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Sauver un patrimoine

Sauver un patrimoine



Le Centre Pétion Bolivar se prépare à fermer ses portes. Cette institution a été le fruit d’une initiative commune partie de Caracas, au Venezuela. À l’époque de la dictature, un groupe de personnalités éminentes haïtiennes et vénézuéliennes dont la professeure des universités Michèle Asencio et l’économiste et professeur Arnold Antonin ont eu l’idée d’établir le Centre Pétion–Bolivar qui portait deux noms vénérés dans l’histoire des deux pays pour leur contribution à la liberté dans le sous-continent. Ils voulaient non seulement célébrer l’amitié historique entre les deux peuples, mais aussi faire de cette nouvelle structure, un organe vivant pour la promotion des droits de la personne.

Alexandre Pétion, el libertador, a une importante statue sur une des places de Caracas. On se souvient que des hommes politiques vénézuéliens, dont feu le président Hugo Chavez, ne rataient aucune occasion pour magnifier la stature de libérateur de Pétion dont la politique étrangère fut délibérément axée sur l’émancipation de l’Amérique latine, garante ainsi de notre propre indépendance.

En 1986, lors de la chute de la Maison Duvalier, le Centre s’est établi à Port-au-Prince en vue d’apporter sa précieuse contribution à la structuration de la société civile. Il fallait en effet bâtir les nouvelles institutions sur lesquelles devait reposer la démocratie haïtienne.

Le Centre se lança dans des activités de formation à la citoyenneté. Le local devint une véritable ruche où se retrouvaient militants des droits humains, syndicalistes, responsables d’organisations de la société civile pour des séances de formation et/ou de débats autour de la transition tant souhaitée vers un État de droit.

C’est dans cet espace que fut créée la Coordination des organisations syndicales qui devait mettre fin aux divisions qui affaiblissaient le secteur. Des programmes de formation furent aussi mis en place en vue du renforcement des institutions nouvelles consacrées par la charte de 1987. Il était devenu impératif d’aider à l’organisation de telles structures dans un environnement complètement vidé de toute « substance civique », suite à trente ans de dictature.

Le Centre offrit des formations sur mesure pour des maires, des parlementaires et des casecs. À la faveur de ces rencontres studieuses et pratiques, les élus de nos sections rurales fondèrent la première grande association regroupant les conseils d’administration devant aider à la décentralisation de l’espace haïtien.

Des militaires ont fait partie de ceux qui reçurent à l’époque une formation aux droits de l’homme et participèrent aux premières visites de nos centres carcéraux, organisées en partenariat avec des membres de la société civile. Au cours d’une visite dans une de nos prisons, la délégation du Centre fit auprès des autorités un vibrant plaidoyer en faveur d’enfants emprisonnés dans d’infâmes conditions en compagnie d’adultes qui passaient déjà pour de grands caïds.

Une situation carcérale qui était comme la chronique d’une catastrophe annoncée et dont peut-être nous payons le prix jusqu’à aujourd’hui.

Il ne faut pas oublier que le Centre a aussi une vocation de promotion culturelle. En témoignent les diverses expositions qui ont jalonné sa riche histoire depuis maintenant trente-quatre ans. Parmi les activités phares qui firent sa renommée, il faut relever : le ciné-club qui accueillit des milliers de jeunes qui découvraient le cinéma d’auteurs latino-américain et africain, et les « Forums du jeudi » à l’hôtel « Plaza », au Champ-de-Mars.

Les Forums furent des moments inoubliables de débats et de productions d’idées ou défilèrent des hommes d’État, des personnalités de la société civile, des urbanistes et ingénieurs, des géologues. Six mois avant le tremblement de terre, nous confie Arnold Antonin un des animateurs du Centre, avec sa femme Béatrice, une grande marche sur l’environnement fut organisée. Elle mit l’accent sur la menace de séisme qui pesait sur la ville.

C’est encore le local du Centre qui abrita, temporairement, des fondations importantes pour le pays, comme la Fondation Culture et Création et d’autres groupes culturels comme le « Ciné Colo » » qui devint un carrefour important pour la rencontre de jeunes cinéastes engagés en faveur de l’écologie. La première association de cinéastes haïtiens fut aussi logée dans ce lieu devenu une référence dans le domaine culturel.

C’est ce « colosse culturel » qui menace de s’effondrer en raison des difficultés entre autres économiques. Notons qu’il y a quelques années, le Centre avait survécu à un vol de matériels et documents estimé à 40.000 dollars américains.

Il est temps pour nous autres Haïtiens du secteur privé comme du public de nous serrer les coudes pour aider le secteur culturel à passer ces moments terribles pour tous.

Il s’agit de la sauvegarde de tout un pan de notre patrimoine culturel qui agonise avec la fermeture de nombreux organismes qui défendaient avec passion nos valeurs et, favorisaient l’exploration du monde tel qu’il nous est donné, tel qui nous bouscule, comme dirait le poète Édouard Glissant.

Roody Edmé




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