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Les causes de l’échec du Régime Tet Kale II

Les causes de l’échec du Régime Tet Kale II








Si personne ne peut faire porter le fardeau de la faillite de l’État haïtien au régime Tet Kale, ce dernier est malheureusement coupable de n’avoir rien fait pour stopper celle-ci. Pourtant, ce régime a bénéficié et continue encore de bénéficier d’un contexte institutionnel, politique et diplomatique très favorable : Majorité dans les deux chambres, expérience de la gestion publique, personnel politique issu du mouvement Tet kale, opposition en panne d’inspiration, complaisance diplomatique, etc. Pourquoi, malgré tous ces atouts, le régime n’a pu faire mieux que les précédents? Qu’est-ce qui explique cette incapacité des Tet kale à poser des actions concrètes pour améliorer les conditions de vie des plus vulnérables ? Dans cette conjoncture de confusion mettant aux prises une opposition constituée de leaders recyclés de notre système politico- économique, générateurs de misère et de corruption, et un régime tenant absolument à garder le pouvoir malgré l’échec irréversible et évident de sa gestion de la chose publique, il est temps de diagnostiquer les causes d’une telle catastrophe politique et d’en tirer les leçons nécessaires pour le futur .

Un régime illégitimité dès sa genèse

Jovenel Moise a été élu président par moins de 512 mille (par exactement 511,992) voix sur une population électorale de 6 millions, donc par 8.55% des citoyens haïtiens. Sans questionner la validité des votes exprimés et de l’impact du clientélisme politique institué à travers des programmes bidon comme Ti manman cheri, Kore etidyan ou katye pa m poze en autres, on comprend que, dès le début, Jovenel Moise n’a pas eu de base populaire réelle. Cet handicap, le président l’a très bien compris même s’il se targue d’avoir été choisi par la voix du peuple, donc par Dieu comme il aime le répéter si souvent. D’ailleurs, il n’a jamais cessé d’être en campagne vraiment. Mais ses actions sur le terrain et sa communication politique n’ont pas réellement renforcé sa cote de popularité, dans les grandes villes notamment. Depuis deux ans, on observe un président de plus en plus impopulaire. Un président qui se cherche en tâtonnant. Un régime dont le manque à gagner pétrolier, la hausse du taux de change, la faillite totale du système productif et de l’appareil bureaucratique ont fini par saper la fragile base populaire sur laquelle il était assis. Étant incapable d’améliorer le quotidien des Haïtiens et ne pouvant plus s’acheter de sympathie, le régime Tet Kale II n’est pas arrivé à se défaire de son illégitimité génétique.

Mensonge, arrogance et division

Illégitime et incapable de produire du résultat, Jovenel Moise n’a pourtant jamais fait preuve d’abnégation et de mea culpa .Le Neg bannann a largement recouru aux mensonges pour se faire élire. Mais, il a eu tort de croire que mentir, diaboliser ses opposants journellement était la recette qui allait le dédouaner de ses responsabilités de chef d’État. Alors qu’il fallait tout faire pour sceller l’union entre les forces vives de la nation autour d’un projet légitime de refondation, le Président passe la majeure partie de son temps à accuser la frange de la bourgeoisie commerçante qui n’a pas financé sa campagne ou les anciens collaborateurs du régime ayant rejoint la fragile opposition comme responsable de son inaction et son manque de leadership . S’entourant d’un tas de politiciens de la vieille école et de conseillers arrogants comme le fameux docteur-sénateur-directeur général- chroniqueur sportif, le régime a refusé pendant longtemps de regarder la réalité en face et de diagnostiquer ses forces et faiblesses. Souvent revigoré par sa majorité parlementaire concoctée à coup de petits projets de la présidence à des fins électoralistes, Jovenel a cru pendant longtemps que tous les indicateurs étaient au vert et ceci malgré une inflation de près de 18 % et la gourde qui n’a pas cessé sa dégringolade face aux autres devises. En faisant fi de la détérioration des conditions de vie de la population, en faisant passer ses opposants comme coupables de ses manquements et de son manque de vision et en mentant obstinément, le président s’est avili. Le régime en paie les conséquences. Il a fini par renforcer ceux-là qu’il entendait diaboliser et éjecter de la scène politique pour les 30 prochaines années comme l’a promis l’ancien premier ministre Lafontant. Ainsi, en faisant du mensonge, de l’arrogance et de la diabolisation de ses opposants le ciment de sa stratégie de communication politique, Jovenel a fini par être l’artisan de son propre échec. Et malheureusement, de la faillite de tout un peuple.

