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Non, l’Alantran n’est pas pratiquée à des fins d’exploitation : le coup de gueule de Joël Saintiphat

Non, l’Alantran n’est pas pratiquée à des fins d’exploitation : le coup de gueule de Joël Saintiphat








Le National : M. Saintiphat, bonjour, vous êtes licencié en sciences de l’Éducation, formateur d’enseignants et vous suivez actuellement un programme de maîtrise en administration scolaire au Cornerstone Christian University. Vous êtes originaire de Démarré, localité de la sixième section de Verrettes. Comment pouvez-vous nous présenter cette petite localité ?

Joël Saintiphat : Démarré est un lieu montagneux et reculé de la commune de Verrettes. Les habitants vivent de l’agriculture et de l’élevage. À Démarré, il n’y a que deux petites écoles, dont la plus ancienne vient à peine d’atteindre la sixième année fondamentale. Mais, depuis environ une décennie, le pourcentage de jeunes analphabètes connait une importante diminution. L’État y est quasiment absent. Cependant, on y vit paisiblement, en dépit de la vulnérabilité de la population. Située dans la sixième section communale de Verrettes, la zone partage une rivière (la rivière de Montrouis) avec la sixième section de l’Arcahaie qui leur sert de limite.

L.N. : La semaine dernière, un article titré « À Verrettes, des fillettes sont vendues à des hommes comme concubines » a fait l’effet d’une bombe dans la presse. Un article auquel vous avez une contre-vérité quant aux faits qui y ont été rapportés. Comment pouvez-vous expliquer votre désaccord ?

JS : Tout d’abord, je peux dire que ce n’est pas « l’Alantran » qui initie les relations entre jeunes filles et jeunes garçons. Ces relations sont l’initiative de ceux-ci. La pratique "Alantran" n’est pas appliquée dans le but de permettre aux parents des jeunes filles de tirer un profit direct de leurs enfants et ne vise pas non plus à encourager un échange économico-sexuel. La pratique Alantran ne consiste pas à faire des jeunes filles des concubines encore moins. Vu les principes des habitants de la zone qui sont tout à fait conservateurs, comment serait-ce possible ? C’est inconcevable.

L.N. : Votre désaccord avec la définition faite de la pratique « « Alantran » est total. C’est quoi en réalité cette pratique ?

J.S. : Surnommée « mandé », la pratique « Alantran » est celle qui remplace les fiançailles qui existent partout dans les grandes villes du pays. C’est une phase, dans le cheminement du projet familial de deux jeunes de sexes différents. Les parents de la jeune fille reçoivent ceux du jeune garçon. Il s’agit d’une fête organisée par les deux familles. On chante, danse et on se régale. Traditionnellement, c’est aux parents de la demoiselle d’organiser la réception. Il revient alors à ceux du jeune garçon d’apporter des paniers remplis de cadeaux et de boissons de toutes sortes. De plus, les parents doivent apporter une somme d’argent qui varie selon la zone. Puisque la cérémonie « d’Alantran » ne doit pas prendre fin sans la fixation de la date du mariage des deux partenaires, cet argent qui s’élève aujourd’hui à 20 000 gourdes est destiné à l’achat des alliances et aux préparatifs du mariage. Ainsi, les parents se font-ils le devoir d’encadrer les enfants eu égard à la tradition de la zone.

Dans certains cas, on peut trouver des enfants n’ayant pas encore 18 ans. Mais, cela ne résulte pas essentiellement de la pratique « Alantran ». D’ailleurs, c’est après le consentement des deux partenaires que survient le moment "Alantran".

L.N. : La pratique « Alantran » est-elle un phénomène typique à « Démarré » ? Et qui sont vraiment concernés par elle ?

