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La matrice féconde de l’impunité

La matrice féconde de l’impunité








La Fondation « Ayiti je klere » a, dans un communiqué, dénoncé ce qu’elle appelle « la banalisation du droit à la vie » en Haïti. Les tueries orchestrées par des bandits, un peu partout sur le territoire, participent effectivement dans un déni d’humanité incompatible avec un État de droit.

L’arrogance triomphante et meurtrière des jeunes caïds de la pègre endeuille au quotidien les familles dans les quartiers populaires. Un dernier rapport du Réseau national des droits humains (RNDDH) affirme qu’un policier est assassiné toutes les semaines. Ce qui atteste de la guerre de basse identité que livrent les bandits contre la Police nationale, et qui affecte son plan d’expansion qui doit, dans les prochains mois, atteindre le chiffre de quinze mille âmes.

Les autorités multiplient les effets d’annonce et rassurent autant qu’ils peuvent. Cependant, chacune des opérations policières se solde jusqu’ici par un bilan peu rassurant. Les bandes armées parviennent à se fondre dans une population civile saisie par la terreur ou cooptée sur la base de distribution de produits alimentaires détournés par des commandos sur nos principales routes nationales. La précarité grandissante ne cesse de faire le lit de l’économie souterraine et criminelle.

Toujours est-il, que l’opinion publique excédée attend avec impatience des actions concrètes de ceux qui sont officiellement en charge de la Cité. Nous faisons partie de ceux qui croient que la police ne saurait intervenir sans discrimination dans les quartiers populaires. Il n’est pas question que leur stratégie puisse s’aligner sur le mode opératoire des bandits. Toutefois, la paralysie apparente des autorités qui passent en boucle des instructions… — les ramifications douteuses des bandes armées jusqu’au cœur de l’État, invitent à réviser en profondeur les fondamentaux de cette démocratie en perdition.

Le président du Grand Corps a appelé, dans une lettre pertinente au chef de l’État, à la tenue d’une rencontre entre les représentants des trois pouvoirs. Une initiative qui sied bien à l’urgence de la situation. Toutefois, pour qu’elle ne soit pas perçue comme un autre exercice en futilité destiné à gagner du temps, il faudra des mesures concrètes et suivies d’effets. La crise de confiance enfonce chaque jour nos dirigeants, à quelque pouvoir qu’ils appartiennent, dans un gouffre profond d’illégitimité. Comme nous l’avions affirmé dans un de nos éditoriaux, il est venu le temps de gouverner ! Sinon, « pi ta pi tris ».

Quoi qu’il en soit, pour mettre fin à cette terreur rampante, il faut s’attaquer à ses racines. Le colonel Himmler Rebu dans un entretien accordé à des confrères croit qu’il suffit de mettre hors d’état de nuire une vingtaine de fauteurs de violence, pour que s’ouvrent devant nous les grandes avenues de la paix. Les barons du crime organisé ont décidé de vandaliser le rêve démocratique haïtien. Ce sont eux qui fournissent munitions de « guerre et de bouches » aux jeunes désespérés de nos quartiers populaires.

Le but inavoué de ces sanglantes manœuvres est de prendre en otage le processus démocratique et de rejouer la mélodie infernale du temps des baïonnettes. Les joutes électorales se dérouleront, dès lors, sous le contrôle des groupes armés.

Mais, il n’est pas dit que les Haïtiens resteront spectateurs de cette nouvelle tragédie. Les appels à la mobilisation contre ces crimes innommables se multiplient. La lutte contre l’impunité se poursuit inlassablement cette semaine, avec une exposition édifiante de la Fondation Devoir de Mémoire-Haïti autour des crimes politiques commis ces cinquante dernières années. L’exposition ne s’est pas arrêtée aux victimes du Duvaliérisme, elle rend aussi hommage à celles assassinées ces vingt dernières années. Les visiteurs ont été frappés par la découverte de correspondances entre les différents états-majors de l’armée et de la milice coordonnant la répression contre ceux qui osèrent prendre les armes contre la dictature. C’est ainsi qu’on découvre une réquisition de l’officier Sony Borges, lui-même exécuté quelques années plus tard, à ses chefs hiérarchiques sollicitant un canon de 75 mm pour raser des villages entiers. Une exposition qui vaut donc le détour pour se souvenir que l’impunité est la matrice féconde des plus grands crimes de notre Histoire.

Un musée du souvenir est une initiative à prendre en compte par nos différentes fondations, non pas pour entretenir de lourds ressentiments, mais pour contribuer par l’éducation et la justice à contenir et finalement éradiquer l’impunité.

Roody Edmé



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