la communauté internationale qu’elle a bien compris ses préoccupations et qu’elle était prête à s’y conformer; ensuite, donner une sensation de justice à la population en faisant croire qu’elle était la seule et l’unique justicière du pays pour s’assurer de son support. Elle veut laisser filer volontairement les gros bandits pour plaire aux décideurs, avec l’espoir de pouvoir les utiliser dans un but électoral.

Entre les prises de positions publiques de l’opposition radicale et les messages glissés dans le document, il y a beaucoup de questionnements. Mais, on peut retenir que le procès petro caribe ne fait pas partie de ses priorités. Sa promesse d’un gouvernent transparent est un leurre, car elle n’a posé aucun geste concret qui démontre à l’opinion publique qu’elle était prête à faire la lumière sur l’argent reçu du fond petro caribe, sur des contrats douteux obtenus au profit des proches de ses membres. L’affaire de la location des chariots à l’aéroport, par exemple. En leur qualité de parlementaires, ces hommes ont à un moment où à un autre bénéficié de la largesse du pouvoir centrale. A date, il y a un seul parlementaire, le professeur Patrice Dumond, qui a eu le courage de retourner dans le trésor public l’argent qui lui a été donné indument. Un geste très courageux qui mérite d’être salué. Mais, ce parlementaire ne fait pas partie de ce groupe.

Selon le document, l’opposition radicale sera aux commandes lors des prochaines présidentielles. L’euphorie qui suivra le départ du président durera jusqu’aux élections, où le procès va être le plus gros enjeu politique de la campagne. Si elle se charge de l’organisation du procès pendant la période de transition elle ne pourra en tirer aucun avantage politique, d’autant qu’il est évident que la question du procès est un leurre. En revanche, si elle le laisse au prochain gouvernement elle pourra se vanter d’être la seule force politique capable de faire extrader Jovenel Moise et ses complices pour qu’ils puissent répondre de leurs crimes financiers. Donc, laisser partir les criminels en cravate répond à ses objectifs d’attiser encore plus le désir de justice de la population pour en tirer des bénéfices politiques dans le but de gagner les prochaines élections.

Mais, en politique comme en affaires il y a toujours un rapport entre l’offre et la demande. Quand on fait le choix d’être du côté des extrêmes, au point de se faire appeler l’opposition radicale, il y a très peu de chance qu’on puisse se faire entendre au-delà de nos frontières, surtout dans un contexte de conflit régional où la position des alliés peut faire une grande différence. Dans le monde d’aujourd’hui, il n’y a pas d’offres pour les extrémistes : soit l’opposition radicale prend le pouvoir par la force soit qu’elle change de stratégie.

II- Le dialogue Inter Haïtien

Une conférence nationale deviendrait la seule solution au changement du système. Au point où on en est, on aurait besoin de consulter la population et d’avoir son adhésion pour mettre en place un projet pour « la refondation d’Haïti », comme le précise le document de l’opposition radicale. Ce thème apparu récemment dans le paysage politique haïtien rassemble l’ensemble des objectifs politiques, économiques et sociaux de ce groupe politique. Mais, le propre du discours politique est d’être clair et intelligible, parce qu’il s’adresse à un large public et que son but est de convaincre. En utilisant le terme refondation d’Haïti dans sa proposition de sortie de crise, l’opposition radicale a choisi délibérément d’alimenter le flou, car ce concept à définition multiple ne se réfère à aucun modèle connu. Sa portée historique et son contenu sociologique relèvent des arts divinatoires.

Toutefois, il y a un point qui mérite d’être éclairci. Il y a une interférence entre refondation d’Haïti et refondation de l’état. D’une manière générale, la notion de l’état fait référence aux institutions républicaines dans leur dimension administrative et juridique, tandis qu’un pays désigne un espace géographique habité, avec des frontières physiques. On peut prendre en exemple l’état du Vatican qui se trouve dans un pays qu’on appelle Italie. Donc, si un pays est forcément un état, un état n’est pas forcément un pays. L’état d’Haïti est l’émanation politique du pays d’Haïti. De toute façon, il n’appartient qu’à l’opposition radicale d’expliciter son discours, mais partant du principe qu’Haïti est un pays, refonder Haïti se réfère à une recomposition de ses habitants et une redéfinition de ses frontières physiques.

Cela dit, la volonté de refonder Haïti, même si elle implique également une refondation de l’état, nous renvoie à la question des couleurs, du peuple d’en haut et celui du contrebas que certains éléments de la mouvance lavalas tentent sans succès de propulser dans le débat politique depuis le coup d’état perpétré contre le président Jean Bertrand Aristide en 1991. D’ailleurs, revenu au pouvoir en 2001 après une longue bataille électorale, il a été vite accusé de nouveau de raviver les tensions sociales et raciales. Craignant pour sa survie, la bourgeoisie haïtienne dans toutes ses composantes était pour la première fois dans la rue au côté du peuple des bidonvilles à manifester pour exiger le départ du président et proposer un nouveau contrat social. Mais, ce nouveau contrat social était enterré avant même qu’il avait été élaboré.

