S'identifier Contact Avis
 
28.59° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video
Sortir du marasme !

Sortir du marasme !








L’Organisation des États américains (OEA) était dans nos murs. Familière de nos désastres politiques, cette organisation se prépare à jouer, encore une fois de trop, les intermédiaires dans une crise aux racines profondes et nombreuses. Quoique aux dernières nouvelles, il persiste un flou autour du mandat réel de la récente délégation, cette présence de quelques heures, a plus qu’irrité qu’autre chose, compte tenu de ses lectures pas toujours lumineuses des questions haïtiennes. Un observateur faisait remarquer que depuis quelques années, le cercle vicieux de la crise haïtienne se résumait à des élections impopulaires et contestées, des manifestations saisonnières, des fins de mandat chaotiques, et pour finir à l’intervention étrangère. Une boucle maléfique dont on ne pourra s’en sortir, qu’en acceptant de dépasser l’illusion des gains provisoires. L’euphorie des chambardements conjoncturels entraîne souvent des lendemains qui déchantent. Une telle analyse peut paraître osée, dans un contexte où les émotions et ressentiments sont à fleur de peau. Rassurons tout de suite nos lecteurs : il ne s’agit nullement de justifier un statu quo insupportable. De sombrer dans les délires éthyliques du personnage d’Albert Buron de l’écrivain Gary Victor et son leitmotiv : « kite peyi a mache ». Buron est le symbole fictif d’une société décadente de jouisseurs qui organisent la société sur le mode du trafic et des « bras ». Il est pour la jeunesse, l’exemple à ne pas suivre. Sa caricature est si vraisemblable et réussie qu’on a l’impression de l’écouter parler au quotidien.

Il y a d’un autre côté, ceux qui disent « jan l pase li pase ». Ce slogan vide de sens ne renferme aucun ferment révolutionnaire ou démocratique. Les casseurs qui infiltrent certaines manifestations et qui sont d’ailleurs dénoncés par de jeunes militants de la ville de Léogâne sont souvent une gêne à la libre expression populaire. On aurait pu avoir encore plus de gens dans les rues dans cette judicieuse bataille contre la corruption, s’il n’y avait pas la crainte d’agressions comme cela s’est produit à Léogâne, à Petit-Goâve contre de jeunes manifestants, ou à Port-au-Prince contre des confrères.

Certains partisans de la nouvelle révolution démocratique haïtienne craignent de ne pas fournir des arguments à ceux qui tiennent mordicus au statu quo. La peur du chaos dénoncé ici et là risque d’apparaître aux yeux de patriotes sincères comme un obstacle au grand chambardement tant souhaité. Comme disait un observateur sur les ondes d’un média, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

Toutefois, cela suppose un processus révolutionnaire méthodique, avec des objectifs clairs. Mais, notre environnement actuel est placé sous la coupe réglée de groupes armés, encouragés par certaines autorités, avec en sus, une guerre déclarée entre deux chefs de bande de l’Artibonite. Il s’agit d’un mauvais western où pour le moment il n’y a que la brute et le truand.

Nous comprenons que tout soulèvement s’accompagne de dommages collatéraux. Et, que les destructions et les casses peuvent faire partie d’un processus de renouveau social et politique. Il faudrait s’assurer que cela ne soit pas des casses pour des prunes. Et qu’encore une fois, nous soyons à contempler des ruines, sans qu’un nouveau projet ne vienne se concrétiser. Nous avons par le passé brûlé des cathédrales et des temples vaudou sans parvenir au changement souhaité. Il faut changer radicalement nos habitudes du passé, à un moment ou de nouvelles perspectives politiques s’offrent à nous.

Les tenants du statu quo ne sont pas forcément ceux qui craignent l’anarchie et les violences. Nul ne peut, en effet, rivaliser avec ceux qui nous ont toujours gouvernés en matière de violences de toutes sortes : détournements scandaleux de fonds, exclusion sociale, avilissement aggravé de l’image d’Haïti. Les vrais maîtres du système ont peut-être déjà changé leurs fusils d’épaule en cherchant un nouveau concierge pour leur édifice de malheur. Mais, il s’agit en fait de faire preuve d’imagination afin de mettre fin à cette longue et douloureuse transition qui n’a jusqu’à présent de mérite que d’allonger la longue galerie de nos chefs d’État sans rien changer au fameux « système » dénoncé par tous. Nous n’allons pas reprendre ici, ni faire notre, les dénonciations inquiétantes d’un leader politique, étant donné qu’il s’agit que de sa parole contre d’autres, et que nous n’avions pas de reporters sur place.

Dans un tel contexte de confusion, appeler à la vigilance peut servir de balises contre la reproduction du même.

C’est peut-être cela qui préoccupe les actuels leaders de l’opposition et de la société civile dans leur quête d’alternative. 1986 et 2004 ne sont pas si loin, on peut encore se souvenir. Pour l’heure, trois importants documents sont sortis afin de nous éviter « un saut dans l’inconnu » pour reprendre le titre d’un confrère. Ce sont des propositions de sortie de crise qui feront certes débat dans l’opinion. Ce n’est pas à nous, pour le moment, d’en commenter le contenu. Laissons l’opinion publique s’en approprier et alimenter un débat sur l’avenir d’Haïti que nous souhaitons riche de sens.

Roody Edmé



Articles connexes


Afficher plus [904]