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Rester, partir et après ?

Rester, partir et après ?








La crise politique haïtienne, aujourd'hui métastasée, s’étend à toutes les sphères de la société. Le président de la République, garant de la bonne marche des institutions conformément aux prescrits constitutionnels, n’a plus la main ferme sur le gouvernail de la nation. Le pays n'est pas dirigé, à un point tel que les secteurs vitaux de la nation, dans leur quasi-totalité, ont appelé le chef de l'État à tirer sa révérence.

Jovenel Moïse a la malchance d'être le président de la République à une période qui a couvé le plus de scandales dans l'histoire du pays. Des crimes financiers aux crimes de sang, le régime de Jovenel Moïse n'a pas bonne presse. De Petrocaribe au dossier des sept mercenaires en passant par Dermalog, kits scolaires, Hélico S.A, le massacre de la Saline, café trio au Cap-Haïtien, le régime est mis sur le banc des accusés.

Les crimes financiers au même titre que les crimes de sang sont réprimés aujourd'hui un peu partout dans le monde. C'est la grande lutte mondiale à côté de la lutte contre le réchauffement climatique. Que de présidents ne sont-ils pas destitués/jugés pour leur implication présumée dans des scandales de corruption ou de massacres assimilables à des crimes contre l'humanité?

À côté de ces dossiers louches dont le président, et /ou ses proches sont accusés, le déficit de légitimité et de crédibilité, la crise de confiance amenuisent fortement la présidence de Jovenel Moïse. Comme dit le dicton, la femme de César doit être au-dessus de tout soupçon. Que vaut donc la parole de Jovenel Moïse aujourd'hui ? Depuis un certain temps, le président de la République est devenu la risée du public et des réseaux sociaux. Ses paroles n'inspirent plus de confiance. Les acteurs politiques, économiques, sociaux, religieux et même le citoyen lambda ne font plus confiance au chef de l'État. La dernière tentative de convocation ratée de Jovenel Moïse en est une preuve irréfutable.

Hormis les dossiers relatifs aux crimes financiers et de sang dont le régime rose est accusé, Jovenel Moïse aura lui-même passé deux ans et quatre mois à préparer, minutieusement et peut-être sans le vouloir, sa chute par la mauvaise gouvernance et les promesses farfelues non tenues. L'amateurisme et les décisions abracadabrantes ont plongé le pays dans une inflation de plus de 17%, le dollar américain frôle les cent gourdes et près de trois millions d'Haïtiens sont en situation d'insécurité alimentaire (selon OCHA). La Caravane du changement, programme phare du régime, est passée à côté d’une mission qui a toujours été floue. Le budget de l'exercice fiscal 2017-2018 de l'ex-Premier ministre, Jack Guy Lafontant renvoyé pour incompétence, est reconduit alors que les priorités ont changé.

S'il est vrai que le président Moïse semble avoir tout perdu en termes de confiance, de légitimité et de crédibilité au niveau national, il peut toutefois compter sur ses amis de la communauté internationale qui y restent fermement attachés. La mission non mandatée par le conseil de l'OEA, la visite de la représentante du département d'État et à un degré moindre la mission de l'ONU qui arrivera prochainement sont de bons signes de réconfort du président qui se remet définitivement à la merci du blanc.

Mais, tenant compte de l'aggravation de la crise, il y'a lieu de se demander si le support de la communauté internationale suffit à sauver la durée du mandat de Jovenel Moïse. Et combien d'Haïtiens payeront le prix de ce mandat, en se référant au nombre de personnes déjà tuées depuis le début des manifestations en 2018?

La démocratie à double façade prônée par les puissances occidentales a montré toutes ses limites. Le jeu d'intérêt parait, de nos jours, trop limpide. Les cas d'Haïti et du Venezuela illustrent bien le jeu de la communauté internationale qui veut se faire passer comme champion de la démocratie. La communauté internationale étant démasquée, ses solutions prêtes à porter n'auront pas les effets escomptés.


Bref. La nation est prise en otage par un exécutif incompétent, une communauté internationale malveillante et une opposition politique décriée, désunie, en panne de propositions salvatrices. L'alternative à Jovenel Moïse proposée par cette opposition montre, sans équivoque, que nos hommes politiques ne peuvent rendre aucun service à la nation sans qu'ils en soient les principaux bénéficiaires. Des deux côtés de la barre, la situation misérable du peuple haïtien demeure le cadet des soucis des politiques.

Malgré tout, le président de la République reste accroché à son pouvoir, aux privilèges de la fonction du président de la République. À ce carrefour où aucun des acteurs n'entend lâcher du lest, il faut se demander que peut faire Jovenel Moïse pour remonter la pente en confiance, en légitimité et en crédibilité. Que peut-il faire pour se laver de tous ces sales dossiers qui ont avili sa présidence ? Que peut-il faire pour commencer à gouverner le pays dans un contexte aussi délétère? Sinon, rester pour faire quoi?

Noclès Débréus



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