J.S. : À cette question, je réponds par la négative. Cette pratique, qui ne date pas d’hier, est aussi très courante dans une partie de la cinquième section et de la quatrième. Aussi, peut-on la rencontrer dans la sixième et la septième section de la commune de l’Arcahaie et on me rapporte qu’elle est présente dans d’autres endroits du pays. En fait, cela concerne tout le monde qui souhaite entamer un processus de mariage. C’est au-delà de l’âge.

L.N. : Vous dites reconnaître les personnes qui ont témoigné. Pensez-vous que leurs témoignages puissent être trafiqués ?

J.S. : Je n’ose pas le dire. Puisque je ne les écoute pas encore. Mais ce qu’on rapporte d’eux est quasiment faux. À propos de Résimène Jacques, elle a librement décidé d’entretenir une relation avec son actuel conjoint avant que leurs parents aient été mis au courant. C’est aussi le cas de Célimène Céliphète. Cette dernière n’est même pas originaire de Démarré et ses parents n’étaient pas d’avis qu’elle entretienne des relations avec l’homme avec qui elle vit pourtant sous le même toit.

Parlant de la notion d’âge, je crois que cette question de mineurs, responsable de famille, est un phénomène qui existe partout à travers le pays, surtout dans les grandes villes. C’est à combattre. Mais on ne peut pas l’assimiler à la pratique « Alantran ».

L.N. : L’affaire est entre les mains de l’État. L’inspecteur de police de Verrettes a déjà contacté le coordonnateur du CASEC de la section et pensait même intervenir pour gérer la question. Comment la population a-t-elle réagi face à une telle situation ? Décrivez-nous aussi le comportement du coordonnateur de CASEC aussi ?

J.S. : La publication de cet article fait effectivement d’elle une affaire d’État. Car des personnalités comme le sénateur Jean Renel Sénatus, protecteur des citoyens, Me Renand Hédouville, l’ambassadrice des USA en Haïti se sont déjà prononcés là dessus, selon l’article. La population n’a pas reçu ces informations sans surprise. On se demande de quel « Démarré » on parle. Le coordonnateur du CASEC m’a rapporté qu’il a reçu plusieurs appels de beaucoup de gens qui sont surpris et qui ont eu besoin de clarification. Il m’a rapporté aussi avoir été contacté par l’inspecteur de police de Verrettes à qui il a clairement dit qu’il n’y a rien de vrai dans les informations qui ont été publiées.

L.N. : Vous êtes très déçu de ce qui a été révélé. Avec quel sentiment vous vivez l’ampleur prise par cette situation ?

JS : C’est très indignant. C’est dérangeant. On ne peut pas salir l’image d’une population de cette manière.

L.N. : Pensez-vous que cette pratique puisse être éradiquée du jour au lendemain. Du genre dire « Stop Alantran » ?

J.S. : Ce n’est même pas intéressant de penser au fait qu’elle peut-être éradiquée du jour au lendemain ou pas. Pourquoi une lutte contre « l’Alantran » ? On veut l’assimiler à la traite de la personne. C’est loin d’être vrai. « L’alantran » n’est pas pratiquée à des fins d’exploitation comme on prétend le faire savoir. Le problème à aborder est le phénomène des mineurs pères et mères et de familles. Mais, on ne peut le résoudre que par l’éducation. Je suis originaire de la zone. Pourtant, âgé de 30 ans, je suis encore célibataire parce que je n’ai pas grandi dans la zone. Il s’agit d’une question de préoccupation. Je me suis toujours préoccupé de mes études. Mais, pour des enfants qui ne vont pas à l’école, leur plus grande préoccupation est d’avoir leurs propres familles. D’ailleurs, ils ignorent la question de la majorité. La meilleure solution serait d’ouvrir dans la zone une école publique, un centre d’encadrement pour les enfants.

Le National : Avez-vous un dernier mot ?

Joël Saintiphat : « Démarré » a grand besoin d’une intervention de l’État, mais pas concernant la pratique « Alantran ».

Propos recueillis par :
Lesly Succès



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