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L’enfer c’est nous autres !

L’enfer c’est nous autres !



Notre incapacité à mettre en place un dialogue national fiable et conséquent nous aura valu tous les malheurs du monde. Les parties de poker menteur, le jeu de politiciens goguenards, l’arrogance et la trivialité de certains hommes d’État ont achevé de balayer les dernières digues d’une société en crise permanente.

Ce qui s’est passé ce dimanche 23 février au Champ-de-Mars et dans certaines rues de la capitale et, le lundi 24 février au Cap Haïtien est le signe patent que cette société convulsive est devenue d’une rare dangerosité pour ceux qui la composent. La rupture sanglante au sein de la police nationale rappelle les démêlées de l’ancienne armée. Chaque fois qu’une communauté n’a plus de repères patriotiques et moraux, l’anarchie trouve devant elle, un grand boulevard dans lequel vont s’engouffrer bandits et massacreurs de métier.

Quand donc comprendrons-nous que ce système n’en peut plus et qu’il nous éclate aujourd’hui au visage comme une grenade aux multiples fragmentations ? Bien sûr, nous le répétons à la cantonade, dans nos manifestations de rue et dans nos médias. Mais il est temps d’agir. Au-delà de nos détestations mutuelles, il faudra faire l’effort de se parler sans langue de bois, de fédérer les moult initiatives de la société civile ayant pour ambition de changer la direction de ce pays, et de commencer de nouvelles projections sur l’avenir d’Haïti, sinon ce sera le retour fatal de la société des baïonnettes.

Les incidents du lundi des cendres doivent tous nous interpeller, nous porter à sortir de notre zone de confort, pour enfin regarder dans le miroir déformant de nos institutions en lambeaux.

La Police nationale est depuis plusieurs années sous d’insoutenables pressions : mobilisation permanente pour encadrer des manifestations quasi quotidiennes, assurer la lutte contre le grand banditisme, coincée entre les réalités sordides des affrontements armés et le devoir de retenue de la troupe de qui on exige professionnalisme et discipline, respect des règles d’engagement sous le feu roulant de bandits sans vergogne. Sans oublier les distractions politiques et les tentatives de cooptation de jeunes policiers par des puissances d’argent.

Tous ces tiraillements, cette fatigue mentale de la troupe, conséquence d’une mobilisation quasi permanente, sans oublier les assassinats répétés de policiers devaient aboutir à faire péter les plombs à des centaines de jeunes qui se plaignent de l’indignité de leur condition. De plus, aucune politique n’a été mise en place pour parer à une telle éventualité lourde de conséquences pour la sécurité des citoyens.

Si les revendications policières sont justes, l’explosion de ces derniers jours qui a culminé en un conflit armé entre frères d’armes ce lundi des cendres, qui n’a jamais aussi bien porté son appellation, est la manifestation de la crise générale. La bande de femmes et d’hommes portant cagoule ou circulant à visages découverts avait quelque chose de sinistre. Un « Mardi gras détonant dont le mélange était volatil et létal ». Comme à chaque fois, les médias ou la population civile sont les premières victimes expiatoires de ces frustrations accumulées que les politiques n’ont pas su ou pu traiter à temps.

Il y a eu surement des infiltrations dans ce mouvement revendicatif pour de meilleurs traitements de travail en faveur de milliers de policiers, dont un certain nombre n’ont pas démérité de la patrie. Toutefois, ces violences éruptives qui transforment notre pays en un espace d’ensauvagement doivent être comprises et traités avec la plus grande célérité par tous les leaders de ce pays qu’ils soient du privé comme du public.

Sinon, l’hémorragie sans fin qui se déverse au-delà de nos frontières, par le biais d’une migration forcée, videra notre terre natale de nos rares ressources humaines encore présentes, sur un territoire que nous rêvons malgré tout d’habiter. Si rien n’est fait comme l’a écrit Victor Hugo « le Mardi gras viendra encore une fois nous rire au nez »

Roody Edmé




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