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Le pays va de trêve en trêve…

Le pays va de trêve en trêve…








La deuxième moitié de l’année 2018 était riche en faits évocateurs. Le séisme politique des 6, 7 et 8 juillet qui a emporté le gouvernement de Jack Guy Lafontant a été suivi de répliques qui ont afecté le capital politique du président Jovenel Moïse. Les secousses étaient fortes au point que les hommes et femmes au pouvoir, aidés de leurs partisans, réclamaient une trêve pour les festivités de fn d’année. Après les vœux de Nouvel An vient le moment d’annoncer le carnaval. Cette fête aura lieu du 3 au 5 mars. Ce qui implique que les réjouissances en prélude des jours gras dureront près de trois longs mois. Une nouvelle trêve s’annonce !


Peu importe le contenu sémantique attribué à la trêve ou aux motivations des groupes qui la réclament, les responsables politiques en tirent la satisfaction de faire taire les revendications citoyennes et politiques. La trêve serait pour « les modérés » une période pendant laquelle les opinions partisanes sont reléguées au second plan au proft des valeurs communes et du vivre ensemble. Ce point de vue, en dépit de son honnêteté apparente ou réelle, est savamment exploité par les dirigeants, eux qui sont tellement agacés d’être questionnés sur leurs politiques et leur bilan. La trêve ne sert à rien de durable. Elle ne sera qu’une illusion tant qu’elle demeurera un prétexte pour étoufer les cris de tout un peuple qui en a marre de la corruption et de l’injustice sociale. La connotation attribuée à ce terme dans la politique haïtienne est un trompe-l’œil. Gagner les rues pour dénoncer les mensonges des autorités et le gaspillage des fonds publics, est-ce un acte de guerre ? Non, ça ne l’est pas.


Pourquoi des citoyens qui ne font que rappeler qu’ils ne méritent pas de vivre dans la misère déshumanisante devraient prendre de pause si aucune lueur d’espoir ne se manifeste ? L’année 2019 ne sera prometteuse que dans la mesure où elle favorisera le réveil citoyen auquel on croyait assister en 2018. Oublier ses malheurs pour s’enivrer au rythme des décibels de chars meurtriers n’est pas la meilleure posture de commencer une année qui s’annonce pénible. Mais on n’y peut rien. D’ailleurs, les rares opérateurs culturels et autres acteurs qui critiquent les dépenses à fonds perdu que le pays se permet chaque année au nom du carnaval, restent des voix minoritaires. Ici, la méthode de gouvernance de Jules César - donner du pain et des jeux au peuple pour le mener par le bout du nez - fonctionne à merveille.


Les indicateurs de développement sont assez inquiétants pour suggérer une inversion du sens de la trêve. Si celle-ci est vraiment nécessaire, c’est plutôt celle capable de freiner les élans de ceux qui, ne jurant que par l’assèchement total des ressources du pays, multiplient les initiatives sans retombées durables. La dégradation de la situation globale se fait à un rythme si accéléré qu’on a intérêt à rester lucide pour ne jamais perdre de vue les raisons qui justifent la lutte pour le redressement de la barque.


Kendi Zidor



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