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Mille-feuille de désillusions

Mille-feuille de désillusions









Après la catastrophe aussi meurtrière qu’inattendue du 12 janvier 2010, le peuple haïtien, ses dirigeants et ses amis, même les moins sincères, avaient accepté l’idée de l’apocalypse. Il s’agissait, le plus naturellement du monde, de l’expression d’un espoir ultime. Comme si le tremblement de terre nous avait tellement secoués que de toute façon le pays devrait renaître. La certitude que le futur allait être meilleur. Dans l’absolu total.

Un jour consacré à la panique, un autre à la sidération et demain à la mise en scène du deuil pour faire de la catastrophe une fenêtre d’opportunités pour en finir avec les conditions politiques et historiques de cette vulnérabilité extrême du pays, responsable de la disparition de plusieurs centaines de milliers de personnes.

Les victimes, les acteurs et les intentions ont, en fin de compte, inventé les bonnes fausses raisons pour transformer les opportunités de l’apocalypse en un capital de conséquences imprévues, menaçant, neuf ans plus tard, l’équilibre même de la nation. Aujourd’hui, le grand chic pour parler d’Haïti, y compris pour le plus paresseux des observateurs, est de s’appuyer sur la faillite des institutions et des politiques du pays.

Qu’avons-nous raté ?

La gestion post-séisme a peut-être été un théâtre trop expérimental où les acteurs ont beaucoup misé sur le processus au détriment du résultat. En aucun cas, l’apocalypse n’a pas permis un changement visible et salvateur des conditions de vulnérabilité. Nous craignons que les générations futures risquent de ne pas se rappeler le cauchemar qu’a été le séisme du 12 janvier 2010 puisqu’il est évident qu’il n’a pas favorisé une prise de conscience collective.

Refondation, reconstruction, réhabilitation de l’homme haïtien, nous avions jonglé avec les concepts pour trouver la meilleure formule. Nous avions multiplié les « clusters » pour évaluer les dégâts et chiffrer les besoins des interventions au profit d’un pays meurtri. D’anciens présidents américains, de grandes figures du gotha international, des têtes couronnées ont tendu la main à la place des victimes. L’argent a été récolté, dépensé et le pays s’est enfoncé dans la dépendance et l’indignité.

En 2010, les Haïtiens avaient pris l’habitude de se parler, et mieux encore de s’embrasser. En 2019, quelques faillites et quelques escroqueries plus tard, nous cherchons à provoquer le dialogue pour endiguer la permanence de la crise. Sauf que rien ne sera comme avant. Les multinationales de l’humanitaire, les collabos haïtiens, les cyniques, les détrousseurs de donateurs sincères, les chercheurs de pouvoir enhardis par les réelles opportunités ont fait des affaires somptuaires. Au peuple, ils ont laissé un mille-feuille de désillusions.

Neuf ans après l’apocalypse, nos dirigeants cherchent encore la stabilité avec les bons mots, les menaces voilées et les vertueux sentiments sans comprendre que la misère sans égal, l’art savant de la corruption et la culture « abolotcho » de l’assistanat compromettent tout.

Tant que la misère continue à être entretenue, que le morcellement du pays en territoires à offrir aux chefs de gang s’amplifie, que la confusion entre bandit et chef légitime persiste, nul dialogue sérieux n’est envisageable.

Jean-Euphèle Milcé



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