Il est indéniable que nos élites sont très habiles dans le jeu de la manipulation de la foule, de l’utilisation des leurres comme projet politique pour récupérer tout mouvement qui remet en question l’ordre établi. En 2004, la bourgeoisie haïtienne avait proposé un nouveau contrat social pour gagner la sympathie de la population dans sa lutte pour sa survie. Quinze ans plus tard, les élites politiques et elle proposent un changement de système, un faux-fuyant pour calmer les ardeurs et se protéger du déferlement de la population qui exige de meilleures conditions de vie.

Contrairement à une promesse qui est un engagement qui fait espérer, un stratagème est une ruse qu’on utilise pour tromper ses ennemis. Il est évident qu’en considérant la population comme leur ennemi, les élites économiques et politiques du pays se posent en véritable obstacle à son désir de changement et a sa quête de justice sociale. C’est dans ce contexte que la proposition de l’opposition radicale de refonder Haïti apparait comme un projet porteur d’espoir. Pourtant, il ne s’agit qu’une mutation dans le marché de dupes, qui doit constamment se renouveler pour avoir le contrôle du pouvoir politique.

Il faut toutefois retenir que le terme refondation de l’état a été popularisé à la fin des années 1970 par une école de pensée américaine dénommée ‘’public choice’’. Dans un plan pour refonder l’état, elle a préconisé une utilisation accrue des institutions financières internationales comme la banque mondiale et le fond monétaire internationale pour forcer les «pays pauvres» à reformer leurs systèmes économiques et financiers en libéralisant leur marché et en cédant aux opérateurs du secteur privé la gestion des entreprises publiques. Mais, l’agressivité de ces programmes d’ajustement structurel mis en œuvre dans les années 1980, a fait accentuer les écarts et créé partout des tensions sociales. Les sociétés ont vu bondir la pauvreté à un niveau infrahumaine.

D’ailleurs, Haïti n’en était pas épargné. L’application de ces programmes a totalement anéanti notre production nationale. En trente ans, nous sommes devenus un état importateur et une nation de consommateurs. Nous ne produisons presque plus rien, et nos usines de transformation de ciment, de sucre, d’alcool, de farine, de pâtes alimentaires, de lait, d’aciers, de riz, ont été toutes reconverties en entrepôts ou en centres de distribution, si elles n’étaient pas totalement fermées. Ces choix nous ont conduits à une catastrophe économique et environnementale. Or, la mise en œuvre et l’application de ces programmes d’ajustement structurel n’avaient pas donné lieu à d’intenses débats de société ni de réforme constitutionnelle. L’idée d’une conférence nationale et d’une nouvelle constitution pour changer le système relève de l’échec de la pensée politique et de l’incapacité de nos politiciens à agir.

Si on veut régler le problème de la pauvreté et de la corruption, il faut les attaquer à la source. On peut prendre en exemple la fonction publique et le parlement. Dans leur forme actuelle, ils sont la garante de la corruption et de la sinécure. Or, l’expérience de l’inspection générale de la police nationale d’Haïti pourrait être un bon modèle pour mettre en place un code d’éthique et une instance de surveillance pour les parlementaires et les cadres de la fonction publique.

D’un autre côté, dans l’état actuel de nos finances nous n’avons pas vraiment la capacité d’embaucher les grandes firmes internationales pour aborder valablement le problème de la dilapidation du fond petro caribe et pour suivre le parcours de l’argent. Il faut solliciter le support des organismes internationaux de lutte contre la corruption pour nous accompagner dans nos démarches et aussi pour nous assurer une visibilité médiatique sur le plan international, indispensable à cette bataille qui s’annonce longue, difficile et couteuse.

Il n’y a aucun sacrifice qui est au trop grand pour son pays, dit-on. Aujourd’hui, l’état doit entretenir un parc automobile de plusieurs milliers de véhicules, distribuer des coupons de carburant, des cartes d’appel téléphonique, disposer de petites caisses partout dans les entreprises autonomes et des ministères. Nous ne pouvons pas continuer à mettre à la disposition de chaque parlementaire, chaque assistant et chef de service, chaque inspecteur et commissaire de police un véhicule. Tous les véhicules de fonction doivent être bannis. En revanche, l’état doit pouvoir garantir un crédit à ces fonctionnaires et cadres politiques pour l’achat de leur propre véhicule. Il doit également s’assurer que les véhicules de service soient utilisés uniquement à cette fin. Abolir ce parc et tous ces privilèges qui ne font qu’encourager la corruption nous permettra d’utiliser cet argent à monter une banque de crédit pour les petites entreprises de fabrication ou de production de produits locaux.