Pourfendeur de l’administration publique

“Le président a parlé. Point barre. Ce slogan lancé au début de la prise de fonction du président aux Cayes a fait l’objet de nombreuses critiques. Mais, en tenant pareil discours le président nous a avertis sur son trait de caractère : Un homme autoritaire, un je sais tout qui doit absolument avoir le dernier mot. Il n’a plus répété cette formule depuis des lustres dira-t-on. Mais, sa pratique du pouvoir et sa relation avec les institutions étatiques démontrent toute l’ampleur de son autoritarisme. La caravane du changement instituée et conservée, malgré les critiques et les constats d’échec dans la Vallée de l’Artibonite est la preuve la plus flagrante du trait de caractère autoritaire du président. Imaginez que deux ans après l’inauguration de cette fameuse ”stratégie”, seule Jovenel Moise peut en dresser le bilan, nous parler de son budget, de son plan d’action ou choisir la prochaine commune à être bénéficiaire. On est très loin de la transparence budgétaire, des principes de redevance et de reddition de compte. Bref, très loin de l’État de droit démocratique .D’ailleurs, ceux-là mêmes qui ont été choisis pour exiger de la transparence au nom du peuple, bénéficient aussi de leur petite caravane électoraliste, de leur petit projet de la présidence. Le législative et l’exécutif sont donc confondus, au nom de la politique antiblocage parlementaire nous dira le PHTEKISTE. Jovenel Moise et sa majorité parlementaire ont déstructuré à des fins électoralistes l’administration publique alors qu’il fallait la renforcer. Ils ont eu tort .Cela n’a pas contribué à élargir leur cote de popularité et ils se sont mis à dos la couche saine et engagée de la société haïtienne.

Manque de vision et d’ambition

Au début du mandat de Jovenel Moise, je me suis dit qu’un président si impopulaire et venant de la masse populaire doit faire un coup d’État contre l’Establishment pour s’imposer. Par coup d’État, j’entends une action d’éclat. Des réalisations extraordinaires. Des chemins de fer. Des hôpitaux. Des infrastructures routières .Des travaux de grande envergure. De vrais jardins de banane pour satisfaire la demande domestique, par exemple. J’ai eu tort : le régime Tet kale II a préféré recourir aux financements monétaires pour financer sa caravane d’échec. Le système productif est resté désuet. On importe davantage pour nourrir nos 11 millions de bouches. Le taux de change avoisine les 95 gourdes pour un dollar et le taux d’inflation s’approche des 20%. Le manque de vision de Jovenel et de ses acolytes a causé le malheur de notre nation.

Cette courte radiographie du régime Tet kaleII démontre que le mal du régime se trouve dans sa genèse et dans sa pratique du pouvoir. Jovenel Moise n’a pas pu se défaire de son caractère autoritaire ni de ses partisans zélés pour trouver le compromis nécessaire à un renouveau de l’État d’ Haïti. Il aurait pu le faire malgré son avènement illégitime au pouvoir. Je ne dis pas qu’il est trop tard pour une remise en question et un changement de cap. Mais ça va être difficile, vu l’ampleur des dégâts et le manque de marge de manœuvre auquel fait face le régime. Le constat est alarmant : Jovenel Moise a lamentablement échoué et a précipité avec lui tout un pays dans le chaos.

Cédanor JULIEN
Citoyen haïtien engagé



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