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Face à la banalisation des droits humains, il faut l’implication de tous, préconise Cherlie Rivage

Face à la banalisation des droits humains, il faut l’implication de tous, préconise Cherlie Rivage








Le National a rencontré Mme Cherlie RIVAGE en prélude à sa participation à la 50e cours d’été de l’Institut des Droits de l’Homme (IDH) dans la ville de Strasbourg autour du thème Droit international des droits de l’homme et humanitaires.

Le National : Bonjour Mme Cherlie Rivage. Merci de nous accorder cet entretien. Si vous devez vous présenter pour les lecteurs. Que diriez-vous pour l’essentiel ?

Cherlie Rivage : Animatrice sociale. Secrétaire générale du cercle d’Études haïtiennes en Linguistique appliquée (CEHLA) et représentante de l’association INSCRIRE en Haïti.

L.N. : Vous avez été sélectionnée pour représenter Haïti à la 50e cours d’été de l’Institut des Droits de l’Homme (IDH). Dans quelle perspective ?

C.R. : Je participe, aux côtés d’autres jeunes haïtiens au 50e cours d’été de l’Institut des Droits de l’Homme (IDH) à Strasbourg dans le cadre de suivi d’une série d’échanges autour du Droit international des droits de l’Homme lancé en décembre dernier à l’initiative de l’ambassade de France en Haïti, l’Union européenne et de la société civile. En Haïti, il est un fait que les droits de l’homme, à tout niveau, sont constamment menacés. Ainsi, ma participation à cet événement tient-elle lieu à ce constat en vue de porter une parole intelligente, capable de changer les perspectives et stimuler l’engagement citoyen, notamment, à travers une structure dynamique qui est l’association INSCRIRE.

L.N. : Vous participez actuellement au programme de formation annuelle de l’Institut des Droits de l’Homme. Sur quoi se portent ces séances de travail et quelles sont vos attentes ?

C.R. : Pour cette année, les séances de cours s’articulent autour du Droit international des Droits de l’Homme et humanitaires avec un brin de focus sur le système interaméricain des droits de l’homme. Mes attentes par rapport à ce cours ont été préalablement motivées. En tant que représentante de l’Association INSCRIRE, je suis chargée d’animer des ateliers d’introduction à la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) à l’encontre de jeunes écoliers entre 14 et 19 ans. Ainsi, l’expression de mes attentes est, sur le plan académique, une consolidation de mes connaissances et mon savoir-faire en matière de droits Humains.

Le National : Il y a quelques années, INSCRIRE a initié 140 adolescents (garçons et filles) à la déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen à l’invitation de la FOKAL à Martissant, y a-t-il une limitation d’action dans vos interventions ?

C.R. : L’association INSCRIRE (www.inscrire.com) est une association française sans but lucratif, fondée par l’architecte et urbaniste Françoise Schein. Celle-ci ayant pour but la conception, la création et l’animation d’œuvres et d’évènements en référence aux Droits de l’Homme et aux cultures sous toutes leurs formes (expositions, architecture, art public, publications produits dérivés et programmes éducatifs, etc.). En 2017, elle a été invitée par la FOKAL à créer une fresque murale sur les droits humains à Martissant, suite à la réussite de ce grand projet, l’association INSCRIRE-France a tenu à poursuivre son travail d’enseignement des droits humains en Haïti en continuant peu à peu avec d’autres écoles Port-au-Princienne. À cet effet, Gerry Sterling et moi avons été contactés par Françoise Schein pour représenter INSCRIRE en Haïti puisqu’on a collaboré ensemble sur le projet à Martissant. Ce qui donnera naissance, par la suite, à la réalisation d’une fresque murale sur les droits humains avec 100 jeunes au Lycée Alexandre Pétion en juin 2018, notamment, avec l’appui logistique et administratif du centre d’Art.