Il faut poser le problème de l’éducation, de la santé et de la sanitation, de l’environnement et de la sécurité sociale, du transport public et de la sécurité des vies et des biens, mais surtout de nos infrastructures routières. Le pays a des problèmes d’électricité, et les paysans doivent compter sur la pluie pour planter. La monnaie nationale ne vaut plus rien, parce que nous devons entre autres importer des produits alimentaires pour nourrir une population d’à peu près dix millions d’habitants. Entre le soleil pour des panneaux et le vent pour des éoliens, il faut écouter nos différents experts. Mais, des parcs éoliens dans nos plaines et montagnes signifient de l’eau, de l’électricité et une autosuffisance alimentaire. Nous avons tant besoin de passer du seuil de la misère à la pauvreté, pour enfin lancer le pays sous la voie du développement.

L’état doit prendre des mesures incitatives pour relancer la production nationale. Il faut absolument développer d’autres filières de production de produits locaux pour créer de nouvelles richesses. La bourgeoisie haïtienne doit investir dans la création de grandes universités nationales, des écoles de formations techniques et technologiques pour assurer notre compétitivité régionale, quitte à ce qu’on recourt à des lois fiscales contraignantes. Il est nécessaire dans un effort national de demander aux grosses fortunes du pays de contribuer, à travers une taxe au développement, à la mise en place d’une banque de crédit et de développement dont le capital égalerait l’ensemble du secteur bancaire et financier haïtien. Les classes moyennes doivent faire un effort supplémentaire pour donner un petit plus à l’état sur leur revenu annuel.

On ne demande pas à une classe son autorisation pour la taxer, on justifie les mesures par une rigueur dans la gestion des deniers publics et par la nécessité de refonder l’état. Nous pourchasserons tous ceux qui se sont impliqués de près ou de loin dans le gaspillage du fond petro caribe, mais parallèlement il faut rebâtir l’économie nationale.

Une conférence nationale est une perte de temps et d’argent que nous n’avons même pas. Il y a déjà eu suffisamment de travaux qui ont été réalisés, et ils pointent tous dans une même direction : la corruption, l’impunité et l’inaction. Il est maintenant temps de mettre en œuvre une politique de lutte contre la corruption. Il faut prendre des mesures pour faire fonctionner la justice et se débarrasser des éléments qui corrompent le système. Arrêtons de tourner en rond. Nous avons besoin de quelqu’un pour réorienter la politique de l’état, en fonction de nos priorités et du besoin de la population. Le pays a besoin d’un leadership éclairé et responsable pour accompagner la population dans ses multiples revendications, mais non d’une conférence nationale et d’une nouvelle constitution.

III- Le changement du système

Notre modèle politique, basé sur le suffrage universel est la plus parfaite expression de cette conférence nationale prônée pour changer le système. Il établit les règles de participation de chacun et de tous dans le débat politique. Il établit également des règles du renvoi ou du renouvellement de nos dirigeants politiques, sous la base de leur performance ou de la pertinence de leur projet politique et économique. En fait, par le biais d’une consultation le peuple place dans les plus hautes fonctions de l’état des hommes et des femmes qui incarnent justement, à travers de grands projets de société, ce grand changement désiré et attendu.

Mais, il faut voir le changement de système que prône l’opposition radicale dans une perspective de la refondation d’Haïti. L’objectif serait alors de mettre en place une bourgeoisie nationale et de redéfinir les interactions entre nos élites politiques et économiques, c’est-à-dire d’établir un cadre de définition des rapports que doivent entretenir les différentes classes sociales du pays : la bourgeoisie, les classes moyennes et la classe des ouvriers, agriculteurs et petits marchands. Présentement, elles sont imbriquées autour de l’idée que chaque classe à son territoire et son domaine d’influence. La bourgeoisie haïtienne contrôle l’économie nationale à travers ses différentes activités économiques et financières; les classes moyennes occupent l’appareil politique et idéologique de la société, mais elles seraient au service de l’élite économique; quant à la classe des ouvriers et des petits marchants, elle est composée des consommateurs et des paysans qui s’adonnent à la culture vivrière.

Vue que la bourgeoisie haïtienne dans sa grande majorité est composée de mulâtres et d’haïtiens d’origine arabe qui vivent reclus au sud de Port-au-Prince, les classes moyennes et la classe des ouvriers, d’agriculteurs et de petits marchands sont issues de petits fils d’esclaves noirs venus d’Afrique, l’opposition radicale est d’avis que l’alliance entre la bourgeoisie et les classes moyennes serait contre nature et pense qu’elle serait la principale cause de nos problèmes sociaux. Elle veut renverser l’ordre établi en créant une bourgeoisie nationale, d’où la refondation d’Haïti.

