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Nous mangeons nos mangroves

Nous mangeons nos mangroves








En juillet 2013, le gouvernement de Laurent Salvador Lamothe a adopté un arrêté interdisant les constructions dans les mangroves ainsi que la coupe, la vente et l’utilisation des espèces arborées formant la « Mangrove ». Malgré cette décision, les populations ne cessent d’abattre les forêts de mangroves dans leur zone.

La déforestation - la mauvaise planification de l’aménagement du territoire - la pauvreté - le manque de sensibilisation et d’éducation des populations - la forte exposition aux aléas climatiques, Haïti réunit pratiquement toutes les conditions de vulnérabilité aux changements climatiques. La crise économique a conduit des populations issues de l’intérieur de l’île à se laisser attirer par le littoral et ses apparentes potentialités. Tout ceci est facteur de déséquilibre pour des écosystèmes sensibles. Les écosystèmes naturels, comme ceux de la mangrove, qui joue un rôle fondamental dans les cycles du carbone et des nutriments en milieu côtier, n’échappent pas aux effets néfastes du dérèglement climatique.

Fuyant les pentes trop fortes, érodées et épuisées, les paysans des mornes descendent s’installer sur les bordures littorales au détriment des populations locales. Quand Hervé Pierre était encore gamin, pêcher était un jeu d’enfant. En une seule journée, il pouvait sans difficulté revenir à la rive, sa barque chargée de plusieurs kilos de poisson. Assis dans sa barque, sur la côte des Arcadins, il se souvient encore de ses beaux souvenirs de pêche. Sa femme et ses cinq enfants ont tous bénéficié du fruit de la mer, raconte-t-il. La pêche est un ancien amour pour lui. Au fil des années, il a assisté à la dégradation de l’environnement et voir ses filets se vider en conséquence. Déjà, il y a vingt ans, il rapportait encore dix kilos par jour passé sur l’eau. Aujourd’hui, moins que cinq. La mangrove revêt donc d’une importance capitale tant sur le plan écologique qu’économique, et représente, avec la forêt tropicale humide, un des écosystèmes les plus productifs en domaine terrestre. Loin de désespérer, âgé de soixante-cinq ans, il compte bien voir repousser ce que son entourage appelle « mang lanmè » (palétuviers dans la langue française). Hervé Pierre dénonce les cas de destruction de la mangrove côtière du pays, souvent devant les yeux des autorités gouvernementales.

De l’entrée nord de Port-au-Prince en passant par Cité Soleil, Cité de Dieu, Cité l’Éternel pour arriver à Martissant, Fontamara, Merger, Gressier, la situation de la baie de Port-au-Prince ne change pas. Une baie sans trace de biodiversité. On repousse la mer pour gagner de nouvelles terres qui serviront pour la construction de ports – de plages – de l’émergence de nouveaux quartiers. « Je n’ai pas les moyens de me payer un terrain pour construire une vraie maison », raconte Jacques Jean, l’air fier. Il explique que cette construction est faite de déchets pour ensuite procéder au remblayage du littoral. Avec les camions de déchets solides, de remblai de sable et de débris de construction, Jacques Jean entreprend des travaux de terrassement. Il se souvient encore que l’endroit était une forêt de mangroves et il a dû les couper pour faire du charbon et utiliser une partie dans la construction de sa maison. Il raconte que les palétuviers abattus ne servaient à rien et devant la nécessité d’avoir sa propre maison et face à l’absence des autorités de l’État, il est conscient ne pas agir en toute légalité, mais… À chaque saison pluvieuse et cyclonique, il vit dans l’anxiété. Une angoisse qu’il partage avec ses voisins, eux aussi, propriétaires de maisons sur le littoral. Ils signalent qu’ils sont obligés de se réfugier dans des abris provisoires lorsque le niveau de la mer monte à des périodes régulières de l’année. Du remords, non, Hervé se reproche son ignorance.

Avec le temps, les littoraux des communes de la région des Palmes (Gressier, Léogâne, Grand-Goâve, Petit-Goâve) sont convertis en de véritables hôtels de plages. La pression est mise sur les forêts de mangroves pour laisser la place à la construction de ces infrastructures. L’Ingénieur-géologue Claude Preptit, critique ces constructions, qui selon lui, ne respectent pas les normes puisque ces bâtiments sont érigés sur des remblais non compacts. « Une construction qui respecte les normes doit être faite sur des remblais compacts et doit être protégée par des poutres métalliques qui atteignent les sous-sols marins », explique le géologue Preptit. La construction de ces quartiers, poursuit-il, constitue un grave danger pour la vie de leurs habitants et pour l’environnement. Il rappelle que le fait que ces maisons soient construites sur des remblais non compacts, ils risquent de s’enfoncer en cas de cyclones, tremblement de terre ou tsunamis. Pour l’aspect environnemental, il y a risque de pollution marine avec la construction des latrines au bord de la mer, ajoute l’Ingénieur Preptit. Le changement climatique fragilise davantage la vie de ces habitants des côtes. Selon Christin Calixte, ingénieur agronome, coordonnateur de la plateforme de la société civile sur le changement climatique, la construction le long de la côte est une pratique qui impacte négativement l’écosystème côtier ainsi que les mangroves. En effet, selon Christin Calixte, le dérèglement climatique engendre l’amplification et l’intensification des phénomènes hydrométéorologiques.

En 2014, le ministère de l’Environnement et l’organisation non gouvernementale FoProbim ont conduit conjointement une étude pour déterminer la superficie totale de mangroves sur le territoire national. Cette étude dénote la présence de forêts de mangroves dans dix villes du pays pour une superficie de 20 mille 517 ha. Les villes des Gonaïves – Caracol – Grande Saline ont la plus grande partie de mangroves. La mangrove revêt donc d’une importance capitale tant sur le plan écologique qu’économique, et représente un des écosystèmes les plus productifs. La végétation marine constitue une barrière contre les tsunamis. Sa disparition, dont le taux global annuel moyen en Haïti est estimé entre 1 et 2 %, selon le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), avec des pertes comprises entre 35 et 86 % de la surface initiale selon les lieux, est extrêmement préoccupante, d’autant qu’elle peut s’accélérer selon l’évolution du niveau des mers, du au changement climatique.

Hansy Mars



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