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Une noire à l’Élysée

Une noire à l’Élysée








D’origine sénégalaise, Sibeth Ndiaye (39 ans) est le bras droit du président français Emmanuel Macron. Porte-parole du gouvernement depuis mars 2019, elle est décrite par une consœur allemande comme « la meilleure moitié » du chef de l’État.

Sibeth Ndiaye est connue pour son style coloré. Lors de son investiture dans son nouveau poste, elle a choqué certains conservateurs coincés lorsqu’elle s’est présentée avec une robe colorée à fleurs et une coiffure afro un peu en désordre. Celle qui a obtenu la citoyenneté française il y a seulement trois ans, est l’une des confidentes les plus proches de Macron. Depuis trois mois, elle est chargée d’expliquer la politique de son gouvernement aux Français.

Dans un saisissant portrait, Britta Sandberg du « Spiegel » (1) dévoile que Ndiaye échange presque quotidiennement des nouvelles avec Macron via son smartphone et les supprime tout de suite après, « Pure précaution ». En privé, elle tutoie le chef de l’État. Elle serait l’une des rares personnes qui osent dire au Président ce qu’elle pense vraiment, c’est tout au moins ce que rapportent les employés de l’Élysée.

Ndiaye connaît Macron depuis son mandat de ministre de l’Économie à l’Élysée. À l’époque, elle était sa conseillère en communication. Fin mars, le président lui a confié le poste de porte-parole du gouvernement. « Un poste très exposé en France ». Sa nomination est considérée comme faisant partie de l’acte II du mandat de Macron, fréquemment cité de nos jours. « Le président veut un nouveau départ, commente Sandberg, la crise sociale des derniers mois [Gilets Jaunes], qu’il aimerait enfin laisser derrière lui. »

Sibeth Ndiaye est censée être, comme l’a écrit le Guardian, le « nouveau visage humain » de la politique française. À la fois proche et directe. Politiquement, elle est plus à gauche. Autrefois elle était membre du syndicat d’étudiants de gauche, l’Unef. Néanmoins, elle ne verrait « aucun problème » à collaborer avec le Premier ministre conservateur, Édouard Philippe.

Pour Sandberg, la nomination de cette Française d’origine africaine, est un signal politique. « Ndiaye est l’antithèse de tout ce que le parti de droite populiste “Rassemblement national” de Marine Le Pen propage : une femme noire assise au premier rang de l’Assemblée nationale, vêtue d’une coiffure afro et parlant pour la France. »

On apprend aussi que la porte-parole de Macron a vécu dans la banlieue de Saint-Denis, au nord de Paris, région connue pour son très grand nombre de migrants et de logements sociaux. « De par sa propre expérience, elle sait à quel point on peut être stigmatisé lorsqu’on indique le code postal 93 (2) comme faisant partie de son adresse personnelle. » Selon l’auteure du portrait, pour un président à qui on reproche constamment d’appartenir à une élite hautaine, Ndiaye peut être une actrice extérieure utile. Cependant, elle n’est pas vraiment issue des franges précarisées des classes populaires. Son père était un homme politique et sa mère, présidente du Conseil constitutionnel du Sénégal. Elle a écrit il y a quelques semaines sur Twitter qu’elle sait ce que c’est de « passer des heures à faire la queue pour renouveler son permis de séjour et pour se faire dire que c’est fini pour aujourd’hui ». Elle estime qu’on ne doit pas traiter ainsi les immigrants et que c’est humiliant.

Elle a connu le racisme

Quand on lui a offert le poste de porte-parole, elle était « réticente », confie Ddiaye à la consœur. Elle est la collaboratrice de Macron depuis cinq ans. Elle le voit presque tous les jours, pendant un temps assez long. De plus, elle a trois petits enfants à la maison. Finalement, elle a accepté. « Le président peut être très convaincant quand il veut quelque chose. » Il y a aussi le fait qu’elle souhaitait « rendre à ce pays ce qu’il [lui] a donné ».