« Déguiser sous des mots bien choisis les théories les plus absurdes, suffit souvent à les faire accepter », a écrit Gustave Lebon dans les incertitudes de l’heure présente. Le changement de système et la refondation d’Haïti ne constituent que ces théories absurdes qui font embraser la société. Mais, l’espoir qu’elles font nourrir et notre indifférence a la misère de la population peuvent les transformer en vérité incontestable. Ils peuvent nous placer dans des situations qui nous obligent à mieux regarder notre rôle en tant qu’acteur économique et social, car on ne remplit pas des ventres creux d’espoir.

Aujourd’hui, au lieu de s’attaquer à la mauvaise complicité qu’il y a dans cette alliance entre la bourgeoisie et les classes moyennes, l’opposition radicale se trouve un bouc émissaire, le diabolise pour mieux masquer sa responsabilité dans cette crise nationale de valeurs. Cette tactique aussi vieille que la république d’Haïti est aujourd’hui dépassée et doit être au centre de nos préoccupations, car c’est toujours la faute de l’autre. Personne n’est responsable de cette situation dans laquelle est plongée le pays.

L’échec de nos élites ne doit pas anéantir l’espoir de la population. L’histoire nous a appris que nous sommes capables de bâtir des sentiers même lorsque les obstacles paraissent insurmontables. Nous avons en nous cette capacité, au-delà de nos différences d’origine, de classe, de couleur, de nous unir autour d’un idéal commun. Le temps nous interpelle aujourd’hui à cette grande unité nationale, car chaque jour qui passe voit assombrir notre avenir et surtout la souveraineté de notre nation.

Il est vraiment temps de voir émerger de nouveaux hommes politiques pour nous débarrasser de ces politiciens générateurs de crises. En trente ans de vie politique, ils n’ont rien proposé à la nation pour changer les conditions de vie dans le pays. Des vieux dinosaures aux jeunes loups, ils n’ont aucun projet pour transformer la société, aucune vision pour redéfinir le rôle et la mission de l’état. En quoi ces politiciens sont-ils si différents des uns des autres pour qu’ils ne puissent se diviser en deux groupes pour créer deux vrais partis politiques, dignes de ce nom? Il n’y a, à nos jours, aucun parti politique qui a pu exposer de façon claire sa vision d’Haïti et la manière dont il compte s’y prendre pour transformer la société.

Ces politiciens ne produisent aucune œuvre, ne proposent aucune réflexion sur les différents problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui et les défis qui nous attendent demain. La seule qualité qu’on puisse leur reconnaitre est qu’ils sont de bons groupes de pression. Or, comme nous l’avons mentionné plus haut, les groupes de pression n’ont pas la vocation de prendre le pouvoir. Présentement, le rôle des chefs de partis se limite à accompagner la population dans ses différents mouvements de revendication et à intercéder auprès de la communauté internationale qui décide de la politique à appliquer dans le pays et du choix des hommes à l’exécuter.

Il incombe donc aux éléments progressistes de la bourgeoisie haïtienne et des classes moyennes d’élaborer un projet de société, de bâtir des alliances politiques autour d’un leadership responsable pour reprendre le contrôle du pays et restaurer l’autorité décisionnelle des haïtiens sur la politique haïtienne. Nous avons besoin d’un homme ou d’une femme qui est dotée d’une vraie conscience patriotique et qui soit capable de faire comprendre à nos élites qu’elles représentent elles-mêmes une menace pour leur propre existence. Nous avons besoin d’un homme ou d’une femme qui a une vision et qui soit capable de vendre cette vision à ses compatriotes. Si nous voulons être les seuls maitres de nos politiques intérieures, il faut justement refonder l’état, mais on ne le fera pas en continuant à nous entredéchirer, à vouloir tous et chacun s’emparer du palais de la honte nationale.

Nous avons tous besoin de nous engager dans un effort national et collectif. L’un des économistes haïtiens les plus en vogue de nos jours, Fritz Alphonse Jean, a écrit à la quatrième couverture de son dernier livre, Haïti, la fin d’une histoire économique, que : « aujourd’hui, cet état ne peut répondre aux besoins de ses citoyens, ne peut reproduire ses institutions, ne peut même pas sévir contre les citoyens délinquants. Nous assistons à la fin d’une ère économique...» Nous avons besoin d’une refondation de l’état, mais non d’une refondation d’Haïti.

Jean Mones Pierre
Citoyen engagé
Le 16 juillet 2019



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