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Venezuela : le degré zéro d’une tragédie

Venezuela : le degré zéro d’une tragédie








La situation au Venezuela divise au plus haut point la Communauté internationale. La décision de Jean Guaido, opposant au président Maduro, de s’autoproclamer « président en exercice » du Venezuela ajoute un nouvel épisode à la tragédie que vit le pays. Le samedi 26 janvier s’est tenue une réunion houleuse au Conseil de sécurité de l’ONU. Les pays membres de cet organe décisionnel des Nations unies ne sont pas parvenus à s’entendre sur une condamnation commune du gouvernement Maduro.

La vérité est que le Venezuela est un enjeu très important dans l’arène politique mondiale. Sous le gouvernement d’Hugo Chavez, le pays a incarné une puissance régionale décidée à contrebalancer l’influence américaine dans la région. Son projet d’alternative bolivarienne financé par la manne pétrolière permettait à Caracas de jouer dans la cour des grands et surtout, de redéfinir les modalités de l’aide internationale à une sous-région fortement dépendante de l’extérieur.

Le Venezuela a aussi symbolisé dans les années 2000 un renouveau de la gauche latino-américaine et le charisme du commandante a dépassé les frontières de son pays. Le chavisme a réchauffé les braises de l’anti-impérialisme en Amérique latine, sorti des millions de Vénézuéliens de la pauvreté, aidé généreusement des pays de la région à travers le programme Petrocaribe. Quoique placé en alerte permanente, le régime a mis en oeuvre des programmes sociaux qui ont consolidé ses bases populaires. La nation bolivarienne n’a pu cependant diversifier une économie trop dépendante de la rente pétrolière. Compter uniquement sur le pétrole était en quelque sorte joué à la roulette russe. Et cela Hugo Chavez l’a compris un peu tard. La maladie ne lui a pas laissé le temps d’y remédier. Les apparatchiks du Parti socialiste vénézuélien n’ont pas su corriger les travers d’un pouvoir condamné à vivre sous la défensive et incapable de renouveler ses cadres. Les tiraillements et les luttes d’influence au sein du régime ont affaibli un leadership de plus en plus contesté. Comme l’affirme un journaliste du Monde diplomatique, Hugo Chavez était un révolutionnaire au sein de son propre gouvernement. Il pouvait prendre des décisions allant à l’encontre des intérêts de l’appareil d’État. Toutefois, ses successeurs n’ont pas voulu dialoguer avec la gauche critique représentée par les dissidents de Marea socialista. Le prétexte était tout trouvé : toute mise en question des pratiques du régime, même de la part des chavistes les plus purs, ferait le jeu des adversaires de la révolution !

Le pays s’est enfoncé dans une horrible crise : violences urbaines, corruption, boycott économique. Les oligarques vénézuéliens ont placé le pays sous un véritable état de siège économique, encourageant vicieusement la fuite des capitaux. Entre-temps, la révolution bolivarienne se vidait de son contenu et le rêve révolutionnaire tournait au cauchemar.

La présence de Maduro au pouvoir ou son effacement est un enjeu géopolitique majeur. Il s’agit pour les États-Unis et le Brésil à travers son renversement de mettre fin à l’un des derniers régimes qui se proclament ouvertement socialistes. Pour les Russes et les Chinois, un maintien au pouvoir de l’homme fort de Caracas, soutenu par l’armée, leur permettra de jouer leur va-tout politique dans la méditerranée américaine. Quant à la majorité des pays de la Caricom qui appuient encore Maduro, c’est une question de principe liée au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

La diplomatie haïtienne obligée de s’aligner sur la position des cadors de la région a provoqué un inconfort dans l’opinion publique. Il existe certes, d’un côté le support explicite de la mouvance de gauche pour le « socialisme bolivarien », mais plus largement dans la société haïtienne perdure une certaine reconnaissance vis-à-vis d’un pays qui a largement soutenu Haïti depuis 2006.

En attendant, derrière les grandes manoeuvres géopolitiques et les passes d’armes idéologiques, il y a un peuple qui souffre et qui attend une vraie solidarité.

Roody Edmé



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