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L’impossible unité

L’impossible unité








Il aurait été bon que des psychiatres, des psychologues, des sociologues se penchent sur les rapports entre le pays rêvé et le pays réel chez nos compatriotes. On a constamment l’impression que nous nous mouvons dans un lieu où deux espaces se côtoient avec des vécus réels ou factices ; en ce sens que l’individu, dans son discours, est capable constamment d’utiliser les éléments ou les concepts de ces deux univers en fonction de ses propres besoins. Cela crée du chaos, du non-sens, mais il ne s’en rend pas compte. Peut-être est-il arrivé à se créer un no man’s land mental ou tout ce qui est impossible devient possible et tout ce qui est possible devient impossible. On peut ainsi parler du drapeau, faire des discours les mieux pensés qui soient sans se rendre compte que les drapeaux torchons qui flottent autour de nous rendent nuls toutes les rhétoriques.

Ainsi avec tout le sérieux ou toute l’hypocrisie possible, on peut, au Parlement, étudier le dossier d’un ministre ou de tout autre grand commis en fonction des prescrits de la Constitution. Mais on ne se gêne pas allégrement de violer cette même Constitution dès qu’il s’agit de défendre un acquis, une position. En fait, on est dans cette attitude bien connue dans notre culture ou le bien et le mal sont conçus de manière purement intéressée. Ce qui est bien est seulement ce qui m’est avantageux. Le mal est ce qui me ravit un avantage, une position, ce qui me cause une douleur surtout physique et parfois mentale. Il n’y a de transcendance nulle part.

Dans l’impossibilité d’accepter une échelle de valeurs, les jugements qu’on porte sur les individus sont toujours intéressés, souvent forgés par d’autres qui ont eu des rapports avec cette personne leur ayant ou non rapporté un quelconque avantage. Pour un même individu, on passera du jugement bandit, assassin, corrupteur, racketteur à celui de grand démocrate, d’homme moral, affable, soucieux de son prochain et de son pays. Entre ces deux extrêmes, il sera malaisé à quelqu’un de se faire une opinion sur cette personne. Il y a une constance dans cette société gangrénée par le mal, c’est cet instinct qui porte à détruire tout compatriote ayant une quelconque velléité de ne pas se mettre au pas avec le système.

C’est vrai que le brassage colonial nous a évité quelque part l’univers tribal. Mais ne s’est-il pas reconstitué avec nos intolérances issues à la fois des mépris, des frustrations, de cette précarité que l’État d’ici a forgés d’une main experte jusqu’à pouvoir produire de l’or pour quelques-uns avec la détresse d’une majorité ? Dans nos têtes, nous n’avons jamais été dans l’unité, mais toujours dans une dualité souvent impossible à gérer. La question de la langue, créole-français. La question de couleur Noir - Mulâtre. La question de religion christianisme - vaudou. Nèg la vil - nèg an deyò. Nèg anwo - nèg anba. Haïtien de l’intérieur -diaspora. Jamais un pouvoir n’a décidé à traverser le pont des divisions pour s’évertuer à créer l’homme nouveau, la tête bien dans le présent pour pouvoir forger un futur, cette fois à la hauteur des rêves que nous pouvons avoir pour nos enfants. Pourtant, nous devons continuer à nous battre encore et encore pour construire ce pont et passer sur un autre territoire de pensée. Le choix, nous ne l’avons pas avec ces fous aux commandes.

Gary Victor



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