Ainsi, pour arriver à la question de limitation d’actions dans nos interventions, nous travaillons selon un modèle-cadre des interventions d’INSCRIRE-France basé sur l’éducation aux droits humains par l’art. Néanmoins, INSCRIRE développe ses opérations à travers toutes actions engagées en France ou ailleurs via des équipes locales dans plusieurs pays : Haïti, Brésil, El Salvador, Belgique. Notons que cette année, l’équipe d’Haïti a créé un partenariat formel avec Karine Jadotte Bouchereau, architecte-urbaniste et professeure de l’UEH et l’École nationale des Arts (l’ENARTS) afin de dynamiser nos efforts pour un réseau plus structurant.

L.N. : Durant les douze derniers mois, certains quartiers de la région métropolitaine ont été victimes de massacres (La Saline, Carrefour-feuilles et cité de Dieu), quelle est la position de INSCRIRE face à cette violation flagrante du droit à la vie de victimes ?

C.R. : Ces actes ignobles nous laissent entrevoir la faiblesse de l’État à assurer la pleine protection du droit à la vie. Par là même, je vais me référer à l’article 19 section A, relatif au droit à la vie et à la santé, de la Constitution haïtienne de 1987 (amendée en 2011) qui relate l’impérieuse obligation de l’État de garantir le droit à la vie [...]. À l’heure où les discours tendent à la facilité mise à part la faiblesse ou l’absence des services publics face à ces actions désespérantes, il est plus que nécessaire qu’un cri de fraternité, d’engagement citoyen, de respect des droits puisse être lancé, car nous pensons que l’effectivité et la promotion du respect des droits fondamentaux doivent être une préoccupation commune au sein de toute société.

L.N. : Peut-on parler de droits humains dans un pays qui banalise la vie et que doivent faire les organismes de droits humains en pareille circonstance ?

C.R. : Haïti n’est pas le seul pays où quotidiennement les droits de l’homme sont attaqués. Crimes de guerre, exécutions, persécutions de minorités, privations de libertés, tant d’exemples qui se produisent ailleurs. Ce qui marque un élan de régression des droits humains partout. Pourvu qu’aujourd’hui la démocratie des droits de l’homme se mesure à l’aune des impératifs du sujet de droit, il est d’autant plus important d’en parler. À cet égard, j’invoque, à présent, Marcel Gauchet (2002), historien et philosophe, notamment l’un des premiers intellectuels français à s’interroger sur la politique des droits de l’homme en affirmant qu’ils sont étroitement associés à la construction d’une société à la fois démocratique et libérale. Alors je m’aventure tout bonnement pour dire qu’on peut parler des droits humains. Il faut parler des droits humains.

Pour y répondre avec efficacité, face à ce constat de banalisation des droits, il faut l’implication de tous. Le chemin à parcourir est long. Les organismes de droits humains ont un rôle important à jouer dans l’effectivité structurante et adéquate des droits tout en stimulant une meilleure culture juridique des acteurs du social pour introduire le respect des droits dans les pratiques de tous les jours. Il faut aussi l’implication de l’État, comme institution garante de la protection des droits, en soutien de ces organisations pour remédier à cette situation et consolider les processus de démocratisation. En attendant, avec Inscrire, nous travaillons sur l’éducation aux droits humains.

Le National : Tenant compte de la spécificité de chaque pays, peut-on vraiment travailler sur un plan global de défense des droits humains ?

Cherlie Rivage : Ici pour répondre à cette question, il est évident d’invoquer le caractère universel des droits de l’homme (bien que des chercheurs constatent que c’est un concept limité et non valide. Geneviève Médevielle (2008) et Joseph Yacoub (2004) pour ne citer que ceux-là), c’est-à-dire que l’ensemble des articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) s’adresse à tous les êtres humains en tout temps et en tous lieux. Ceci étant dit l’universalité exprime une idéologie de pensée partagée par toutes les civilisations et toutes les sociétés d’autant plus que ceux-ci n’imposent pas de norme culturelle, mais plutôt de norme juridique. Un catalogue de droits et de valeurs communs à toutes les cultures. Sur ce, je m’en vais conclure, avec tout de même une possibilité de remise en question, qu’il est possible de travailler sur un plan global de défense des droits humains puisque celle-ci exprime toute initiative individuelle ou collective pour la promotion, la protection et la mise en œuvre des libertés fondamentales et des droits humains.

Propos recueillis par :
Lesly SUCCÈS



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