Sandberg évoque un épisode de 2015 qui, selon elle, « en dit long » sur sa relation de Ndiaye avec le président français. Une histoire de racisme. Macron était encore ministre de l’Économie à cette époque. Elle l’accompagnait à tous les rendez-vous, y compris à un salon aéronautique à Paris. Cependant, à chaque nouveau stand, des agents de sécurité l’ont empêchée de suivre l’équipe ministérielle, « car ils ne pouvaient pas imaginer qu’une personne de race noire puisse en faire partie ». À un moment donné, Ndiaye s’est assise par terre, en pleurant. Lorsque Macron a appris ce qui s’était passé, il a tenu sa main pendant très longtemps. « Ndiaye dit que c’est différent d’entendre parler de racisme ou d’en faire directement l’expérience. Depuis ce jour, il existe un lien spécial entre eux. »

La suite est connue. Plus tard, elle a fait partie de son équipe de campagne aux côtés de très jeunes hommes bon chic bon genre. Comme elle n’écrivait pas de discours, et accompagnait le candidat Macron à tous ses rendez-vous et l’a maquillé avant une apparition à la télévision, pendant longtemps beaucoup ne voyaient en elle qu’une simple assistante. « Sauf le futur président. »

Après la victoire électorale de mai 2017, l’équipe de campagne a rejoint l’Élysée. Désormais, Ndiaye était responsable de communication pour le président. Ce travail consiste notamment à maintenir le président à l’écart des journalistes qu’il n’aime pas. Elle serait « très bonne » dans ce boulot. « Une soldate fidèle ». Elle ferait presque n’importe quoi pour le président, disent certains.

Une troupe homogène conseille Macron. Âgés tous entre 30 et 40 ans, ces jeunes ont fait les écoles d’élite de la République et ils ont une même vision de leur pays. Selon la reporteure, il leur manque cependant une expérience de député, de maire et des instincts politiques qui ne se forment que dans la pratique. On leur a souvent reproché ce manque d’ancrage.

Le Macron post Gilets Jaunes

Pour ce qui est des erreurs commises au cours de ces deux premières années, Ndiaye cite l’impôt sur la fortune. « Nous avons probablement sous-estimé l’importance symbolique de l’impôt sur la fortune. Nous avions déjà annoncé lors de la campagne électorale que cet impôt serait modifié pour stimuler l’investissement. Ceci a été ressenti comme un cadeau pour les riches et on a accolé à Macron l’étiquette de “'Président des riches”'. Dans le même temps, nous avons réduit le nombre d’élèves par classes dans les quartiers à problèmes. »

Reconnaissant ses erreurs, le président aurait, depuis, fait amende honorable. À preuve, les nombreux voyages que Macron a entrepris pendant un mois sur les routes les plus reculées de France pour comprendre le souci de ses compatriotes. Pendant le « Grand Débat » (3), il a passé des heures à « discuter de maternités fermées, de périphériques inachevées et de bus scolaires manquants ». « Jamais auparavant, constate la journaliste, un président français ne s’était plongé aussi profondément et passionnément dans les bas-fonds de la politique locale. C’était comme un acte de pénitence après les mesures imprudentes et le manque de réflexe politique qui exacerbaient la colère refoulée de la classe moyenne aux revenus modestes pendant des années. »

Ndiaye lui a confié que ces rencontres avec les Français auraient changé Macron. C’est pour cela que l’on pense que la deuxième partie de son mandat sera différente. Le président qui avait promis de transformer son pays, se serait vu lui-même transformé. Il l’a d’ailleurs dit dans un discours en avril dernier. Il se serait beaucoup rapproché de la vie des Français et aurait compris de première main ce qui leur arrive.

Après les réformes économiques des deux premières années, il souhaite poursuivre son cours de modernisation, mais aussi signaler avec les réformes sociales qu’il a bien écouté ses compatriotes et compris. « Les gens se sentent gouvernés par des élites à Paris qui ignorent leurs problèmes », a déclaré Ndiaye. La relation entre le gouvernement et les citoyens doit donc être différente. Comment faire ça ?

Un programme destiné à briser la structure centralisatrice française est prévu. Par exemple, les maires devraient être en mesure de prendre davantage de décisions, mais aussi d’en assumer les conséquences. Paris veut abandonner du pouvoir, mais ne veut plus être responsable de tout ce qui cloche. Différents services publics seront établis à la campagne et aux abords de petites villes. « L’État veut se frayer un chemin vers ses citoyens ». Macron a récemment promis aux Français « plus d’humanité » et « plus de proximité ».

Huguette Hérard



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